Et pourtant, elle tourne !

  • Saut-de-mouton : qui sont les moutons ?

    Je prétends que l'extension de la gare de Cornavin est inutile, chère, catastrophique pour tout un quartier pendant 12 ans au moins. Les administrations fédérales et cantonales, pilotées par les CFF qui se fichent des nuisances et des coûts, puisqu'ils construisent des grosses gares avec l'argent des autres veulent absolument cette grosse gare. C'est un peu le concours de celui qui aura la plus grosse. Pour tuer le projet de Boucle de l'aéroport (mettre fin au cul-de-sac de l'aéroport et le relier à la ligne vers Lausanne, une évidence), les administrations exagèrent les prix de la solution que je propose, avec le l'ingénieur Weibel. Deux exemples : 

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  • Transparence au Palais fédéral : une occasion ratée

    Je viens de prendre connaissance du vote de hier au Conseil National (Le Temps, page 9) qui a refusé l’entrée en matière sur un projet de registre des lobbyistes (initiative parlementaire 15.438), une mesure soutenue par la faîtière des agences de relations publiques SSPA elle-même. Je pense que le message passé par nos élus fédéraux n’est pas le bon. S’opposer à ce texte, pourtant pas dictatorial, est de nature à renforcer l’idée qu’élus et lobbyistes ont quelque chose à cacher. La fronde a été menée par les agences qui ne sont... pas membres de la SSPA. 

    Les arguments avancés par certains disant que les actions d’influence se passent à l'extérieur du Palais fédéral sont même contre-productifs : en quoi cet élément de transparence à l’intérieur serait il gênant si tout se passe ailleurs ? Et si tout se passait à l’extérieur, pourquoi les lobbyistes se pressent-ils à l’interieur  ?

    Je ne nie pas le rôle nécessaire des relais de groupes d’intérêts auprès des élus. Notre système de milice le prévoit et l’accepte. Mais la politique, c’est aussi des messages et des signaux, destinés aux citoyens. Celui-ci me semble mauvais. Je note également que plusieurs élus, notamment Romands du centre droit, se sont abstenus, étaient à la buvette ou ont même voté en faveur de ce projet. C’est ce que j’aurais fait. 

  • Ouverture des commerces - une guerre de retard

    La polémique en cours sur les 3 dimanches est à la fois désastreuse et hors sujet. Je m'explique. Les syndicats croient ou prétendent se battre pour la défense des conditions de travail des employés du secteur de la vente. Je pense qu'ils ont une guerre de retard. Si l'on considère les chiffres d'affaires énormes des supermarchés de Cornavin et de l'Aéroport, la fréquentation constante y compris jusqu'à 23h de celui de la gare, on comprend bien qu'il y a un véritable besoin de flexibilité des horaires qui va bien au-delà des seuls dimanches de décembre.

    Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir faire nos achats quotidiens en revenant d'une séance tardive, d'une conférence ou d'un spectacle. Il n'y a là rien qui relève d'un consumérisme forcené. Même l'idée qu'on ne doit pas tout sacrifier à la Consommation ne devrait pas nous empêcher d'avoir un peu de flexibilité. Selon la CCT qu'Unia  a refusé de signer, les employés qui travaillent dans ces périodes décalées sont compensés au double du salaire. Je suis certain que l'offre intéresse de nombreux employés, et certainement encore plus d'étudiants à la recherche d'un petit job. 

    Je crains donc que cette crise ne soit avant tout souhaitée par des représentant syndicaux d'une nouvelle génération qui voient dans cette crise qu'ils ont voulue l'occasion de démontrer qu'ils sont légitimes et "font leur boulot". Ce faisant, ils risquent d'affaiblir tout le secteur du commerce genevois, qui souffre du tourisme d'achat, de l'e-commerce et, dans une certaine mesure du franc encore fort.  Sans compter les boutiques des dépanneurs, sans employés salariés, qui peuvent rester ouvertes bien plus longtemps. Les habitudes de consommation ont changé, il faut s'y adapter en souplesse. Pour cela il faut des syndicats modernisés. Les Allemands ont montré la voie d'un dialogue social puissant et responsable : les résultats sont là, pour l'industrie, le commerce et la santé de l'économie.

    Alors que partout dans le monde, on trouve des solutions pour que le commerce de détail réponde aux besoins des clients, à Genève, quelques une nous entraînent dans une spirale mortifère. Vraiment dommage. 

  • Quel PLR en 2019 ?

    Ce 7 mars, le PLR genevois se sera donné une Présidence et un Comité directeur renouvelés. Ils devront d’abord préserver l’unité du Parti après les traumatismes de ces derniers mois et mener avec enthousiasme les campagnes fédérale et municipale à venir. Personnellement, j’espère que la nouvelle direction s’ouvrira plus clairement à des thèmes tels que la santé, l’environnement, la culture, le sport, l’information et les médias. Le PLR ne peut pas non plus ignorer les nombreux enjeux dits « de société » qui sont trop souvent abandonnés a d’autres, ce qui nous pousse dans un rôle d’opposant et nous prive d’une participation constructive aux débats. Changement des modes de vie, questions éthiques, politique des drogues, organisation de l’Etat, transparence, tous ces thèmes peuvent et doivent être abordés à la lumière des principes de liberté et de responsabilité qui nous sont chers. Un parti qui récolte un quart des votes ne peut pas limiter l’essentiel de ses interventions aux questions économiques, fiscales et immobilières, ses thèmes naturels.


    Historiquement, le PLR, ce sont Gilles Petitpierre, Jacques-Simon Eggly, Martine Brunschwig Graf et Françoise Saudan, Robert Ducret et Michel Barde, Ivan Slatkine, Michel Balestra ou Gabriel Barrillier, pour en citer quelques uns... et me faire des ennemis de tous les autres. Des personnalités remarquables, fortes et humanistes, qui n’ont jamais hésité à sortir des autoroutes balisées pour s’impliquer dans les questions sociétales et y défendre parfois des positions remarquées et remarquables, avec nuance et une volonté de construire des solutions qui franchissent les limites strictes des partis. Comme ils se savaient forts sur leurs valeurs, ils pouvaient se montrer créatifs dans la manière de les mettre en pratique. C’est dans ce PLR-là que je voudrais m’investir en ce printemps 2019.


    Rolin Wavre, député

  • Cornavin : l'extension est-elle vraiment la bonne solution ?

    Plus j'étudie le sujet, plus j'en parle autour de moi, plus j'ai l'impression que retourner tout le quartier de Cornavin deux fois de suite pendant 6 ans, pour ajouter chaque fois 2 voies souterraines le tout pour 2.7 milliards est une très mauvaise décision, même si elle a été prise à une très large majorité par le Grand Conseil en 2016. Le Collectif 500 voulait éviter la destruction d'une partie de son quartier des Grottes, il a gagné en apparence. Mais en contrepartie, c'est tout le quartier qui verra des travaux gigantesques en pleine ville. Noria de camions, excavation sur une longueur de 420m, celle des nouveaux quais. Une première fois entre 2024 et 2030, une seconde pour deux nouveaux quais à partir de 2035. Quel enfer ce sera pour tout le quartier quand on sait que le moindre tram en panne aux 22-Cantons met la pagaille jusqu'à Rive !

    Est-on vraiment sérieux ? Terminer la boucle entre la gare de l'Aéroport et Bellevue pour une somme inférieure à un milliard, dans des zones peu construites permettrait de mettre un terme au fonctionnement en cul de sac et de faire face à l'augmentation du trafic attendue sans tous ces travaux inutiles et cet argent public dépensé en vain. Ca nous évitera également de construire une autre gare souterraine sous celle de l'Aéroport. Une nouvelle folie à 2 milliards. 

    Qu'est-ce qui me pousse à écrire ça ? D'abord le fait que les seules objections que j'ai entendues de la part des CFF tournaient autour de problèmes d'horaire. Un peu léger en face de plusieurs milliards d'argent public. Le fait de n'avoir pas été impliqué dans les votes de 2016 me permet certainement d'envisager ces questions avec une plus grande indépendance d'esprit et sans fil à la patte. 

  • Le referendum ne convient pas à la France

    Nos amis français jouent avec l’idée d’introduire initiative populaire et referendum dans leur droit constitutionnel. Entre solution miracle et horreur populaire, leur appréciation varie.

    Outre le fait que ces outils ne font pas partie de la culture politique française, il y a d’autres problèmes, encore peu explorés.

    Tout d’abord, il faut bien choisir son sujet. Si le vote porte sur un point évident qui fait l’objet d’un consensus, le vote n’aura pas de valeur. Au pire, on le prendra pour un vote de confiance au président et tout devient alors possible. S’il est trop compliqué, ou si le débat n’est pas préparé sur le fond, les liens entre la situation de départ, le résultat escompté, les positions de la société civile, le résultat du vote et son application seront impossible à faire.

    La manière de poser une question est essentielle. On voit bien en Suisse à quel point le titre des initiatives peut avoir son importance. La culture politique suisse parvient à le décoder en grande partie, mais ce ne sera pas le cas en France dans un premier temps. Qui doit décider du titre, en cas de referendum, ou d’initiative ? Qui le validera ? Le gouvernement, le Parlement ou la Cour constitutionnelle ?

    En outre, la France est peu familiarisée avec l’organisation d’une campagne thématique. La dernière remonte au vote populaire sur Maastricht, c’est-à-dire à plus de 20 ans. Les élites issues du moule de l’ENA représenteraient certainement un facteur de résistance à un mouvement issu de la base de la société civile.

    Finalement, la Suisse a développé une certaine science de la lecture des résultats des votes populaires. Sans drame, elle adapte les prochains mouvements de ses acteurs, le tout se repositionne dans bruit pour tenir compte et finalement respecter la volonté populaire. Je doute par contre que la France républicaine et centralisatrice soit à même de comprendre vraiment un résultat, d’en faire une lecture politique, géographique, sociologique complète mais encore plus de de l’intégrer dans l’action des corps constitués et des partis, pour autant qu’ils aient encore une importance par les temps qui courent.

  • Vietnam : derrière l’économie, une dictature impitoyable

    (Texte initialement publié dans l’édition papier de TdG le mardi 18 décembre 2018)


    L’article publié en page 2 de la TdG du 13 décembre exige une réponse argumentée. Derrière les
    charmes bien réels du pays se cache une autre réalité, beaucoup plus cruelle et cynique. Pour l’
    affirmer, le Comité Suisse Vietnam (Cosunam) se fonde depuis 30 ans sur les témoignages directs,
    documentés et concordants de citoyens vietnamiens victimes de répression.


    Le développement économique nourrit une corruption massive et bénéficie avant tout à la direction
    du parti communiste au pouvoir, seul autorisé par la Constitution à dire la volonté de la population !
    Quiconque s’exprime autrement est arrêté, battu, détenu sans accès à un avocat jusqu’à son procès.
    Ces centaines de détenus politiques sont jugés en moins d’une heure, dans une salle remplie de
    policiers dont les observateurs étrangers sont tenus l’écart. Le verdict, dicté aux juges par le Parti, est
    connu à l’avance.


    Critiquer la politique du gouvernement est considéré comme un crime et vaut au plus pacifique des
    contestataires des peines de prison de plusieurs années. Ces peines disproportionnées doivent être
    purgées dans des conditions désastreuses et dans une prison en général située, à dessein dans leur
    cas, à l’autre bout du pays, ce qui, au Vietnam, signifie 1500 ou 2000 km, un voyage épuisant et
    terriblement couteux pour les familles. Quand ils font l’objet de trop d’attention publique en dé
    tention, les prisonniers politiques sont expulsés et séparés à jamais de leurs familles restées au pays.
    Leurs parents, amis et enfants rencontrent les pires difficultés dans leur vie courante et subissent des
    représailles insidieuses. Perte d’emploi, harcèlement policier, attaques par des civils téléguidés par la
    police ; tous les moyens sont bons pour punir les familles des courageux citoyens qui refusent de
    baisser la tête. Pour couronner le tout, leurs avocats sont accusés de crimes contre le Vietnam pour
    le seul fait d’avoir fait leur travail. Ils finissent généralement en prison, comme Me Van Dai,
    lourdement condamné, puis expulsé en juin dernier. Il est venu en témoigner à Genève à la fin
    novembre dernier.


    En juillet 2017, des agents du régime vietnamien sont allés jusqu’à enlever en plein Berlin Trinh Xuan
    Thanh, un ancien apparatchik qui avait demandé asile en Allemagne. Ramené de force au Vietnam, il
    a été condamné à la perpétuité. Un agent vietnamien vient d’être condamné par un tribunal
    allemand pour cet enlèvement.


    Ce même Vietnam, qui prétend sourire aux touristes et aux investisseurs, se prépare à verrouiller
    totalement son réseau internet. Ce même Vietnam s’apprête à passer l’Examen Périodique Universel
    devant la Commission des Droits de l’Homme à Genève le 22 janvier prochain. On peut donc s’
    attendre à voir paraître une pluie d’articles de commande louant les progrès économiques et
    touristiques du Vietnam. A l’image de celui auquel je réponds, signé par le patron d’une société
    nyonnaise spécialisée dans la réputation électronique et la propagande sur les réseaux sociaux,
    destinés à masquer les basses œuvres de l’une des plus cynique dictature d’Asie.


    Rolin Wavre
    Président du Comité Suisse-Vietnam, Député

  • Budget 2019, un débat malheureusement tronqué

    Le Grand Conseil a voté hier le budget 2019 de l’Etat. J’ai participé à ce processus comme député pour la première fois. En plénière, il reste assez peu de marge de manœuvre, les fronts sont figés, les postures prises, les milieux intéressés observent la performance « publique » leurs poulains. J’en retire quelques enseignements.


    Tout d’abord, c’est un fait, la gauche est majoritaire. Mais pas n’importe quelle gauche ! Une gauche très doctrinaire qui ne jure que par la création de nouveaux postes à l’État, sans beaucoup d’égards pour l’efficience ni de regard critique sur leur utilité dans le système. En effet, si la population a crû de 8% depuis 2009, le nombre de postes dans la fonction publique a augmenté de 18%. C’est le règne  du « toujours plus » dans une démarche qui menace vraiment les finances du canton, pas immédiatement mais à moyen terme. Ces augmentations de charges incessantes pèseront pendant des années sur nos finances. On entend même de la bouche de l’extrême gauche des propos carrément  anti-economie. Les mêmes sont beaucoup moins gênés quand il s’agit de taper dans la caisse pour ajouter de nouvelles couches au millefeuille administratif.


    La gauche ne serait pas majoritaire sans l’ovni politique qu’est le MCG de 2018, qui vote tout ce qui alourdit le char de l’Etat pour satisfaire ses clients employés du service public. Ce même MCG plaide dans la foulée pour l’allègement de la dette et l’équilibre des finances cantonales…  Une position qui résiste mal à toute analyse rationnelle. Mais à de très rares mais notables exceptions près, ce n’est pas le fort de ce Mouvement


    Second enseignement : le processus budgétaire est très imparfait. Pour le député encore en phase de découverte que je suis, le débat nécessaire n’a à pas vraiment eu lieu. Ni me semble-t-il au sein du Conseil d’Etat, ni à la Commission des finances, ni au sein des commissions thématiques, n’en déplaise aux titulaires de ces positions. En plénière, il n’est plus temps de faire sérieusement l’examen de fond sur la pertinence des dépenses. J’en veux pour preuve que les amendements ne portent sur quelques dizaines de millions, soit moins de 0,5% du budget total. Je reviendrai très prochainement sur cette imperfection parce qu’elle ne permet pas de discuter et encore moins de mener à bien les réformes de fond nécessaires. Le passionné de débat politique de fond que je suis ne peut pas être vraiment satisfait de ce débat tronqué.

  • Asile et migration : une confusion juridique qui arrange tout le monde ?

    L'asile sert à protéger une personne qui est gravement menacée dans son intégrité physique dans l'Etat qu'elle a quitté. C'est un droit, il ne se discute pas. Il peut justifier que pour sa défense, on enfreigne certaines lois. L'équivalent d'une sorte d'état de nécessité. La migration, par contre, est une politique, c'est tout à fait différent. Si le migrant individuel a le droit de chercher à migrer, les Etats de destination ont eux aussi le droit d'établir des règles selon lesquelles ils acceptent ou non cette migration et de faire des choix. Le Canada par exemple, se base sur les compétences professionnelles ou la capacité d'investir. Dans le domaine de l'asile, ces mêmes Etats ne peuvent restreindre le droit fondamental à obtenir protection mais doivent vérifier si les menaces qui justifient l'asile sont avérées ou non. Ni plus, ni moins.

    Ce n'est pas la première fois que je rappelle cette distinction. Pour moi, elle est centrale. L'ignorer ou la refuser brouille le débat avec plus ou moins de mauvaise foi. En termes de politique nationale, le résultat est une double hypocrisie : la droite xénophobe veut limiter au maximum même le doit d'asile et supprimer la migration en caressant les nationalistes dans le sens du poil. Une certaine gauche, naïve, cherche à tout mettre sous le chapeau de l'asile et estime de plus qu'il y a un devoir pour les pays de destination d'accepter globalement la migration. Assez logiquement, cette gauche rejette l'idée même que l'on puisse refuser à quelqu'un d'entrer ou rester chez nous (au sens large en Suisse ou en Europe). C'est de là que sont issus les slogans tels que "pas d'expulsion !". C'est la négation de la loi et du droit de l'Etat à avoir une politique face à la migration.

    Les uns et les autres se trompent et font du tort à la cause qu'ils prétendent défendre par leurs positions extrêmes et rigides. La droite identitaire et xénophobe, vit dans un monde idéalisé coupé du réel. En Suisse c'est le retour à Heidiland. Par sa dureté, elle légitime et renforce les positions de ses adversaires. La gauche, drapée dans les bons sentiments, méprise les perceptions d'une partie de la population qui défend légitimement ce qu'elle perçoit comme une menace contre son mode de vie. 

    Une partie du problème vient de ce que nous manquons d'Europe. A force de se défausser sur Bruxelles de toutes nos lâchetés et frustrations nationales, on l'a rendue impuissante au point qu'elle a été contrainte d'abandonner l'Italie et la Grèce qui gèrent seules l'afflux aux frontières sud. Et la politique suisse reste d'une très grande frilosité sur ce point, sous la pression de l'UDC qui, d'une main créée les problèmes, réels ou fantasmés, pour ensuite prétendre les combattre de l'autre. Comme si une compagnie de sécurité sponsorisait en sous-main l'insécurité pour soutenir son business. Avec ces doctrines-là, on a pas fini de polémiquer sur des bases factuelles et légales erronées. 

  • Conservatisme acharné

    J'ai entendu MM. Martinez et Besancenot, respectivement secrétaire général de la CGT et figure publique du Nouveau parti anticapitaliste NPA s'exprimer ces deux derniers jours sur les réformes en cours en France et la grève qui y répond, notamment à la SNCF et dans certaines universités. J'ai été frappé par une opposition de principe à tout changement : le statut des cheminots ne peut pas bouger, la structure de la SNCF ne peut pas changer, les lignes ne doivent pas évoluer. Rien, on ne change rien et c'est l'Etat, donc le contribuable qui n'ont qu'à payer la différence.

    A l'Université, c'est la même chose. On n'entre pas en matière car il ne peut pas y avoir de sélection. C'est un gros mot. Aucun de ces responsables ne veut parler du mode de sélection, qui devrait être discuté, parce que sélectionner, ce n'est pas simple. Mais ça bloque sur le principe. C'est donc que tout le monde peut, doit accéder à l'université ? sans question de capacités, de dispositions, d'orientation, de goût ? C'est la porte ouverte à la production de chômeurs, certes diplômés, ou d'éternels étudiants passant d'une filière à l'autre. Soudain, tout le monde oublie le merveilleux apprentissage dual dont on se félicite en d'autres lieux et d'autres temps. 

    Je suis frappé par ce conservatisme syndical français. Un conservatisme qui finira par tuer la fonction publique, par tuer l'Université. Besancenot affirmait qu'il voulait un nouveau Mai 68. Il se trompe lourdement. Les révolutionnaires de notre enfance voulaient faire bouger les choses, ceux d'aujourd'hui ne sont pas dans les syndicats ni à l'extrême gauche. Ils sont plutôt dans les technologies, dans les think tanks, dans une partie de la presse et du secteur politique. Dans une partie du secteur social aussi.

    Le monde ne se partage plus seulement entre gauche et droite, mais plutôt entre conservateurs et innovateurs. Entendons-nous bien: innover ne veut pas dire liquider tout le passé. Innover peut produire des monstres ou des effets pervers qu'il revient au politique de cadrer.