26/06/2017

Macron est bien le dernier à blâmer pour l'abstention

C'est classique : les personnes présentes à une réunion se voient souvent reprocher l'absence des autres. C'est plus facile d'exprimer un reproche aux présents qu'aux absents ! Idem en France. De nombreux analystes (et ses adversaires plus encore, mais c'est de bonne guerre) reprochent à La République En Marche le très haut niveau d'abstention enregistré aux législatives de mai. C'est fondamentalement faux : ceux qui ont découragé les électeurs d'aller aux urnes, c'est bien ceux qui ont géré la politique ces dernières décennies, non ? Le sentiment que rien ne change, que les même vieux politiciens s'accrochent à leurs mandats et en oublient de réfléchir ou d'entendre ce que la société réclame à grands cris. 

Reprocher cela au seul mouvement qui apporte vraiment du neuf dans le paysage politique français, sur le fond et la forme, est d'assez mauvaise foi. L'enchaînement des primaires et des élections qui ont fini par lasser, c'était le projet des anciens appareils, avec un seul but : assurer un Sarkozy-Hollande en finale. Franchement, ça paraît tellement loin de ce qu'on vit actuellement. 

23/06/2017

Vélo, voiture ou piéton, une question d'espace (et de santé)

La lecture des courriers des lecteurs de la TdG des 7 et 9 juin concernant les feux lumineux en ville de Genève incitent à réfléchir. Si très peu de voitures passent lors d’une phase verte, c’est justement, comme le relève avec pertinence M. Galletti, parce qu’« en 10 secondes, seuls 5 véhicules vont s’écouler sur une voie de circulation, alors que sur cette même durée, ce sont des dizaines de piétons qui pourront traverser ». Ce calcul est plus juste encore quand les véhicules sont de grande taille et qu’ils ne transportent, comme c’est le plus souvent le cas, qu’une seule personne (+ son smartphone sur les genoux) et aucun chargement, contrairement aux véhicules de livraison ou professionnels dont les trajets, souvent indispensables, devraient être facilités. C’est donc que la voiture individuelle, surtout de grande taille, est moyen de transport le moins adapté là où l’espace manque comme au centre ville. Le même raisonnement s’applique au stationnement.

Même si elle est perfectible, ce n’est donc pas la signalisation routière qui provoque les bouchons mais le mauvais rapport « espace utilisé / personne transportée » du trafic automobile, un élément essentiel au centre ville. Ce rapport est excellent pour les piétons et très bon pour les vélos, et dans une moindre mesure pour les autres deux-roues. Il serait meilleur aussi avec des voitures mieux remplies. Quand on sait qu’une baisse de 10% du trafic en été fait pratiquement disparaître les bouchons, on se dit que la solution n’est peut-être pas aussi hors de portée qu’on le croit. 

 

http://tcsgeneve.blog.tdg.ch/archive/2017/06/09/zero-poin...

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/carrefour-pieton-mal-loti/story/24497088

 

06/06/2017

Sexisme ordinaire et extraordinaire

Par rapport à la situation en Syrie ou aux attentats de Londres, le comportement du jeune tennisman Maxime Hamou cette semaine à Roland-Garros peut paraître bien innocent. Il ne l'est pourtant pas. Parce que la comparaison de ces situations n'est pas pertinente. 

Le sexisme ordinaire doit être combattu parce qu'il s'insinue dans les esprits : celui des victimes ordinaires qu'il confine dans leur statut et dans celui des abuseurs ordinaires qui se sentent confortés par l'habitude et une certaine mansuétude. Impression renforcée par l'approbation qu'a semblé démontrer l'attitude scandaleuse des chroniqueurs d'Eurosport, Henri Lecomte en tête. Condamnable partout, ce sexisme devient extraordinaire quand il est commis en public et en direct à la télévision. On s'étonnera ensuite que d'autres imbéciles se sentent autorisés à le pratiquer à l'école, dans les halls d'immeubles, dans le métro ou dans la rue. Il ne faut rien laisser passer, jamais, comme l'a utilement souligné la nouvelle ministre des sports, Laura Flessel.

https://www.letemps.ch/opinions/2017/05/31/maxime-hamou-geste-sexiste

18/05/2017

Lulu dans ma rue

Je suis tombé aujourd'hui sur un système de "conciergerie de rue", lancé à Paris dans le 4ème arrondissement en 2015. Des coups de main fournis contre paiement par des gens du quartier, connus de votre "concierge de rue" installé dans un kiosque ou atteignable par mail et téléphone. Utile pour ceux qui ont besoin d'une expertise, de gros bras pour un bref moment, pratique pour ceux qui veulent donner un coup de main et en tirer un revenu annexe. Objectif affiché : maintenir un lien interpersonnel et social dans la quartier. Selon le site, le travail est 100% déclaré et assuré. Note : les gros bras, c'est plutôt pour descendre une armoire que pour retoucher le portrait d'un voisin désagréable...

J'y vois plutôt une démarche intéressante. Uberisation ? Probablement un peu, avec un risque d'abus. Mais ce système a l'avantage de la souplesse et il répond à une évolution de la société. On peut choisir de l'ignorer, au risque de se la voir imposer sans nuance, ou d'encadrer pour en limiter les inévitables dérives. 

17/05/2017

Douche froide ou torrent de contre-vérités ?

L’incroyable tous-ménages publié par les opposants à la stratégie énergétique 2015 devrait nous interpeller. On n’a jamais vu autant de contre-vérités concentrées en si peu de pages, à commencer par la « douche froide ». C’est justement si on suit les « nein-sager » qui sont aussi des « nein-macher » que l’on risque d’en prendre plein la figure. Ils ne proposent ni investissement, ni recherche, ni efforts d’efficacité énergétique, ni perspectives pour nos PME et nos artisans. Strictement RIEN.

Que veulent-ils au fond : nous faire consommer plus de mazout, plus de gaz ou d’uranium acheté à la Russie de Poutine ou au Kazakhstan. Et ils veulent garder la porte ouverte à leur cher vieux nucléaire fissuré qui tourne déjà à perte en Suisse et risque de conduire Toshiba suite à la faillite Westinghouse aux Etats-Unis. Sans parler d’EDF et d’Areva. Voulons-nous laisser à nos enfants une montagne de dettes et de déchets aussi nucléaires les uns que les autres ? A noter que la SE 2050 n’interdit absolument pas la recherche dans le domaine, contrairement à ce que disent les opposants. Mais la recherche la plus productive se trouve dans l’efficacité des panneaux solaires, le stockage et la distribution intelligente du courant électrique, la géothermie moyenne ou profonde, voire dans l’efficience des véhicules automobiles.

On nous décrit le tournant énergétique allemand comme un désastre. Pourtant, la part du charbon dans la production d’électricité du pays a baissé de 50 à 40% de 2003 à 2016 pendant que le nucléaire chutait de 27 à 13%. Il est donc faux d’affirmer que l’arrêt du nucléaire se fait grâce au retour du charbon. Pendant ce temps, les renouvelables sont passés de 7,5 à 29,5%. C’est donc que ça marche. On est très loin des mensonges des opposants à la SE 2050 !

Mensonges encore sur « les contraintes imposées par l’Etat ». Une double page d’outrances grossières qui prennent les citoyens pour des imbéciles : limitations des températures domestiques, interdictions d’utiliser des appareils ménagers ou de voyager ? Rien de tout ça ne figure dans la SE 2050. Elle catalyse les énergies positives de notre pays vers une recherche productive et une gestion moderne de nos ressources énergétiques.

Et le reste au débotté : augmentation du carburant : mensonge. Travaux obligatoires sur les immeubles : mensonge. Mille éoliennes, dont quelques unes au large des Pâquis, selon l’illustration du tous-ménages : intoxication grossière. J’ai gardé pour le dessert la fantaisiste somme de 3200.- par famille. Elle repose sur un plan que les Chambres ont expressément abandonné en 2016. C’est donc sans fondement et par pure mauvaise foi que les opposants la recyclent. C’est d’ailleurs la seule chose qu’ils recyclent…

Il faut donc clairement dire OUI le 21 mai prochain.

14/05/2017

Apprendre de ses erreurs

L'incroyable aventure de l'accession de Emmanuel Macron à la présidence française nous démontre une chose, qu'on l'aime ou non : il apprend très vite et ne fait jamais deux fois la même erreur. C'est certainement une caractéristique tirée du monde des jeunes entreprises, des startup et de la modernité en général. On a le droit de se tromper car l'erreur ou l'échec est obligatoirement liée à l'audace et à l'exploration. Notre capacité à en tirer le meilleur est déterminante. Dans toutes les circonstances. Exemple : le soir du premier tour, le candidat Macron oublie s'adresse à quelques milliers de ses supporters et leur tient un discours assez personnel et politiquement assez léger. Il a just oublié qu'il y a aussi 15 millions de Français devant leur écran. Ils attendent plus que des bras levés et des bisous à Brigitte. Ils ont raison. Le candidat s'est trompé de discours parce qu'il a mal évalué son audience. C'est corrigé à l'issue du second tour où il pousse loin la gravité de l'instant devant la Pyramide du Louvre. 

Cette capacité à apprendre vite devrait être utile au nouveau Président et à la France, pour autant qu'il parvienne à la transmettre à ses équipes et à son gouvernement. Qu'ils ne cèdent pas à une certaine ivresse que peut donner le succès électoral. Le défi du bon candidat consiste à se transformer en bon gouvernant, deux rôles qui ne sont pas toujours compatibles

02/05/2017

Météo Marine ? La tempête menace

Marine Le Pen a tellement bien réussi sa dédiabolisation qu'elle est prête à dire tout et n'importe quoi pour récupérer les mécontents. Abandonner l'Euro ? ce n'est plus si indispensable. Sortir de l'UE ? Ca prendra du temps. Brader le poste de Premier ministre pour une fraction de 5% ? Bingo. Promesse "hollandienne" faite aux pauvres salariés de Whirlpool alors qu'elle sait bien qu'un président de la République ne peut strictement rien faire, sauf à nationaliser l'usine en question et devenir producteur de sèche-linge lui-même...

De l'autre côté, Emmanuel Macron a bien un programme. Seuls les malveillants, les illettrés et les paresseux peuvent croire ou affirmer le contraire. Il n'y a qu'à aller voir sur le site de EM. Pas mal d'idées originales et une approche assez fraîche de la politique. Celui qu'on en veut voir qu'en banquier (comme si travailler dans une banque était illégal ou malhonnête), ou en intellectuel doué et pressé (ce qu'il est effectivement) est en plein apprentissage. Son discours du 23 avril était une catastrophe : il s'adressait à son équipe de campagne et a oublié que 15 millions de Français observaient leur possible futur Président. Tragique méprise. Gageons qu'il aura appris de cette erreur. 

Une dernière observation : même si on admet que Marine a personnellement des intentions démocratiques (je suis convaincu qu'elle est beaucoup plus proche du vieux FN qu'on ne le pense, son dernier "dérapage" le confirme), nombreux seront ceux qui, dans le parti, se sentiront légitimé à se laisser aller à leurs pires instincts si elle est élue à la présidence. C'est là que se situe le plus grand danger. Les vannes ouvertes. 

25/04/2017

Clip SUVA : indigne et inutile

En produisant un clip qui désigne le cycliste comme un cinglé qui roule comme un dingue, se prend une voiture en pleine figure et meurt (c'est bien fait, il n'y que ce qu'il mérite), la SUVA croit faire oeuvre de prévention. Elle se trompe. Elle aura juste contribué à renforcer l'hostilité contre les cyclistes et à les confiner dans un rôle d'accusé alors qu'ils sont les principales victimes des accidents de la route, avec les deux-roues motorisés.

Les statistiques utilisées par la SUVA sur la responsabilité dans les accidents sont faussées par le fait qu'on y inclut les accidents lors desquels les cyclistes tombent tout seuls et sont bien entendu les principaux responsables et victimes de la dite chute. Quand on ne retient que les accidents qui mettent plusieurs acteurs de la mobilité, la part de responsabilité des cyclistes tombe à 28% ! C'est l'Office fédéral des routes qui le dit dans son Analyse des accidents de vélo survenus entre 2005 et 2014 (*). On est très loin du cycliste irresponsable. Cela dit, il y en a qui se comportent mal, envers les piétons notamment. Ce n'est pas acceptable. Pour notre plus grand malheur, ils sont très visibles...

(*) https://www.astra.admin.ch/astra/fr/home/documentation/donnees-des-accidents-de-la-suisse/publications.html

 

23/04/2017

Service public et innovation

La pression sur les budgets publics devrait nous obliger à être créatifs. Il faut sortir du débat fermé entre baisse des prestations et hausse de la fiscalité. Je suis certain qu'il existe des pistes alternatives. Un exemple intéressant nous est donnée par Avenir suisse dans un document sur les Services publics innovants*.

"Parce que les 60 habitants de Meientals (dans le canton d'Uri) sont coupés du monde extérieur par des avalanches une semaine par année, un tunnel à 15 millions de francs devrait être construit. Comme cela engendrait des coûts disproportionnés, la décision a été prise de mettre en place des navettes-hélicoptères. De nombreuses personnes ont droit à cette forme particulière de service public en cas d’avalanche, tels que les pendulaires pour raisons professionnelles, le médecin de famille, la sage-femme et, dans les cas urgents, le vétérinaire et l’inséminateur !"

De même, le maintien à tout prix de tous les offices portaux n'est pas une solution viable à long terme au vu de l'évolution du mode de vie. Je pense que l'offre combinée commerce local-service postal est une solution intéressante pour tous. Mais les expériences faites, par exemple dans ma commune de Chambésy ne semblent pas tout à fait convaincantes, tant pour les commerçants que pour les clients de la poste. Il y a certainement place pour une amélioration de cette articulation, sur le plan financier et de la formation, voire de la communication. En évitant les positions doctrinaires ou idéologiques, dans un sens comme dans l'autre. 

*http://www.avenir-suisse.ch/fr/65332/un-service-public-innovant/

17/04/2017

Victoires du nationalisme et de la bêtise ?

Victoire politique du nationalisme et du chauvinisme en Turquie mais aussi en Hongrie, "victoire" des hooligans aux stades de Lyon et Bastia. On peut malheureusement faire un rapprochement entre ces événements. Je pense même qu'on le doit. Quand les sentiments nationaux ou tribaux de certains, voire d'un grand nombre, se tournent contre les autres au lieu de soutenir un idéal, que l'on veut casser plutôt que créer, c'est qu'il y a quelque chose de pourri dans ce monde. En France, les analystes envisagent maintenant un duel Melenchon - Le Pen au deuxième tour. Deux candidats qui s'identifient avant tout par leur agressivité et leur volonté de rupture notamment avec les institutions européennes qui nous ont permis de vivre en paix depuis 70 ans. Plus que de l'anti-système, ils veulent nous en imposer d'autres qui n'a pas franchement fait leurs preuves. Ou par la négative avec l'autoritarisme marron ou les dérives chavistes qui ont fait du plus riche pays d'Amérique latine le désastre total que n'on connait. 

Il y a heureusement d'autres éléments plus positifs. L'attitude des supporters de Monaco et Dortmund, après l'attaque portée contre le bus, blindé, ai-je appris avec stupéfaction, des joueurs de l'équipe allemande. Les Monégasques ont spontanément scandé le nom de l'équipe allemande dont les supporters ont hébergé de nombreux supporters des visiteurs. 

Je crains que le nationalisme et le chauvinisme ne nous conduisent à l'abîme. C'est tout le contraire du patriotisme et de attachement à une équipe, un sport ou une région. Détruire ou construire, that's the question.