29/12/2017

Quand le mariage guérissait du viol !

L’auteur d’un viol peut échapper à toute peine à la condition qu’il épouse sa victime. Cest en substance ce que stipulait l’article 457 du code pénal marocain jusqu'à sa suppression en 2014 (!). Mais il semble que cette idée reste largement ancrée dans les mentalités et les traditions locales, et pas seulement au Maroc. J’entends déjà certains en profiter pour aligner les commentaires négatifs et répétitifs sur les méfaits de l’Islam. Je pense aussi que son application traditionaliste et sexiste a contribué à maintenir des stéréotypes funestes qui ont fait beaucoup de mal à la femme. Les autres religions peuvent rarement se vanter d’avoir fait avancer le respect de la femme dans leurs sociétés respectives. Même le catholicisme a longtemps débattu pour savoir si la femme avait bien une âme... Mais il faut aller plus loin que la religion. 

L’idée qu’un viol peut être « guéri » par un mariage est simplement révoltante. Elle indique que ce que la femme a subi est totalement ignoré et que seule la perturbation de l’ordre social est prise en compte. Il me semble que l’on retrouve le même raisonnement dans la « honte » ressentie par les victimes de viols et par leurs familles, dans certaines sociétés traditionnelles de toutes religions, menant parfois à des crimes dits « de sang », une bien mauvaise appellation, d’ailleurs. Comment peut-on en venir à sacrifier son enfant, par le mariage avec le bourreau ou par des actes barbares contre la victime elle-même ? 

On ne m’ôtera pas de l’idée que ce mépris pour la vie de la femme ou de la fille se retrouve aussi, dilué, dans les comportements de ces porcs et autres gros lourds qui profitent d’un statut, d’une position de force pour abuser d’elles. Le silence de ceux qui savaient mais ont préféré privilégier l’ordre social existant par leur silence relève de la même perversion du sentiment de ce qui est juste.

Voir aussi : 

https://www.mediapart.fr/journal/international/271217/au-maroc-l-espace-public-reste-un-enfer-pour-les-femmes?utm_source=20171227&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20171227&xtloc=&url=&M_BT=297399013584

26/12/2017

Palestine : la résistance non-violente comme nouvelle base de négociation ?

Entre l'Etat d'Israel et les Palestiniens des territoires occupés ou autonomes, on a bien perçu ces dernières années que la voie de la force était sans issue. D'abord parce qu'il y a un déséquilibre fondamental de moyens et de liberté d'action. Ensuite, parce que la force fait toujours la part belle aux extrémistes et aux fanatiques de tous poils. C'est bien ce qu'on a vu tant en Israel où ce sont les plus féroces de colons qui ont de facto pris le pouvoir, renforcés depuis les années 90 par l'arrivée de plus d'un million d'immigrants de l'ex-Union soviétique qui avaient été politiquement élevés dans un environnement peu propice au débat démocratique. L'habile Nethanyahou à surfé sur ces évolutions pour se maintenir au pouvoir jouant à la fois la carte de l'essoufflement et de la division des Palestiniens, la lassitude de la Communauté internationale et la quasi-disparition du mouvement pacifiste en Israel par rapport à ce qu'il était dans les années 80 et 90. 

Du côté palestinien, personne n'a vraiment profité du recours à la violence, à part ceux qui en sont les acteurs ou les promoteurs. Soit les structures militaires, les mouvements fondamentalistes qui sont plus intéressés au combat en tant que tel qu'à sa solution heureuse. L'isolement des territoires palestiniens est plus forte encore que ce que j'ai connu lors de mon travail entre 1989 et 1992 à Gaza et à Jérusalem alors que la première Intifada battait son plein. La Vieille Ville est coupée, le territoire environnant est défiguré par la une urbanisation sauvage, la colonisation et le sinistre mur de séparation qui serpente entre les splendides collines. 

Il n'est donc pas étonnant que revienne sur la table l'idée d'une résistance pacifique à l'isolement et à l'occupation. Une manière de reprendre la main en évitant que les aspirations légitimes à la liberté ne soient systématiquement assimilées au terrorisme. Les attaques contre les civils, quels qu'ils soient, sont inacceptables, quel que soit le point de vue. C'est probablement pendant les années 1987-1993, entre Intifada et le processus de négociations de Madrid, la déclaration de Washington puis les accords d'Oslo en 1993 que la situation des uns et des autres s'est le plus améliorée. C'est aussi à ce moment que l'espoir était le plus vivant. Mais les extrémistes ont eu le dernier mot avec l'assassinat de Rabin en 1995. Depuis lors, la spirale dans laquelle un leadership aveugle a entraîné la population israélienne n'est pas enviable non plus à moyen et long terme. Malgré une économie forte et une apparente sécurité acquise au prix fort. 

La non-violence pour redonner la parole aux plus raisonnables dans les deux camps ? Une idée intéressante. Juste au moment où l'incendiaire de la Maison Blanche verse un jerrycan d'huile sur la braise....

15/12/2017

Ignorance sincère

En Suisse ou en Europe, il y a des citoyens qui pensent sincèrement que les politiques de migration et d’asile appliquées par nos autorités sont inhumaines. Il y en a d’autres qui sont convaincus que nous avons une politique des portes ouvertes. Ce qui doit nous interpeller, voire nous inquiéter, ce n’est pas tant les divergences d’appréciation extrêmes, mais le fait que les uns comme les autres sont parfaitement sincères...

Il est probable que les faits à disposition des uns et des autres ne sont pas les mêmes, mais aussi que leur perception est très différente. Je me souviens d’un radio-trottoir réalisé en france où de nombreux passants situaient la proportion de musulmans en France entre 40 et 60%. Alors qu’elle est autour de 6%. En Suisse, c’est souvent dans les régions où la population étrangère est pratiquement absente que les xénophobes cartonnent.

J’en déduis aussi que le rôle des médias est fondamental afin de fournir aux citoyens électeurs et votants des bases factuelles solides. Et de diminuer ainsi les divergences extrêmes de perception et par là même le terreau pour de fractures politiques irréparables

03/08/2017

Patriote tous les jours

La Fête nationale, c'est tous les jours ! Si la fêter une fois l'an est une bonne chose, il faudrait chaque jour se féliciter de ce que nos ancêtres ont accompli, de ce que nous faisons actuellement pour préserver et adapter cette Suisse géographiquement petite. Mais elle est certainement grande par le génie propre quelle a développé, un pragmatisme à toute épreuve, des valeurs humaines et une ouverture remarquable, quoi qu'en disent les fondamentalistes des deux bords. 

Pour moi, le patriotisme, ce n'est pas agiter des petits drapeaux un jour par an et passer les 364 autres à détruire ce qui fait le génie de la Suisse. Que ce soit par un nationalisme étroit et souvent violent ou en ne jurant que par un internationalisme béat. Les polémiques autour du Bénin ou du post d'Ada Marra étaient navrantes, par leur substance mais plus encore par la violence qu'elle ont déclenché. Même si, derrière ces échanges souvent indignes se cachent de vraies questions de fond. 

26/06/2017

Macron est bien le dernier à blâmer pour l'abstention

C'est classique : les personnes présentes à une réunion se voient souvent reprocher l'absence des autres. C'est plus facile d'exprimer un reproche aux présents qu'aux absents ! Idem en France. De nombreux analystes (et ses adversaires plus encore, mais c'est de bonne guerre) reprochent à La République En Marche le très haut niveau d'abstention enregistré aux législatives de mai. C'est fondamentalement faux : ceux qui ont découragé les électeurs d'aller aux urnes, c'est bien ceux qui ont géré la politique ces dernières décennies, non ? Le sentiment que rien ne change, que les même vieux politiciens s'accrochent à leurs mandats et en oublient de réfléchir ou d'entendre ce que la société réclame à grands cris. 

Reprocher cela au seul mouvement qui apporte vraiment du neuf dans le paysage politique français, sur le fond et la forme, est d'assez mauvaise foi. L'enchaînement des primaires et des élections qui ont fini par lasser, c'était le projet des anciens appareils, avec un seul but : assurer un Sarkozy-Hollande en finale. Franchement, ça paraît tellement loin de ce qu'on vit actuellement. 

23/06/2017

Vélo, voiture ou piéton, une question d'espace (et de santé)

La lecture des courriers des lecteurs de la TdG des 7 et 9 juin concernant les feux lumineux en ville de Genève incitent à réfléchir. Si très peu de voitures passent lors d’une phase verte, c’est justement, comme le relève avec pertinence M. Galletti, parce qu’« en 10 secondes, seuls 5 véhicules vont s’écouler sur une voie de circulation, alors que sur cette même durée, ce sont des dizaines de piétons qui pourront traverser ». Ce calcul est plus juste encore quand les véhicules sont de grande taille et qu’ils ne transportent, comme c’est le plus souvent le cas, qu’une seule personne (+ son smartphone sur les genoux) et aucun chargement, contrairement aux véhicules de livraison ou professionnels dont les trajets, souvent indispensables, devraient être facilités. C’est donc que la voiture individuelle, surtout de grande taille, est moyen de transport le moins adapté là où l’espace manque comme au centre ville. Le même raisonnement s’applique au stationnement.

Même si elle est perfectible, ce n’est donc pas la signalisation routière qui provoque les bouchons mais le mauvais rapport « espace utilisé / personne transportée » du trafic automobile, un élément essentiel au centre ville. Ce rapport est excellent pour les piétons et très bon pour les vélos, et dans une moindre mesure pour les autres deux-roues. Il serait meilleur aussi avec des voitures mieux remplies. Quand on sait qu’une baisse de 10% du trafic en été fait pratiquement disparaître les bouchons, on se dit que la solution n’est peut-être pas aussi hors de portée qu’on le croit. 

 

http://tcsgeneve.blog.tdg.ch/archive/2017/06/09/zero-poin...

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/carrefour-pieton-mal-loti/story/24497088

 

06/06/2017

Sexisme ordinaire et extraordinaire

Par rapport à la situation en Syrie ou aux attentats de Londres, le comportement du jeune tennisman Maxime Hamou cette semaine à Roland-Garros peut paraître bien innocent. Il ne l'est pourtant pas. Parce que la comparaison de ces situations n'est pas pertinente. 

Le sexisme ordinaire doit être combattu parce qu'il s'insinue dans les esprits : celui des victimes ordinaires qu'il confine dans leur statut et dans celui des abuseurs ordinaires qui se sentent confortés par l'habitude et une certaine mansuétude. Impression renforcée par l'approbation qu'a semblé démontrer l'attitude scandaleuse des chroniqueurs d'Eurosport, Henri Lecomte en tête. Condamnable partout, ce sexisme devient extraordinaire quand il est commis en public et en direct à la télévision. On s'étonnera ensuite que d'autres imbéciles se sentent autorisés à le pratiquer à l'école, dans les halls d'immeubles, dans le métro ou dans la rue. Il ne faut rien laisser passer, jamais, comme l'a utilement souligné la nouvelle ministre des sports, Laura Flessel.

https://www.letemps.ch/opinions/2017/05/31/maxime-hamou-geste-sexiste

18/05/2017

Lulu dans ma rue

Je suis tombé aujourd'hui sur un système de "conciergerie de rue", lancé à Paris dans le 4ème arrondissement en 2015. Des coups de main fournis contre paiement par des gens du quartier, connus de votre "concierge de rue" installé dans un kiosque ou atteignable par mail et téléphone. Utile pour ceux qui ont besoin d'une expertise, de gros bras pour un bref moment, pratique pour ceux qui veulent donner un coup de main et en tirer un revenu annexe. Objectif affiché : maintenir un lien interpersonnel et social dans la quartier. Selon le site, le travail est 100% déclaré et assuré. Note : les gros bras, c'est plutôt pour descendre une armoire que pour retoucher le portrait d'un voisin désagréable...

J'y vois plutôt une démarche intéressante. Uberisation ? Probablement un peu, avec un risque d'abus. Mais ce système a l'avantage de la souplesse et il répond à une évolution de la société. On peut choisir de l'ignorer, au risque de se la voir imposer sans nuance, ou d'encadrer pour en limiter les inévitables dérives. 

17/05/2017

Douche froide ou torrent de contre-vérités ?

L’incroyable tous-ménages publié par les opposants à la stratégie énergétique 2015 devrait nous interpeller. On n’a jamais vu autant de contre-vérités concentrées en si peu de pages, à commencer par la « douche froide ». C’est justement si on suit les « nein-sager » qui sont aussi des « nein-macher » que l’on risque d’en prendre plein la figure. Ils ne proposent ni investissement, ni recherche, ni efforts d’efficacité énergétique, ni perspectives pour nos PME et nos artisans. Strictement RIEN.

Que veulent-ils au fond : nous faire consommer plus de mazout, plus de gaz ou d’uranium acheté à la Russie de Poutine ou au Kazakhstan. Et ils veulent garder la porte ouverte à leur cher vieux nucléaire fissuré qui tourne déjà à perte en Suisse et risque de conduire Toshiba suite à la faillite Westinghouse aux Etats-Unis. Sans parler d’EDF et d’Areva. Voulons-nous laisser à nos enfants une montagne de dettes et de déchets aussi nucléaires les uns que les autres ? A noter que la SE 2050 n’interdit absolument pas la recherche dans le domaine, contrairement à ce que disent les opposants. Mais la recherche la plus productive se trouve dans l’efficacité des panneaux solaires, le stockage et la distribution intelligente du courant électrique, la géothermie moyenne ou profonde, voire dans l’efficience des véhicules automobiles.

On nous décrit le tournant énergétique allemand comme un désastre. Pourtant, la part du charbon dans la production d’électricité du pays a baissé de 50 à 40% de 2003 à 2016 pendant que le nucléaire chutait de 27 à 13%. Il est donc faux d’affirmer que l’arrêt du nucléaire se fait grâce au retour du charbon. Pendant ce temps, les renouvelables sont passés de 7,5 à 29,5%. C’est donc que ça marche. On est très loin des mensonges des opposants à la SE 2050 !

Mensonges encore sur « les contraintes imposées par l’Etat ». Une double page d’outrances grossières qui prennent les citoyens pour des imbéciles : limitations des températures domestiques, interdictions d’utiliser des appareils ménagers ou de voyager ? Rien de tout ça ne figure dans la SE 2050. Elle catalyse les énergies positives de notre pays vers une recherche productive et une gestion moderne de nos ressources énergétiques.

Et le reste au débotté : augmentation du carburant : mensonge. Travaux obligatoires sur les immeubles : mensonge. Mille éoliennes, dont quelques unes au large des Pâquis, selon l’illustration du tous-ménages : intoxication grossière. J’ai gardé pour le dessert la fantaisiste somme de 3200.- par famille. Elle repose sur un plan que les Chambres ont expressément abandonné en 2016. C’est donc sans fondement et par pure mauvaise foi que les opposants la recyclent. C’est d’ailleurs la seule chose qu’ils recyclent…

Il faut donc clairement dire OUI le 21 mai prochain.

14/05/2017

Apprendre de ses erreurs

L'incroyable aventure de l'accession de Emmanuel Macron à la présidence française nous démontre une chose, qu'on l'aime ou non : il apprend très vite et ne fait jamais deux fois la même erreur. C'est certainement une caractéristique tirée du monde des jeunes entreprises, des startup et de la modernité en général. On a le droit de se tromper car l'erreur ou l'échec est obligatoirement liée à l'audace et à l'exploration. Notre capacité à en tirer le meilleur est déterminante. Dans toutes les circonstances. Exemple : le soir du premier tour, le candidat Macron oublie s'adresse à quelques milliers de ses supporters et leur tient un discours assez personnel et politiquement assez léger. Il a just oublié qu'il y a aussi 15 millions de Français devant leur écran. Ils attendent plus que des bras levés et des bisous à Brigitte. Ils ont raison. Le candidat s'est trompé de discours parce qu'il a mal évalué son audience. C'est corrigé à l'issue du second tour où il pousse loin la gravité de l'instant devant la Pyramide du Louvre. 

Cette capacité à apprendre vite devrait être utile au nouveau Président et à la France, pour autant qu'il parvienne à la transmettre à ses équipes et à son gouvernement. Qu'ils ne cèdent pas à une certaine ivresse que peut donner le succès électoral. Le défi du bon candidat consiste à se transformer en bon gouvernant, deux rôles qui ne sont pas toujours compatibles