23/03/2017

La classe ces Anglais !

Après l'attentat de Westminster, les Anglais ont été remarquables. Politiques, médias, commentateurs : solidarité et détermination absolue. Comme pendant les années du Blitz quand Hitler leur balançait ses V2 sur la tête chaque nuit. La classe. Chapeau MM. les Anglais. Avec des réactions de ce calibre, les terroristes n'ont strictement aucune chance de gagner parce qu'ils n'ont aucune cause, si ce n'est le martyre. En fait, un suicide d'un égoïsme abyssal. 

En France, on aurait commencé à polémiquer et s'accuser d'avoir mal protégé les citoyens. Exactement ce qu'ont fait une partie des candidats à la présidence et surtout leurs partisans après l'attentat dans une école à Grasse. 

Et cette polémique stupide sur l'état d'urgence. Je suis personnellement convaincu qu'il aurait fallu le lever il y a bien longtemps, quitte à le ré-instaurer si nécessaire. Maintenir les forces en alerte maximale pendant des mois, voire des années, c'est totalement absurde pour plusieurs raisons sur lesquelles je reviendrai demain. Mais avant tout, des forces en alerte permanente atteignent rapidement un état de fatigue qui les rend inefficaces. 

19/03/2017

Le système de l'anti-système

Journal de France 2 ce samedi soir. Un petit sujet sur les "anti-système". Pourquoi pas. Suit une collection de citations au montage ultra-court. Si court qu'on ne peut savoir quels sont ces fameux systèmes. Un bel exemple de journalisme aux idées aussi courtes que ce montage, qui fait dans l'amalgame et la sensation facile. L'angle : ils sont tous "anti-système". 

Pourtant, de quel système parle-t-on ? Melenchon est opposé au système capitaliste. C'est pas nouveau, c'est vague et ça ne mange pas de pain. Au pouvoir il devrait bien faire avec. Mitterrand a mis deux ans à le comprendre en 1981. A l'opposé, Marine se dit aussi "anti-système". Pour elle, c'est l'establishment, l'UMPS ou plutôt ceux qui ont gouverné et sont donc responsables de tout ce qui ne fonctionne pas. C'est le privilège de l'outsider, au sens littéral. Pour le reste, l'organisation de son parti, son implantation en fait une force politique totalement dans le système. Macron est dénoncé comme hypocrite parce qu'il se dit aussi "anti-système" alors qu'il sort de l'ENA de la banque. Pourtant, il se distingue avant tout parce qu'il est en train de construire son parcours hors du système des partis traditionnels, ce qui est exact. Et il construit un mouvement d'un genre nouveau, largement fondé sur internet et les réseaux sociaux. 

Hamon, lui, représente officiellement le parti socialiste qu'il a passé les deux dernières années à combattre de  l'intérieur. Est-ce donc cela être anti-système ? Ou plutôt la méthode Fillon, issu également d'une primaire organisée par un parti. Mais lui se dit anti-système "judiciaire". Tiens-donc. Quelle est donc cette manie de se prononcer contre un système dès qu'il nous dérange ? Trump est assez logiquement anti-système médiatique. 

Et soudain une angoisse : suis-je aussi anti-système. Probablement, mais lequel ? Les idéologies figées ou la simplification abusive ? Ouf, je suis donc normal. 

10/03/2017

Salon de beautés

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Chaque année, j'éprouve un sentiment de malaise en voyant les photos du Salon de l'auto. Pratiquement pas une voiture sans une jeune femme aguichante à côté, dans un rôle de pure présence. On a pas vraiment l'impression qu'elles sont là pour expliquer le fonctionnement des véhicules. 

Bien sûr, ces jeunes filles, souvent étudiantes, sont plutôt bien rétribuées pour cette activité. Une bonne chose pour elles. Ce qui interpelle plutôt, c'est ce que cela dit des visiteurs, acheteurs potentiels. La décision d'acheter un véhicule dépend-elle de la présence de charmantes hôtesses. Alors, finalement, une question : au Salon de la femme, pourquoi toutes ces voitures ?

02/03/2017

Nucléaire militaire : la tête ou les hormones ?

Il est de bon ton de se moquer de la diplomatie multilatérale, qui, entend-on souvent, "n'arrive à rien". Dans le domaine nucléaire, c'est tout le contraire. Depuis les sommets de tension atteints dans les années 60' au cours des crises de Cuba, on a fait bien des progrès, grâce à des hommes intelligents, courageux et réfléchis, comme le rappelle utilement Le Temps dans un article du 27 février 2017. Il arrive que les résultats les plus positifs soient totalement invisibles, en tout cas pour l'observateur non averti. Le citoyen devrait simplement constater que depuis 1945, une dizaine de puissances ont les moyens techniques de déclencher une guerre nucléaire mais qu'aucune ne s'est aventurée sur cette voie. Les efforts de la diplomatie multilatérale n'y sont pas pour rien. Parmi d'autres, le traité START de réduction des armes stratégiques a permis de diminuer le nombre de têtes nucléaires et de missiles chez les deux principales puissances. 

Les menaces du président Trump contre la diplomatie et sa pratique du tweet incendiaire matinal sont inquiétantes. Laisser à un seul homme, impulsif et peu au fait des mécanismes internationaux existants, le pouvoir sur le Bouton rouge est lourd de menace, d'autant plus quand on réalise que le peu nuancé conseiller-gourou Bannon a été promu au Conseil National de Sécurité en même temps que des militaires en étaient exclus. Ce n'est pas non plus un hasard si une brochette de généraux US ont récemment prié le président Trump de ne pas couper les crédits à la diplomatie américaine. Ils savent, eux, par métier, que la guerre n'est pas une plaisanterie. Le monde à l'envers ? A mon avis, pas tant que ça, si fait fonctionner sa tête (non-nucléaire) au lieu de ses seules hormones. 

05/01/2017

Réfugiés : échanger les rôles, juste pour voir !

SY 3.jpgAvant de donner son avis sur un sujet, il est intéressant de se mettre à la place de l'autre. Utile et enrichissant. Lors d'une séance de conseil municipal, j'ai du rappeler à l'assemblée que les réfugiés syriens qui fuyaient Alep ne devaient pas seulement être vus comme un problème pour nous (ce qu'objectivement il sont aussi, car faire face à un afflux important et non souhaité n'est effectivement agréable pour personne). Avant de se prononcer, il est instructif de se mettre un instant à leur place. Faisons un petit exercice d'imagination. 

Genève et la Suisse romande sont attaquées et la ville assiégée depuis presque cinq ans par des forces lombardes, alliées aux alémaniques, chaque jour bombardés par l'aviation française. Plus d'autorités, des milices, du gaz et des barils d'explosifs sont largués sur la ville. Plus de vivres, les HUG ne fonctionnent plus, pas plus que la Colline, la Tour. Il ne reste qu'un dispensaire à Carouge et un autre aux Eaux-Vives. Quelques dizaines de policiers sont restés, sans moyens, sans véhicules ni essence. Il n'y a plus de Conseil d'Etat ni d'autorités cantonales. Pierre Maudet, Sandrine Salerno et quelques conseillers administratifs fonctionnent encore, avec les moyens du bord et des vestiges d'administrations publiques. On peut toujours quitter le canton via Ferney et Gex, le Jura en direction de Montbéliard, puis l'Alsace et la Belgique. S'entasser là dans des camps de fortune ou prendre le risque d'embarquer pour l'Angleterre ou l'Afrique du nord. 

Nous devons prendre la décision de faire ou non ce voyage dangereux, sans presque rien emporter, avec un flot d'autres réfugiés, dans le froid, voyant nos enfants périr d'épuisement, sans soins, rejetés dans des camps par la marine de Sa Majesté ou bloqués par des murs de barbelés installés près des côtes du Maroc et d'Algérie. Hostilité des populations tout le long de la rouge, pas enchantées de nous voir passer. Des gouvernements rendus exsangues par la crise économique. Dans quel état d'esprit serions-nous à l'arrivée dans un pays riche et bien équipé, en paix, avec un taux de chômage de 6%, (3,5% au plan national), un budget excédentaire et de gros moyens matériels et logistique. Fin de l'exercice d'imagination. 

SY raqua.jpgParmi les réfugiés, il y a aussi des éléments douteux, migrants économiques. Sans scrupules ni respect, dangereux comme ceux qui ont sévi à Cologne au Nouvel An dernier. Ou issus des milieux de la délinquance nord-africaine qui s'est incrustée dans nos villes. Pour ceux-là, pas d'asile ni de complaisance. Mais la présence de quelques moutons noirs justifie-t-elle de rejeter tous ceux qui ont fui leur ville pour sauver leurs enfants. Si on a fait l'effort de se mettre à leur place un instant, les rejeter sans examen aucun devient difficile à justifier. 

03/01/2017

L'abjection sans réaction.

La Russie inquiète. Pour les positions bellicistes du président Poutine, c'est un aspect. Mais ce n'est pas vraiment nouveau. Des leaders qui profitent des faiblesses ou de la désunion de leurs adversaires, c'est un grand classique. Les civils de Syrie et d'Ukraine en paient la facture, mais la Russie n'est de loin pas seule responsable. 

Non, ce qui est inquiétant, c'est ce qui se passe à l'intérieur. Le délire homophobe d'un certain Boulatov qui dénonce, expose publiquement et pousse à la démission des enseignants homosexuels. C'est infâme, contraire à tout principe de l'Etat de droit. Mais le pire, c'est que personne en Russie ne semble trouver cela choquant. En tout cas pas les autorités ni les religieux. L'intolérance gagne, dans une sorte de grand vent de conservatisme rance, de stigmatisation sous prétexte de soi-disant "morale". Un salmigondi de religion sous ses pires aspects d'intolérance et de haine. La même chose se produit en Afrique où les hommes (surtout eux) semblent prendre un malin plaisir à torturer autrui sous prétexte de tradition, de croyances et de religion mêlés. Excision, mariage forcé, lapidation pour adultère (des femmes seulement, chacun sait que les femmes commettent l'adultère toute seules) ou chasse aux gays. Même les albinos sont pourchassés. Que fait l'Etat, que font les religieux quand ils ne sont pas eux-mêmes à la manoeuvre de ces abominations ? La nausée. L'année commence bien. 

https://www.letemps.ch/monde/2016/12/28/cet-activiste-russe-traque-enseignants-homosexuels

 

27/12/2016

Comment répondre au terrorisme ?

Que veulent les terroristes, Daesh et les autres ? Nous terroriser et nous empêcher de vivre comme nous l'avons choisi. Comment leur répondre ? Ne pas être terrorisés, ne pas le montrer ou faire comme si on ne l'était pas, selon ses possibilités. C'est la seule réponse possible. Toutes les autres ne sont que capitulation et lâcheté.

Ce que certains nous suggèrent : nous laisser dévorer par la haine, banaliser l'insulte et répartir l'humanité entre "ils" et du "nous". Trop facile, ça rassure mais c'est simplement faux, ou faussement simple. De nos jours, la société de l'information et internet offrent très (trop) facilement à des résistants de pacotille la possibilité de répandre leurs haine bien à l'abri derrière le douillet anonymat de leur écran d'ordinateur. Ils tombent dans le piège des extrémistes.

Et ne pas oublier que la rancoeur généralisée fait le bonheur de plein de monde : les terroristes eux-mêmes qui aimeraient nous voir devenir comme eux, amers, sans espoir sur cette terre et sans amour. Mais aussi quelques simplistes qui nous souhaiteraient à leur image, avec une vision binaire : les bons (nous) et les méchants (eux).  Que ce "nous" soit blanc, chrétien, du nord, européen ou simplement riche ne change pas grand-chose. 

Complotistes, racistes ou même alarmistes, ce sont tous des alliés objectifs des terroristes.

Comment réagir ? Simplement, se demander ce que les terroristes voudraient nous voir faire et agir exactement à l'inverse. Très simple à dire. Et à faire parce qu'il ne devrait pas y avoir d'alternative. Aucune. 

 

22/11/2016

Social : plus ou mieux ?

Il y a quelques mois, j'ai eu l'occasion de participer à une grande manifestation réunissant la majorité des acteurs sociaux de la région, privés, associatifs et publics, afin de réfléchir à ce qui pourrait être fait dans le domaine ces prochaines années. L'expérience fut fascinante. En partie parce que les idées émises puis discutées étaient variées et parfois très intéressantes. En partie seulement : c'est un autre point qui a retenu mon attention.

Parmi les dizaines de projets évoqués, tous se proposaient de lancer une nouvelle activité, un nouveau programme, un nouvel outil. Tous étaient destinés à être menés par une nouvelle entité à créer puis à doter de moyens humains et matériels. Je n'ai entendu aucune suggestion de ces professionnels ou responsables associatifs visant à améliorer quelque chose qui existait déjà ou à faire la même chose avec moins de moyens ou de personnel. 

J'en suis ressorti avec l'impression que pour la très grande majorité des participants, la question du financement était tout à fait secondaire. Comme si se poser la question du rapport entre la dépense publique et l'effet attendu sur les bénéficiaires était presque indécent ou grossier. 

J'en suis ressorti avec la solide impression qu'il y avait là une partie de l'explication au fait que Genève dépense au bas mot 30% de plus que Zurich pour des tâches identiques. Et un vague soupçon que cet état d'esprit n'était pas tout à fait étranger à la dette abyssale que Genève fait peser sur la tête de ses enfants pour les générations à venir.

15/11/2016

Trump : on ne voulait pas vraiment savoir

Avec l’élection de Donald Trump, on a beaucoup dit et répété « que la presse n’avait pas fait son travail ». C’est tout simplement faut. Il y a eu de très nombreux reportages dans l’Amérique profonde, la Rust Belt et autres contrées supposément délaissées. Les médias romands aussi, syndiqués avec d’autres grands journaux européens, nous ont amplement informés. La presse a donc fait son travail. Ce qui n’a pas fonctionné, c’est la partie éditoriale. Comme si les analystes n’avaient pas voulu tenir compte des informations rapportées par leurs reporters. Les instituts de sondage de leur côté n’ont visiblement pas non plus interprété les tendances.

A noter aussi que l’élection ne s’est pas jouée à beaucoup : dans trois Etats déterminants, le vote s’est joué à moins de 1%. Il s’en est donc fallu de fort peu que la « révolution » que nous avons l’impression de vivre n’ait simplement pas lieu.

04/11/2016

La repression fait sens quand elle est bien ciblée

Les cyclistes doivent respecter la loi. La minorité qui se montre agressive avec les autres usagers, et en particulier les piétons, font du tort à l'ensemble des cyclos. La campagne menée la semaine dernière par la police genevoise était annoncée et de ce fait, elle est en partie une action de prévention. Elle est d'autant plus pertinente quand elle vise les infractions qui mettent vraiment en danger les autres usagers. De ce point de vue, les contraventions infligées à des cyclistes qui ont brûlé un feu rouge au haut du pont de la Coulouvrenière venant de la rue de St-Jean, pour tourner à droite sur un trottoir lui-même cyclable (partagé avec les piétons) n'est pas très fair-play. En effet, le "tourner à droite au rouge" est une mesure qui est testée à Bâle. C'est dire qu'elle ne peut être vraiment grave ni dangereuse. 

De ce point de vue, je pense que la police ferait mieux de sanctionner ceux qui traversent les rues basses à haute vitesse au milieu des piétons, ceux qui brûlent des feux rouges au milieu du trafic, il y en a et ils sont dangereux même si c'est une petite minorité. Il y a d'autres feux, que l'on peut être tenté de "couler" après avoir laissé passer les piétons bien entendu, afin de devancer le trafic automobile et de profiter d'une route dégagée. C'est le cas sur le quai Wilson où l'entrée en ville n'est pas du tout aménagée, contrairement à ce qu'annonce le Département et ce qu'a voulu le Peuple en adoptant l'initiative 144 en 2011. Les lacunes du réseau cyclable sont évidentes pour tous. Interrompu, souvent incohérent, il y a des itinéraires impossibles : de Cornavin à la gare des Eaux-Vives et retour, par exemple, on rencontre tout les obstacles et on expérimente toute l'absence d'aménagement qu'il est possible de trouver à Genève.

Personne ne monte par plaisir sur un trottoir : c'est le plus souvent pour s'extraire du trafic, et pour "se réfugier" dans un espace moins dangereux. Mais qu'il n'y ait aucune ambiguité : je condamne tout comportement agressif ou vitesse excessive de la part d'un cycliste dans un espace qui ne lui est pas réservé ou qui doit être partagé. Se venger sur les piétons de la pression ressentie de la part du trafic motorisé est une mauvaise réaction qui fait du tort aux cyclistes dans leur ensemble.