13/12/2007

Quelques leçons du 12 décembre

La non-élection de Christoph Blocher le 12 décembre et les réactions qui l'ont suivi obligent à réfléchir sur quelques points :     

Les termes de putsch ou de complot utilisés par les partisans de M. Blocher sont tout simplement faux. Il s'agit d'une élection conforme au droit suisse et même aux usages parlementaires. Elle n'est ni violente ni illégale. Le projet a été annoncé, discuté de la manière la plus publique qui soit. Définir et appliquer une tactique lors d’un tel événement est légitimement pratiqué par tous.

La concordance politique et arithmétique est respectée. Les premiers à la piétiner ont été les partisans de l'UDC et M. Blocher lui-même d'une manière consciente et volontaire qui a été largement documentée dans plusieurs ouvrages. Ce parti a lui-même placé les élections du 21 octobre sous le signe de la personnalité de son principal inspirateur. L'Assemblée Fédérale a donc logiquement pris acte de cette volonté. 

L'UDC dans l'opposition ? Mais en quoi la présence de M. Blocher à l'Exécutif a-t-elle retenu son parti ou ses émanations telles que l'ASIN ou la Weltwoche de prendre des positions ou des initiatives d'opposition. Cela aura au moins le mérite de la clarté.

Vive le débat démocratique !Nous avons assisté sous la coupole à des scènes de liesse compréhensibles mais que l'on peut à bon droit trouver déplacées. Moins justifiables sont les menaces proférées par les perdants et la violence de leur réaction. En particulier, les propos tenus par leurs partisans sur les blogs et autres forums publics donne une idée des sentiments que les partis populistes éveillent chez leurs partisans. Il semble que la méchanceté, la vulgarité, l'insulte, la dénonciation et la faute d'orthographe arrivent largement en tête...  Mais il faut nuancer et se garder de traiter à tort l’UDC de fascisme, un terme qui a trop de valeur historique pour que l’on accepte de le galvauder ainsi.

Il n'en reste pas moins qu’une fraction des citoyens ne se sent plus représentée au Conseil Fédéral (mais le reste cependant aux Chambres, contrairement à la France où au moins 40% des votants n'ont aucune représentation parlementaire). Il faudra en tenir compte dans la manière de s'adresser au public. Sur le fond, ce résultat ne doit pas faire oublier que l'UDC a posé et posera souvent de bonnes questions, même s'il y apporte presque systématiquement de mauvaises réponses, simplistes, indignes ou incompatibles avec l'environnement international. Le défi de tous les autres partis et en particulier de la droite responsable et du centre largement compris est de répondre concrètement à ces questions qui reposent souvent sur un sentiment d'inquiétude savamment entretenu. Y répondre rationnellement et affectivement.

Si le combat d'idées est nécessaire à la vie publique, il faut se garder de camper sur des positions dogmatiques qui sont trop souvent le fait de la gauche comme de la droite sur ce qu'ils considèrent comme leurs thèmes de campagne. Le résultat du 12 décembre rend un peu plus probable l’élaboration de réponses à la fois efficaces, réalistes et moralement acceptables.

A noter encore que les médias ont fait un travail remarquable tant dans la campagne que pendant le vote du 12 décembre. Tous les courants ont eu l'occasion d'exprimer leur points de vue. La scénarisation de certaines émissions s'est trouvé largement compensée par les questions de fond qui ont été débattues, bien au-delà des stratégies et autres tactiques. 

Commentaires

Brillant exposé... petites remarques tout de même... Le terme de "putsch", qui me sydère comme vous (le seul étant selon moi celui de l'UDC sur ses électeurs - principalement des grisons et de berne mais pas seulement) n'a malheureusement pas été utilisé que par les perdants... Les journalistes - notamment M. Rebetey, Zendali,... et même la rédaction du 24heures - ne se sont pas privé de s'en garagariser et le dériver dans toutes ses formes (pas seulement l'interrogative soi-disante innocente et objective)... Comme quoi, dur d'éviter de plonger dans le sensationalisme, surtout lorsqu'on se sent trahit dans ses pronostics ;-)

Écrit par : V | 13/12/2007

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