26/02/2008

Secret bancaire et concurrence fiscale : deux débats souvent mal posés

Le débat sur le secret bancaire et la concurrence fiscale est généralement mal posé, parasité par les dogmes de gauche et ceux de droite. Posons quelques évidences :

 

1. L’impôt est utile, il permet à l’Etat d’assumer ses tâches au bénéfice de tous et d’offrir un filet de protection aux plus vulnérables. 2. Il ne doit pas être confiscatoire ni décourager le travail ou la recherche de l’efficacité économique. Le niveau d’imposition doit être fixé en fonction de ces deux éléments.

 

Dans le débat fiscal, on néglige en général de se pencher sur les dépenses, notamment sur l’efficience de l’Etat (le rapport entre la dépense et l’impact qu’elle produit). Selon une étude récente de la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Genève, la fiscalité y est supérieure de 50% à celle des cantons comparables. Cela pose une vraie question : les prestations sont-elles plus étendues à Genève ? Les mêmes prestations sont-elles plus coûteuses ? Trop souvent, on se prononce en fonction de positions de principe: moins d'Etat, plus de solidarité. Rarement on se pose la question de quel Etat ou du quel Etat ? Ces questions valent la peine d’être posées même si les réponses pourraient déplaire, tantôt à droite tantôt à gauche.

 

La concurrence fiscale inter cantonale ou internationale n’est pas saine, ni pour notre pays ni pour le monde en général. Logiquement, elle ne profite qu’à ceux qui ont les  moyens légaux et logistiques de s’adapter aux conditions offertes ici ou là. Elle ne peut s’apprécier qu’en fonction du niveau des dépenses.

 

Si la Suisse offre une sécurité attractive et une tranquillité recherchée par les personnes aisées, il n’est pas nécessaire de leur offrir des avantages fiscaux significatifs. Si nos banques ont des compétences pointues en gestion de fortune, il n’est pas nécessaire de se cacher derrière le secret bancaire. L’unique raison légitime de s’accrocher encore à ce qui reste du secret bancaire se fonde sur la nécessité de ne pas être laminés par d’autres places financières qui, elles, continueraient à offrir ces avantages discutables.

 

L’attitude actuelle du Conseil fédéral de ne pas négocier avec l’UE est contre-productive (au mieux, elle sert à gagner un peu de temps). Il me semble plus logique d’entrer en discussion sur une base de réciprocité : que les conditions de « secret » offertes par la Suisse soient mises sur le même plan que les très larges facilités offertes sur la place financière britannique ou dans les différents paradis fiscaux intra- (Luxembourg, Malte, Gibraltar, Jersey, Man, les Antilles britanniques ou néerlandaises) ou extra européens (les autres îles des Antilles notamment) . Cette position aurait l’avantage d’être moralement plus défendable et certainement pas moins efficace que les pénibles contorsions actuelles.

 

 

 

25/02/2008

La Constituante : une victoire du Centre créatif

Nous voici engagés dans le processus constitutionnel. Une belle défaite pour les esprits chagrins et les pisse-froid qui se plaignent que rien ne va dans la République mais refusent en même temps de changer quoi que ce soit. Comme par hasard, ce sont les extrêmes des deux bords qui ne voulaient pas de l'aventure, les doctrinaires aigris. Encore une victoire du Centre constructif.

Bien sûr, les Constituants, dont je souhaite faire partie, devront prouver qu'ils peuvent aller au-delà des querelles de clochers et développer une vision d'avenir pour Genève, sans exclusive ni naïveté. Qu'ils sauront aussi ne pas chercher à profiter du débat ouvert pour faire dire au peuple ce qu'il ne veut pas. Ou revenir sans raison sur des acquis passés et encore pertinents.

 

 

18/02/2008

Kosovo, patriotisme et nationalisme

Les aigles noirs sur fond rouge qui flottaient ce dimanche sur les places des villes de suisse et aux fenêtres des voitures inspiraient un sentiment ambigu. On peut bien sûr se réjouir avec un peuple qui affiche une vraie joie de pouvoir proclamer son indépendance, pleine de dangers et de défis à très court terme.

 

On peut aussi s’inquiéter de ce que ce sentiment légitime qui s’est constitué dans l’opposition à un Etat considéré comme étranger ne sache pas prendre un virage positif. Je me suis toujours méfié du nationalisme, par opposition au patriotisme. Le premier est souvent négatif et se construit par l’exclusion ou la peur de l’autre. Le second découle en général de l’appréciation qu’un individu ou un peuple a pour son coin de terre ou son pays et implique l’ouverture et l’acceptation de l’autre.

 

Si l'on ose un parallèle sportif, l’état d’esprit manifesté par les amateurs de rugby contraste radicalement avec celui des supporters des matches de football. Les premiers aiment leur sport au point d’apprécier les exploits de l’adversaire tandis qu’une bonne partie des seconds tient par-dessus tout à la victoire. Dans un cas, les spectateurs se mélangent sans heurts, dans l’autre, grillages et bataillons de policiers casqués séparent les groupes de supporters.

 

Il faut souhaiter que les nouveaux citoyens de Kosovo sauront montrer que leur joie relève du patriotisme et non du simple nationalisme. Le sort qu’ils réserveront à la minorité serbe du Kosovo sera déterminant pour savoir si les célébrations de cette fin de semaine relèvent plutôt du rugbyman ou du hooligan. Et que les authentiques amateurs de football me pardonnent la comparaison.

13/02/2008

Un monde vraiment plus violent ?

On entend parfois dire que notre société (occidentale) est de plus en plus violente. C’est une perception largement répandue qui n’est pas fondée sur des faits. Je pense que la violence y est devenue plus gratuite, moins compréhensible et plus choquante.

Il me semble nécessaire de se représenter le monde il y a plusieurs siècles, quand la mort était bien plus présente au quotidien dans la société, les châtiments corporels considérés comme normaux, la torture comme un moyen non contesté de découvrir la vérité, les guerres locales et féodales courantes et les campagnes infestées de bandits. Même la maladie était violente: une rage de dents conduisait au mieux à la pince de l'arracheur (de dents), au pire à la mort par infection. Ce siècle à produit les plus grands massacres de l'humanité, puis le monde industrialisé en a conçu la théorie de la guerre à zéro morts (aucun chez nous, beaucoup chez les autres). 

Ce sont nos paramètres qui ont changé. Souffrance, douleur et mort ont presque disparu de nos vies quotidiennes (grâce notamment aux analgésiques) pour laisser la place à l'envie, à la frustration et à la déception. Sous l'influence de la publicité, il est tellement facile d'imaginer ce que nous pourrions avoir et n'aurons jamais que la société engendre une autre forme de violence, celle de ne pas avoir.

Alors non, je ne pense pas que la société actuelle est plus violente mais les violences qu'elle nous inflige nous paraissent moins acceptables, moins explicables et plus évitables.

Par contre, la mort virtuelle a fait beaucoup de progrès dans l'univers des adolescents, qui ont tous vu dans leurs séries favorites des milliers de meurtres plus ou moins gratuits. La télévision et les jeux vidéo ont certainement une grande responsabilité dans cette nouvelle forme de violence. A suivre…

09/02/2008

MOBILITY : un usage intelligent de la voiture

Chaque fois que c'est possible, j'utilise les transports publics, le vélo ou je marche, c'est une position de principe pour laquelle il faut faire, parfois, un petit effort. Mais quel confort et quelle tranquillité d'esprit.

De temps à autre, il est nécessaire d'avoir recours à un véhicule : transport d'objets encombrants, destination campagnarde ou horaire vraiment trop serré. Dans ce cas, il vaut la peine de penser à Mobility (https://mobility.ch/). Une fois membre (à l'année ou sociétaire), on peut réserver par internet un véhicule près de chez soi pour quelques heures, de manière très souple pour 3.- par heure et env. 42 centimes du kilomètre. Tout est inclus, y compris l'essence !

Si plus de gens recouraient à ce moyen, il y aurait plus de véhicules Mobility, plus de choix et plus de lieux. Le must, c'est de ce rendre à un rendez-vous à l'autre bout de la Suisse et de réserver un véhicule à la gare la plus proche de sa destination. En quelques minutes, on roule. On trouve aussi des utilitaires qui permettent les déménagements les plus massifs, des Smart, des breaks.

Il me semble que l'écologie intelligente n'est pas de bannir tous les véhicules sans distinction mais de les utiliser uniquement quand ils sont vraiment le meilleur moyen. En posséder un pour ... l'utiliser le moins possible n'est pas non plus une solution : non-sens économique et encombrement des rues et autres surfaces de parkings. En plus, quand la voiture est devant la maison, on finit toujours par sauter dedans sous prétexte que c'est plus simple. N'en pas avoir pousse à s'organiser autrement. Le recours à cette merveille qu'est Mobility le rend possible.

 

 

 

08/02/2008

Criminalité : quand les extrêmes se rejoignent

Dans la triste affaire de Locarno, il y a deux pièges à éviter : sombrer dans la régression anti-étranger dont la droite populiste est coutumière et se réfugier dans l’empathie communautariste un peu naïve d’une partie de la gauche. Aussi fausses l’une que l’autre, ces deux postures se renforcent mutuellement et rendent impossible l’analyse sereine de la situation. Toute réflexion constructive doit, à mon avis, s’appuyer sur deux éléments :

 

1. L’arsenal législatif actuel permet de punir les coupables, allant jusqu’à remettre en cause leur présence future sur le territoire national, si le juge l’estime nécessaire. Nul besoin donc de nouvelle loi. Ignorer cette réalité, c’est chercher à verser de l’huile sur le feu pour des raisons purement démagogiques, susciter la haine parmi éléments les moins informés de notre société, jouer sur les instincts négatifs de l’humain et, en fin de compte, rendre plus difficile l’intégration de ceux qui en ont la volonté.

 

2. Il  y a bien un problème d’adaptation d’une partie des jeunes qui sont nés à l’étranger ou dont certaines références culturelles sont différentes du mode de vie helvétique. Il est contre-productif de se le cacher. Il serait plus positif d’effectuer une véritable enquête sur les causes, les perceptions et les itinéraires, sans stigmatisation, à l’image de ce qu’Olivier Guéniat a fait dans le domaine de la violence des jeunes dans son ouvrage « La délinquance des jeunes – l’insécurité en question » publié en 2007 dans la collection Le Savoir Suisse.

 

L’extrême droite comme l’extrême gauche trompent le citoyen en lui laissant croire que la répression et l’exclusion d’un côté, la compréhension et l’assistanat de l’autre permettront seuls de réussir la synthèse dans la Suisse du XXIe siècle. Comme souvent, c’est un subtil mélange d’incitation et de répression, d’assistance éducative et de mesures punitives,  adaptées aux cas et aux problèmes locaux qui permettra de franchir ce cap et d’améliorer la situation.

 

Mais bien entendu, postures et gesticulations ont l’immense avantage de simplifier les choses et d’apporter un certain confort intellectuel à ceux qui ne veulent (ou ne peuvent) faire l’effort d’envisager des solutions complexes à un problème qui l’est aussi.

04/02/2008

Eglise catholique : une responsabilité morale et légale

Les atteintes à caractère sexuel commises par des représentants de l’Eglise catholique (principalement, mais pas exclusivement) ne sont pas nouvelles. Aux Etats-Unis et en Europe, des centaines de millions ont été dépensés ces dernières années pour faire taire les victimes des abus même si, officiellement, il s’agit toujours de « les aider à se reconstruire ». Ce type d’abus sur des personnes en situation de dépendance ou des mineurs est choquant, et il l’est aussi quand il est commis par d’autres que des religieux. Mais la hiérarchie de l’Eglise porte une très lourde responsabilité légale et morale dans ces affaires pour les raisons suivantes :

 

-       Dans de nombreux cas, elle savait le danger que représentait l’auteur et a choisi de le soustraire à la justice. Plus grave que cette seule impunité, elle a pris l’énorme risque de se rendre complice d’autres abus, ce qui est, semble-t-il arrivé plus d’une fois. Peut-on imaginer un directeur d'école agissant de même avec un enseignant de son établissement ?

-       Etant donné ses positions moralisantes sur de nombreux sujets de société et en particulier sur les pratiques sexuelles, sa propension à régenter la vie de ses fidèles, voire de la société tout entière, l’extrême tolérance de l’Eglise pour les crimes de ses propres agents est choquante.

-       De ce grand écart éthique, on retire l’impression qu’elle considère les victimes comme un peu coupables et ses propres abuseurs un peu victimes. Avec cet a priori que, puisqu’il est foncièrement bon, le prêtre ne peut être que mortifié par ce qu’il a commis et par conséquent que son remord supposé suffit à sa punition et à la consolation de l’abusé.

-       Même si elle rejette cette idée, je ne peux m’empêcher de penser que l’imposition du célibat (et par conséquent de la chasteté) met les prêtres dans une situation de tension intérieure qui favorise le passage à l’acte en dehors des normes admises par la loi, d’autant plus que les religieux se voient confié une autorité sur des mineurs et qu’ils jouissent (encore) d’un certain prestige « de fonction ».

 

Il est temps que l’Eglise, au plus haut niveau, prenne une position absolument claire et mette sa pratique en ligne avec la Justice universelle et le simple sentiment d’humanité qu’elle prêche par ailleurs. Historiquement et sociologiquement, le sentiment religieux est digne de respect mais il s'accommode mal de l'ambiguïté des hiérarchies, des pratiques et des doctrines.