13/03/2008

Droit d'asile et politique d'immigration

Dans le débat politique actuel, on confond trop souvent deux notions qui sont juridiquement et politiquement différentes: l'asile et la migration.

Obtenir l'asile est à la fois un droit et une coutume ancienne qui permet à un individu de fuir des persécutions et de trouver refuge dans un autre Etat. A certaines conditions, il est protégé contre le refoulement. Comme tel, le principe de l’asile ne se discute pas, la marge d'appréciation de l'autorité est relativement faible. Dans l'esprit, il dure aussi longtemps que la situation qui l'a justifié mais pas au-delà.

L'émigration ou l'immigration, qui sont les deux faces d'une même médaille, sont à mon avis d'une tout autre nature. Il n'y a pas de droit objectif a immigrer dans un Etat donné. L'immigration se définit par une politique, des critères, une suite de décisions, le tout appuyé sur un degré d'ouverture à l'étranger. Dans ce domaine, l'Etat conserve une grande liberté de manoeuvre pour décider quel degré d'ouverture il veut montrer à l'égard de ceux qui cherchent à venir s'y installer, y vivre et y travailler. 

La votation fédérale du 24 février 2006 qui demandait au peuple de se prononcer simultanément sur les deux questions a contribué à mélanger ces deux sujets distincts. Très rares sont les partis qui ont eu l’intelligence de tenir compte de ces nuances dans leurs prises de position : le parti radical l’a fait.

Les extrêmes ont joué sur la confusion des genres. Pour la droite xénophobe, le bon Suisse l’est depuis des générations ou à la rigueur, il collectionne les nains de jardin et sature ses fenêtres de géraniums. Tout le reste n’est qu’envahissement et perte d’identité. Pour la gauche doctrinaire, chaque limite mise à l’accueil de l’étranger est une démonstration de racisme et de xénophobie. Ces deux attitudes sont juridiquement, socialement et politiquement absurdes. Elles se nourrissent l'une l'autre pour enfermer le débat dans des positions irréconciliables et stériles.

Il faut respecter le droit d’asile et l’encadrer. La définition d’une politique d’immigration est nécessaire qui soit le fruit d’une analyse des besoins, de la capacité d’intégration et d’acceptation du pays d'accueil.

La pratique de ces dernières années permet de relever des décisions ou des positions qui la rendent illisible pour la plupart de nos concitoyens. L’expulsion de résidents étrangers parfaitement intégrés et socialement utiles depuis une dizaine d’années est absurde. Le départ forcé d’étudiants en fin d’étude est un contresens incompréhensible (d’autant plus qu’ils ne retournent pas faire profiter leur pays d’origine de leur nouvelle compétence). Les demandes de régularisation massives et récurrentes des sans papiers sont injustifiables, sauf comme mesure unique et exceptionnelle destinée à remettre les compteurs à zéro. Aucune règle n’existe sans moyens qui permettent de la faire respecter. Ceux qui s'opposent aux limitations de l'immigration sont les mêmes qui s'opposent aussi à la libre circulation des travailleurs dans le cadre de Schengen.

Dans tous les cas, la capacité et la volonté démontrée de s’intégrer à la société d’accueil est prépondérante. Comme l'est la correction avec laquelle l'étranger est traité dans ses relations avec l'autorité et la population.

Commentaires

Très bonne mise au point. Rien à rajouter, si ce n'est pour saluer votre analyse !!! Et pour rappeler qu'au fond, ce qui me semble être le plus démocratique dans ces cas-là c'est de laisser le choix à ceux qui vivent en un lieu de décider avec qui ils ont envie de vivre. La démocratie et la souveraineté populaire, c'est aussi et surtout accepter de prendre des risques.

Écrit par : James Becht | 14/03/2008

Une intéressante discussion vaut commentaire. Je pense que vous devez Publier plus sur ce sujet, il ne pourrait pas être un sujet tabou question, mais généralement typiquement gens ne parler ces .
Pour la prochaine! Un grand merci !

Écrit par : Shane | 10/07/2013

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