15/03/2008

Une saine menace pour les extrêmes

Plusieurs politiciens, dont Yves Nidegger, prétendent qu’en politique le centre n’existe pas. Je suis convaincu qu’ils ont tort, ou plutôt, qu’ils affirment volontairement une idée fausse parce que c’est dans leur intérêt. D'ailleurs, s'il n'existait pas, on ne chercherait tant à le faire disparaître.

 

Ces hommes politiques ont du parti une vision dépassée et une pratique qui ne l'est pas moins : un groupe d’individus organisé autour de la défense d’intérêts plus ou moins légitimes ou d’une idéologie, dans le meilleur des cas. Dans le pire, c’est le rejet ou la détestation qui soude le parti. Par définition, ces structures ne doivent leur existence qu’à une gerbe restreinte d’idées dont la contestation menace l’existence. On en veut pour preuve la hargne que peuvent déployer les extrêmes à l’encontre de leurs éléments dissidents, qu’il s’agisse du Front National français, des groupes d’extrême gauche ou de l’UDC. Violence dans les mesures prises (exclusion) mais encore plus dans la rhétorique utilisée : traître, demi Conseiller fédéral. Il est dans la nature de ces mouvements de maltraiter, au moins verbalement, ceux qui les contestent. Quand le socle est fragile, la dissidence est dangereuse.

 

Au contraire de ces partis adeptes des solutions tranchées et souvent simplistes, je conçois le centre comme le lieu où l’on trouve les solutions qui tiennent compte de la complexité du monde actuel. Face au confort de la pensée simpliste, le centre accueille ceux qui acceptent de regarder les choses sous plusieurs angles. Bien entendu, les partis extrémistes ne peuvent tolérer une autre vision de la politique que la guerre des tranchées idéologique par laquelle les poilus des deux camps justifient leur existence commune.  Et de nous proposer des choix « de société », des politiques de droite ou de gauche qui sont forcément mauvaises pour une moitié de l’humanité et géniales pour l’autre.

 

Alors oui, des choix sont fait tous les jours, des options sont prises, on ouvre ou on ferme, on élève ou on abaisse, on prend des options. Si les partis aux positons tranchées ont parfois le mérite de pousser la réflexion à son terme, l’application n’est jamais qu’un compromis pour lequel le centre est tout désigné.

 

Pour les extrêmes, un centre intelligent est menaçant puisque capable de rassembler des majorités sans eux ou avec une partie seulement. On le taxe d’opportunisme alors qu’il recherche ce qui est opportun. 

 

Le défi du centre, c’est de se rassembler autour de quelques principes, la capacité à imaginer des solutions en dehors des dogmes figés et à rejeter toujours le simplisme du prêt à penser, qu’il soit de gauche ou de droite. En Suisse, ce centre n’est pas loin d’être majoritaire. Il pourrait l’être plus nettement et mieux l’assumer. 

 

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