30/03/2008

Le parti de ceux qui ont peur

Mais qu'est-ce qui peut bien faire si peur à l'UDC dans le processus constitutionnel qui s'ouvre à Genève ? Serait-ce le débat d'idées ? Plus la discussion est riche et ouverte, plus ce parti et ses stolons genevois font de l'urticaire. Est-ce la simple habitude de dire non à longueur d’année et de votation ? Un réflexe conditionné ? Et cette manière d'agiter le spectre de dépenses par dizaines de millions sans avancer le moindre élément de preuve ? La volonté d'effrayer ceux qui, comme eux, sont recroquevillés sur leur propre image, armée de nains de jardin face au miroir.

L’UDC ne voit pas de changement immédiat à l’horizon ? Bien sûr, comment le pourraient-ils, un parti vieillissant malgré le ludion souriant qu’il vient de se choisir comme effigie nationale pour laisser le temps aux vieux routiers de l’ASIN de monter la prochaine campagne de pourrissement du climat politique suisse. A coup de millions et d’affiches racoleuses surfant sur la moindre polémique simpliste.

Alors, ce parti n’aurait-il aucun mérite ? J’en vois bien un, un seul : poser souvent de bonnes questions... pour y apporter aussitôt de mauvaises réponses avec une régularité qui finira par détourner gros quart de nos concitoyens qui ne s’en sont pas encore rendu compte. Si seulement les partis politiques décents voulaient bien se saisir de ces questions et leur apporter des réponses constructives et honorables, à défaut d’être parfaites.

On a décidément trop longtemps laissé à l’UDC le monopole des questions qui préoccupent les citoyens. Faisons le pari qu’ils sauront faire confiance à ceux qui ont des bonnes réponses. Le centre droit est là pour cela, élargi à ceux qui sont prêts à travailler de bonne foi.

29/03/2008

Les conditions d’une saine concurrence fiscale

Le débat engagé sur la question de la concurrence fiscale dans mon article du 26 février a été repris avec pertinence par Yves Cogne. Il me semble nécessaire de revenir sur la définition de la concurrence fiscale et notamment du lien direct qui existe, ou plutôt devrait exister, entre impôt, dépense et prestation.

Si l’on définit comme concurrence fiscale comme la pression mise sur l’Etat et ses organes afin qu’ils remplissent un certain niveau de prestation au bénéfice de la population à un coût qui soutienne la comparaison avec ses voisins et soient incités chaque jour à faire mieux, je considère qu’elle est saine. Dans ce cas-là, c’est le rapport entre dépense et prestation qui varie.

Par contre, la réduction de la fiscalité qui serait destinée à attirer une population plus aisée et fiscalement plus mobile (les exemples abondent) me paraît contestable parce qu’elle tend à concentrer les plus grands contributeurs fiscaux dans des lieux qui ont une population moins consommatrice de services sociaux même si à l’origine elle repose sur le même mécanisme. S’il n’est pas contenu, notamment par une limitation des baisses de la fiscalité que peuvent accorder ces communes ou cantons, ce déséquilibre ne fait que croître. Et je ne suis pas convaincu que les systèmes de péréquation financière fédéraux ou cantonaux soient à même de compenser complètement ce déséquilibre dynamique.

La concurrence fiscale saine postule que les populations sont relativement homogènes au départ de sorte que leurs besoins de services sont comparables. De cette manière, c’est l’efficacité de l’Etat qui est le moteur de la concurrence.

Entre ces deux cas de figure, on trouve l’option selon laquelle une communauté décide de réduire le niveau des prestations et donc de la fiscalité. C’est une décision qui va au-delà de la simple concurrence fiscale et implique un choix de société ou à tout le moins un choix politique. Dans notre pays, il est du ressort du peuple et il est difficilement imaginable que les prestations soient dramatiquement différentes d’une région à l’autre.

Dès lors, il me semble honnête de conclure que la concurrence fiscale n’est saine que si elle s’installe sur une base relativement homogène et dont les défauts peuvent être complètement corrigés par un système de péréquation efficace. Par contre, il n'est pas correct de prendre prétexte de la péréquation annule les distorsions induites par une compétition fiscale mal comprise.

28/03/2008

Football : quelle identification ?

Il est de plus en plus surprenant de constater que les équipes de football de ligue nationale de football sont constituées en très grande majorité de joueurs qui n'ont aucun lien avec le lieu où ils jouent. Ils n'y ont pas été élevés ni n'ont joué dans les sections juniors. Plus grave, il devient très difficile au public de s'identifier avec une troupe de mercenaires qui vont et viennent au gré des transferts. Même les clubs historiquement formateurs comme le FC Sion jouent presque sans joueur formé sur place.

Une justification à cette évolution pourrait être la recherche de l'excellence, la professionnalisation du championnat et son équilibre économique. Mais peut-on dire que le niveau est supérieur à ce qu'il était il y a vingt ans ? Les clubs sont-ils plus florissants ? Ce n'est visiblement pas le cas. Ce qui fonctionne en Angleterre ou n'est pas un problème en NBA ne semble pas fonctionner chez nous. On peut également se faire du soucis pour la formation de la relève de l'équipe nationale.

Le sujet est glissant, le risque d'être mal compris existe. Mais il me parait nécessaire de l'aborder. Cela n'a rien à voir avec la provenance des joueurs. C'est vrai, ils viennent dans leur majorité d'Afrique. Seraient ils tous Ukrainiens ou Lettons, la question serait la même. En hockey, le nombre de joueurs étrangers est encore limité. Faut-il faire un lien avec les inacceptables manifestations de racisme qui sont en augmentation autour des terrains européens ?

24/03/2008

L’UDC a mangé son pain blanc, son recul peut commencer

Quel que soit le résultat de l’élection au Conseil d’Etat de Saint-Gall, l’éviction de M. Blocher du Conseil fédéral est une très bonne chose pour le système politique suisse. Ce résultat cantonal n’a pas de signification nationale. C’est un règlement de compte indirect entre deux figures politique qui ont pris des positions très tranchées cet automne. Que l’UDC en tire un succès local, c’est incontestable. Pourtant, l’essentiel est bien ailleurs : un lent et long recul peut commencer, même si on ne  le voit pas encore.

Le Conseil fédéral se porte bien mieux depuis le 12 décembre, on y travaille et la duplicité qu’y démontrait l’ancien conseiller fédéral, à la fois gouvernant et principal opposant n’a plus cours. L’UDC est clairement dans l’opposition et fait ouvertement ce qu’elle a toujours mais, même au gouvernement : flatter les bas instincts, dénoncer, accuser sans jamais rien proposer de constructif. Ses contradictions apparaissent encore plus au grand jour : divergence entre son aile économique et son aile isolationniste, fracture entre le parti emmené par la clique des Zurichois et les sections bernoise et grisonne. Il prétend défendre le peuple mais favorise les plus riches et casse l’Etat, annonce plus de sécurité mais sème l’intolérance, se dit patriote alors que ses prises de position infamantes causent un tort considérable au pays.

L’UDC a mangé son pain blanc, son électoral est vieillissant et il va amorcer son recul, le centre droit constructif peut reprendre le travail et aborder enfin les questions importantes pour l’avenir du pays sans se laisser distraire par les tristes pantalonnades de l’Aigri de Rhäzüns. Pour cela, il faut que les forces positives laissent ce parti d’épuiser dans sa propre rancœur et ses contradictions. Le 12 décembre, il n’y a pas eu de complot ni de putsch mais une nécessaire opération de commando politique pour ouvrir le passage à ceux qui ont vraiment quelque chose à proposer. Ceux-ci ne sont peut-être pas encore tous apparus dans la lumière alors que ceux qui ont trop cherché à profiter personnellement de l’éclat de décembre pourraient la quitter. On en reparlera en 2009.

 

23/03/2008

Le clip, la femme et le rappeur

Le féminisme de ces dernières décennies a induit des progrès remarquables dans la société occidentale, la parité fait lentement mais sûrement son chemin même s’il reste encore à faire. Il y a pourtant un domaine où la femme est représentée d’une manière totalement dégradante et c’est d’autant plus grave qu’une bonne partie de la jeunesse s’abreuve à cette source sans retenue ni recul : je fais référence aux clip vidéo qui passent en boucle sur MTV et les autres chaînes destinées aux adolescents. On y glorifie sans restriction le Rappeur tout puissant entouré de belles plantes dénudées et réduites au statut de filles faciles, sous l’influence de machos mal vulgaires et dégrossis, une grosse chaîne autour du cou et la casquette de travers. Il existe une mode du « pimp », soit du maquereau. Sauf erreur, mettre des femmes sur le trottoir et bénéficier des revenus de leur activité est une activité pénalement punie dans de très nombreux Etats.

Je regrette que la société tolère cette expression plus que douteuse d’expression « artistique » qui ne peut qu’encourager les jeunes à traiter les femmes en général et les filles de leurs quartiers ou de leurs classes comme des objets sexuels. On s’étonne ensuite de la violence entre les jeunes et tu triste sort qui est réservé aux jeunes filles dans les bandes. Ceci n’est qu’un aspect, peut-être le plus aigu, du problème plus général que représente l’influence de la télévision actuelle sur une jeunesse qui manque de repères. La culture de la célébrité instantanée et de la satisfaction rapide et indispensable de la plupart des besoins (eux-mêmes souvent créés artificiellement par la publicité agressive et fort bien faite) n’a pas fini de nous causer des soucis au moment où l’on parle de plus en plus de violence à l’école et d’incivilité chronique.

 

 

19/03/2008

"Dictature" socialiste et autres expressions déplacées

Je ne suis pas membre du Parti socialiste ni même sympathisant, mais je trouve que les termes employés par le député Stauffer sur son blog sont parfaitement déplacés. Parler de "dictature socialiste" en cas d'élection du candidat présenté par ce parti au poste de Procureur général est insultant pour tous ceux qui ont vécu ou vivent encore sous la coupe de vraies dictatures.

M. Stauffer et tous ceux qui le suivent sur cette voie glissante ne savent visiblement pas ce qu'est une dictature. J'en ai eu un aperçu pour avoir vécu une bonne dizaine d'années dans de tels régimes au contact de la population. Messieurs les agitateurs, vivre en dictature, c’est : avoir peur de son ombre, ne pas pouvoir exprimer ses opinions même dans des cercles restreints, être soumis au racket de ceux qui détiennent une part d'autorité, policiers, fonctionnaires. Craindre pour sa vie, sa liberté ou celle de sa famille, n'avoir aucun recours à la justice indépendante, n'avoir d'accès à aucun media libre, subir des écoutes téléphoniques, le harcèlement, etc. Alors, de grâce, ne gaspillez pas les mots importants et graves pour des situations qui ne le méritent pas. Plus inquiétant encore, votre diatribe irresponsable ouvre la voie à beaucoup d'autres qui se croient légitimés à déverser des tonnes de propos injurieux dans le débat politique.

Désapprouver et combattre le programme du candidat socialiste est parfaitement légitime mais certainement pas de cette façon. La critique y perd toute légitimité. Notre démocratie mérite mieux que cela. A vous de prouver par vos actes et vos paroles que vous y êtes vraiment attachés.

 

15/03/2008

Une saine menace pour les extrêmes

Plusieurs politiciens, dont Yves Nidegger, prétendent qu’en politique le centre n’existe pas. Je suis convaincu qu’ils ont tort, ou plutôt, qu’ils affirment volontairement une idée fausse parce que c’est dans leur intérêt. D'ailleurs, s'il n'existait pas, on ne chercherait tant à le faire disparaître.

 

Ces hommes politiques ont du parti une vision dépassée et une pratique qui ne l'est pas moins : un groupe d’individus organisé autour de la défense d’intérêts plus ou moins légitimes ou d’une idéologie, dans le meilleur des cas. Dans le pire, c’est le rejet ou la détestation qui soude le parti. Par définition, ces structures ne doivent leur existence qu’à une gerbe restreinte d’idées dont la contestation menace l’existence. On en veut pour preuve la hargne que peuvent déployer les extrêmes à l’encontre de leurs éléments dissidents, qu’il s’agisse du Front National français, des groupes d’extrême gauche ou de l’UDC. Violence dans les mesures prises (exclusion) mais encore plus dans la rhétorique utilisée : traître, demi Conseiller fédéral. Il est dans la nature de ces mouvements de maltraiter, au moins verbalement, ceux qui les contestent. Quand le socle est fragile, la dissidence est dangereuse.

 

Au contraire de ces partis adeptes des solutions tranchées et souvent simplistes, je conçois le centre comme le lieu où l’on trouve les solutions qui tiennent compte de la complexité du monde actuel. Face au confort de la pensée simpliste, le centre accueille ceux qui acceptent de regarder les choses sous plusieurs angles. Bien entendu, les partis extrémistes ne peuvent tolérer une autre vision de la politique que la guerre des tranchées idéologique par laquelle les poilus des deux camps justifient leur existence commune.  Et de nous proposer des choix « de société », des politiques de droite ou de gauche qui sont forcément mauvaises pour une moitié de l’humanité et géniales pour l’autre.

 

Alors oui, des choix sont fait tous les jours, des options sont prises, on ouvre ou on ferme, on élève ou on abaisse, on prend des options. Si les partis aux positons tranchées ont parfois le mérite de pousser la réflexion à son terme, l’application n’est jamais qu’un compromis pour lequel le centre est tout désigné.

 

Pour les extrêmes, un centre intelligent est menaçant puisque capable de rassembler des majorités sans eux ou avec une partie seulement. On le taxe d’opportunisme alors qu’il recherche ce qui est opportun. 

 

Le défi du centre, c’est de se rassembler autour de quelques principes, la capacité à imaginer des solutions en dehors des dogmes figés et à rejeter toujours le simplisme du prêt à penser, qu’il soit de gauche ou de droite. En Suisse, ce centre n’est pas loin d’être majoritaire. Il pourrait l’être plus nettement et mieux l’assumer. 

 

13/03/2008

Droit d'asile et politique d'immigration

Dans le débat politique actuel, on confond trop souvent deux notions qui sont juridiquement et politiquement différentes: l'asile et la migration.

Obtenir l'asile est à la fois un droit et une coutume ancienne qui permet à un individu de fuir des persécutions et de trouver refuge dans un autre Etat. A certaines conditions, il est protégé contre le refoulement. Comme tel, le principe de l’asile ne se discute pas, la marge d'appréciation de l'autorité est relativement faible. Dans l'esprit, il dure aussi longtemps que la situation qui l'a justifié mais pas au-delà.

L'émigration ou l'immigration, qui sont les deux faces d'une même médaille, sont à mon avis d'une tout autre nature. Il n'y a pas de droit objectif a immigrer dans un Etat donné. L'immigration se définit par une politique, des critères, une suite de décisions, le tout appuyé sur un degré d'ouverture à l'étranger. Dans ce domaine, l'Etat conserve une grande liberté de manoeuvre pour décider quel degré d'ouverture il veut montrer à l'égard de ceux qui cherchent à venir s'y installer, y vivre et y travailler. 

La votation fédérale du 24 février 2006 qui demandait au peuple de se prononcer simultanément sur les deux questions a contribué à mélanger ces deux sujets distincts. Très rares sont les partis qui ont eu l’intelligence de tenir compte de ces nuances dans leurs prises de position : le parti radical l’a fait.

Les extrêmes ont joué sur la confusion des genres. Pour la droite xénophobe, le bon Suisse l’est depuis des générations ou à la rigueur, il collectionne les nains de jardin et sature ses fenêtres de géraniums. Tout le reste n’est qu’envahissement et perte d’identité. Pour la gauche doctrinaire, chaque limite mise à l’accueil de l’étranger est une démonstration de racisme et de xénophobie. Ces deux attitudes sont juridiquement, socialement et politiquement absurdes. Elles se nourrissent l'une l'autre pour enfermer le débat dans des positions irréconciliables et stériles.

Il faut respecter le droit d’asile et l’encadrer. La définition d’une politique d’immigration est nécessaire qui soit le fruit d’une analyse des besoins, de la capacité d’intégration et d’acceptation du pays d'accueil.

La pratique de ces dernières années permet de relever des décisions ou des positions qui la rendent illisible pour la plupart de nos concitoyens. L’expulsion de résidents étrangers parfaitement intégrés et socialement utiles depuis une dizaine d’années est absurde. Le départ forcé d’étudiants en fin d’étude est un contresens incompréhensible (d’autant plus qu’ils ne retournent pas faire profiter leur pays d’origine de leur nouvelle compétence). Les demandes de régularisation massives et récurrentes des sans papiers sont injustifiables, sauf comme mesure unique et exceptionnelle destinée à remettre les compteurs à zéro. Aucune règle n’existe sans moyens qui permettent de la faire respecter. Ceux qui s'opposent aux limitations de l'immigration sont les mêmes qui s'opposent aussi à la libre circulation des travailleurs dans le cadre de Schengen.

Dans tous les cas, la capacité et la volonté démontrée de s’intégrer à la société d’accueil est prépondérante. Comme l'est la correction avec laquelle l'étranger est traité dans ses relations avec l'autorité et la population.

08/03/2008

Hygiénisme, vraiment ?

Hygiénisme !  Un reproche souvent brandi par ceux qui auraient souhaité continuer à enfumer leurs concitoyen dans tous les lieux publics. Ou par ceux qui ne supportent pas que l'on se préoccupe de ce qu'une proportion croissante de nos jeunes se dirigent tout droit vers l'obésité.  

Pourtant, on parle de deux types de situation bien différentes : dans le premier cas, il s'agit d'éviter que certains, en exerçant leur liberté individuelle, incommodent et intoxiquent leurs semblables contre leur gré dans des lieux publics fermés. Il n'est pas question de leur interdire de se donner une mauvaise haleine, un teint gris et les doigts jaunes car ils sont adultes et vaccinés. Je m'opposerais à ce que les régulations aillent plus loin sur cette question. En particulier, il absolument respecter les spécialités régionales même si elles ne respectent pas les canons de la diététique.

Le second cas est différent. La publicité et le marketing ont acquis une telle influence sur la société et les plus jeunes en particulier qu'il n'est pas abusif de fixer des règles qui permettent au consommateur non averti de le devenir, notamment en lui permettant d'avoir accès à un étiquetage compréhensible et véridique. Pour les consommateurs "en formation" que sont les enfants et les adolescents, il est salutaire que l'on prenne des précautions pour qu'ils atteignent l'âge adulte en bonne santé.

Dans les deux cas, on protège des individus qui ne jouissent pas de toute leur liberté de choisir. On est donc très loin de l'hygiénisme. 

 

 

 

Etats généraux sur la violence : une méthode qui promet


La manière dont les Etats généraux sur la montée de la violence se proposent de faire le point sur un phénomène à la fois grave et délicat est certainement une voie à suivre pour aborder d'autres débats épineux. S'extraire pour un temps au moins des polémiques partisanes stériles et se donner les moyens d'établir une base d'analyse paraît évident et presque révolutionnaire dans le paysage politique Suisse. Evident parce que toute recherche de solution doit partir d'une base aussi peu contestable que possible. Révolutionnaire puisque les logiques partisanes s'imposent trop souvent au premier stade de la réflexion alors qu'elles n'y ont pas leur place. Comment peut-on imaginer faire ou proposer au peuple des choix politiques constructifs si le constat est déjà le champ de bataille des doctrinaires.

Savoir si, oui ou non les jeunes d'origine étrangère sont plus nombreux à commettre des délits n'est pas un jugement de valeur ni une posture politique mais un simple constat. La recherche des causes nous fait entrer dans la sphère politique et les solutions que l'on se propose de leur apporter est plus politique encore. 

Mais confondre le constat factuel et l'élaboration de solutions politiques brouille le jeu et ne peut qu'avantager les pire populistes, qui tendent à prospérer dans les climats dégradés. Presque tous les partis ont longtemps considéré que s’occuper des questions liées à la sécurité avait quelque chose de déshonorant, à gauche surtout, laissant un boulevard à la droite nationaliste pour imposer ses solutions racoleuses, déshonorantes et inefficaces qui causent un tort considérable à l’image de la Suisse à l’étranger.

Il est temps que les partis du centre droit s’autorisent à aborder ces questions délicates avec l’humanité que la tradition libérale devrait leur imposer et la fermeté que commandent les circonstances. C’est ce que semblent avoir lancé Jacqueline de Quattro, Anne-Catherine Lyon et Philippe Leuba à Lausanne. Il ne reste qu’à espérer que le déroulement des débats et la substance qui en sortira sera à la hauteur de promesses que porte la méthode. En cas de succès, je suis convaincu que d’autres thèmes mériteraient ce type d’examen serein et ouvert que la démocratie peut se permettre.