28/04/2008

Europe : deux questions qui n’en font qu’une


Une fois de plus, l’UDC se moque du peuple. Elle veut nous faire croire que les Suisses peuvent d’une part confirmer les accords bilatéraux et de l’autre refuser l’extension de la libre circulation aux deux nouveaux membres de l’UE. Il n’y a aucune chance que les 25 acceptent que deux de ses membres soient traités d’une manière différente par un état tiers. Outre son opposition systématique à tout, l’ancien conseiller fédéral Blocher supporte mal que de vraies questions soient posées au peuple : la Suisse veut-elle s’isoler complètement de l’Europe ? L’UDC souhaiterait pouvoir découper en petites tranches ces questions afin de donner l’impression qu’il s’agit de petites décisions ponctuelles sur lesquelles le peuple, divinisé selon la mythologie du bouc nain, pourrait manifester sa souveraine indépendance.

L’UDC ne souhaite poser que des questions anecdotiques qui font appel aux instincts primaires et aux réflexes conditionnés. Même si cela n’apparaît pas encore au grand jour, je suis convaincu que la très grande majorité se rendra compte qu’il ne suffit pas de poser de (relativement) bonnes questions si c’est pour leur apporter systématiquement les plus mauvaises réponses possible.

Si cela ne devait pas coûter tellement cher à notre pays, on en viendrait presque à souhaiter que le peuple se laisse vraiment berner par l’UDC lors de ces votations. Se mettre pour quelques années au ban de l’Europe permettrait aux isolationnistes de se rendre compte à quel point nous sommes intégrés à l’Europe et ce qu’il en coûte de s’en exclure.

Alors il faut voter en une fois sur la question des bilatérales et celle des deux nouveaux membres, les accepter ne bloc puisqu’elles ne peuvent être séparées dans la réalité. Seuls l’UDC et ses suiveurs ne s’en rendent pas compte pour l’instant.

17/04/2008

Fumée passive : réduire les exceptions au strict minimum

Aussi incroyable que cela puisse paraître, on trouve encore des experts pour essayer de nous convaincre que la fumée du tabac n'est pas nocive pour la santé. Et encore, si les cigarettes ne contenaient que du tabac ! Mais on a fini par apprendre que les manufacturiers y ajoutaient un "jus" de plusieurs milliers de composants dont ils gardent le dosage absolument secret. Un ange passe, effrayé.

Mais il y a deux autres raisons de bannir la cigarette des lieux publics fermés : la gène occasionnée aux autres, indépendamment de toute considération de santé. Autant un cigare ou une pipe peuvent sentir bon à dose modérée, de temps à autre, autant la cigarette subie est une véritable attaque contre les sens.

Les mesures drastiques qui sont heureusement en préparation se justifient enfin par l'incroyable arrogance dont ont fait preuve les fumeurs pendant si longtemps. Certains se rendent compte maintenant de ce qu'ils ont fait subir aux non fumeurs à une époque où demander aux participants à une réunion professionnelle de bien vouloir modérer leur consommation (on osait pas encore réclamer l'abstention) vous faisait passer pour un être profondément asocial.

Les "sacrifices" qui sont maintenant demandés aux fumeurs ne sont rien en comparaison de ce qu'ils ont fait subir à leur entourage et à eux-même. Beaucoup d'entre eux, même s'ils s'en cachent encore, sont heureux que les interdictions actuelles les aident à diminuer leur consommation, voire à la faire cesser complètement.

16/04/2008

Berlusconi au pouvoir : le pas en arrière

N'en déplaise à Pascal Décaillet, la victoire du parti mené par Silvio Berlusconi aux élections législatives italiennes est bien un pas en arrière. Voici pourquoi. En bon polémiste, le chroniqueur s’est choisi un angle d’attaque percutant : critiquer le bilan, les méthodes ou la personnalité du futur président du Conseil serait faire preuve d’un gauchisme obscurantiste qu’il attribue un peu facilement aux media publics qu’il aime tant critiquer.

Il est évident que les Italiens ont fait un choix souverain et que Sua Emittenza sera légitimement portée au pouvoir. Pourtant, l’horrible confusion des intérêts entre les affaires privées de l’industriel et le gouvernant perdure même s’il a, pour la galerie, renoncé juridiquement à la possession et à la direction de son empire. Un homme qui a mis pendant des années toute l’Italie à sa merci par le contrôle direct des quatre principales chaînes de télévision privées et publiques, qui s’est taillé sur mesure des lois d’amnistie pour mettre fin aux poursuites qui le menaçaient en tant qu’homme d’affaire. Confirmer un tel homme au pouvoir, ce n’est certainement pas faire un pas en avant.

Et puis, porter à un tel poste, dans un pays en crise, un homme qui a très largement passé l’âge de la retraite et qui s’est construit à coup de chirurgie plastique une allure d’animateur de supermarché, c’est clairement un pas en arrière.

Si l’on décide que le Peuple a toujours raison, ceux qu’il désigne pour le gouverner sont toujours les plus aptes à bien le faire et, par définition, c’est ce qu’ils font. L’histoire a régulièrement montré que cette thèse était fausse. Par conséquent, le Peuple peut se tromper dans le sens où il est possible qu’il se fonde, pour prendre sa décision, sur des informations fausses, présentées sous un seul angle ou incomplètes. Il peut aussi avoir choisi de croire à une histoire qui lui fait du bien à ce moment-là de son histoire politique ou qui lui évite de se confronter à des réalités déplaisantes.

Comme c’est son droit les plus strict, Monsieur Décaillet a pris l’habitude de saluer tous les pas en arrière depuis un certain 12 décembre, avec une admirable régularité.

14/04/2008

Petites incivilités : le dilemme du citoyen


Je me trouvais l’autre jour dans un bus de la ligne 7. Au Lignon, montent à bord cinq ou six adolescents entre 12 et 15 ans. Ils parlent plus fort que nécessaire, juste assez pour imposer leurs échanges à la dizaine de personnes qui se trouvent dans cette partie du véhicule. Un portable diffuse un rapp nasillard pour l’ensemble du bus. On s’invective, un peu pour soi, un peu pour les autres. Le vocabulaire est vulgaire, les baskets sur le siège d’en face, comme il se doit. Le plus grand affirme son autorité : il parle plus fort que les autres, pose sa semelle bien à plat sur le siège à côté de lui.

Ne voulant pas passer pour un « vieux c.. », je me concentre sur mon exemplaire de la Tribune, prêt à laisser la jeunesse s’affirmer par les moyens qu’elle se choisit, même si je ne les trouve ni particulièrement drôles ni respectueux de l’environnement humain. Juste devant moi, une dame se retourne pour faire remarquer que les pieds n’ont pas leur place sur les sièges. Les jeunes lui signifient que leurs pieds sont bien là où ils sont. Pour ne pas laisser complètement seule la courageuse dame, je lance quelques coups d’œil désapprobateurs au groupe. Aucun effet, bien entendu. Et je commence à me demander quelle est la bonne attitude dans un tel cas.

Aucune option ne me plait vraiment : ne rien dire est assurément le plus confortable. Laisser passer ces petites incivilités est possible. Personne n’est directement visé ni harcelé, il n’y a personne à défendre, si ce n’est une certaine idée de la manière de se comporter dans un lieu public. Mais, quel est le message que l’on donne à ces jeunes ? Qu’est-ce qui les empêchera, une prochaine fois, d’aller un peu plus loin dans la provocation ? Si leurs parents n’ont pas pu, su ou voulu leur faire comprendre que la vie en société avait des règles ou s’ils ont choisi de ne pas les suivre, qui va le faire. Faut-il attendre qu’ils allument une cigarette, ce qu’ils n’ont pas fait mais qui est courant le soir dans le Regio à destination de Coppet ? Qu’ils s’en prennent au matériel, aux personnel des CFF ou aux autres passagers.

Intervenir, c’est s’exposer à devoir baster si leur détermination ou l’effet de groupe est assez fort. Ou se trouver confronté éventuellement à en venir aux mains. Pour défendre un passager pris pour cible, d’accord, mais pour lutter contre la petite incivilité, c’est beaucoup. Je n’ai pas de bonne solution. Et vous ?

08/04/2008

L’intégration, critère central

La naturalisation par les urnes est une porte ouverte à l’arbitraire, au vote au faciès et à la violation de la sphère privée de l’individu. Il faut en refuser le principe sans aucune hésitation.

Le débat doit se situer ailleurs. Il faut examiner les critères selon lesquels la naturalisation est accordée. Le principal est l’intégration dans le milieu social ambiant. L’intégration, c’est la connaissance de l’environnement, le respect des règles et des lois et la volonté d’y vivre dans le respect de ces règles. Dans cette logique, il est normal que la naturalisation, le renouvellement de permis ou la simple admission de personnes étrangères soit lié à cette volonté d’intégration. Il est normal aussi que certains se la voie refusée s’ils ne remplissent pas ces critères. Il est normal aussi qu’à certaines conditions strictes, et déjà prévues par la loi actuelle, des délinquants qui auraient démontré leur absence de volonté de respecter les règles soient renvoyés dans leur pays d’origine.

Il est essentiel que les devoirs du candidat à la naturalisation, à l’extension de permis ou à l’admission temporaire soient clairement constatés. Il n’y a pas de droit sans devoir. Dans cet esprit, les contrats d’intégration qui ont été développés à Bâle depuis quelques années sont une réponse intelligente et imaginative.

Le pauvre argumentaire développé (si l’on peut dire) par MM Baettig et Voiblet à Infrarouge ce mardi a eu le singulier mérite de démontrer plusieurs choses : l’initiative ne repose sur aucune argumentation si ce n’est une idée imposée par les blochériens par pur opportunisme electoral ; les craintes de certaines couches de la population sont énormes et irrationnelles. Des gens parfaitement honnêtes ont l’impression d’être envahis, que leur monde s’effondre et qu’ils ne sont plus « chez eux ». Il faut répondre à ces craintes. Non pas parce qu’elles sont justifiées mais d’abord parce qu’elles existent.

Mais il ne faut absolument pas laisser à l’UDC le soin d’y répondre parce que ce parti choisit systématiquement des solutions déshonorantes pour le pays et souvent inapplicables. Il est également nécessaire que ceux qui prétendent à l’intégration ou à l’acceptation prennent conscience du point de vue qu’un Suisse de souche peut avoir sur la question.

07/04/2008

Sauver la politique du pourrissement

Depuis l’été dernier, on ne parle que d’une montée de l’UDC. C’est vrai mais ce n’est qu’une partie de la réalité. Ce qui se passe vraiment, c’est une entreprise de pourrissement systématique de la vie politique suisse. Moutons noirs, minarets, expulsions. Le 1er juin, on vote sur trois objets fédéraux qui découlent tous les trois d’initiatives nauséabondes de l’UDC : réduire le Conseil fédéral au silence (l’initiative « muselière ») ; instaurer le lynchage électoral des candidats à la naturalisation (par le peuple) ou renforcer le flou qui règne sur le fonctionnement de l’assurance, faute d’avoir réussi à en saper les prestations (en provoquant un contre-projet bâclé du Parlement fédéral).

On y ajoute l’obscénité des attaques contre les personnes : les « pacsés inféconds » à Genève, « l’invasion des musulmans » à l’aide de statistiques fantaisistes au plan national. A Genève encore, les députés de l’extrême droite populiste se répandent en invectives contre tout ce qui ne leur ressemble pas. Et finalement, on assiste à un infâme lynchage médiatique et politique de Mme Widmer-Schlumpf, élue de manière tout à fait régulière au Conseil fédéral.

Conséquence : la violence physique fait son entrée sur la scène politique suisse. Et c’est à l’UDC encore qu’on le doit : la nouvelle conseillère fédérale reçoit des menaces et des insultes, elle doit être protégée, des boîtes aux lettres de personnalités opposées à l’UDC explosent, la célébrations des femmes et des familles le 1er août au Grütli se déroule sous haute protection. Est-ce que le « bon Suisse » souhaite ? Se rend-il compte qu’il est entrain de contribuer à détruire ce qu’il prétend chérir ?

Alors il est essentiel que les démocrates réagissent, que ceux qui votent UDC se demandent si c’est vraiment cela qu’ils veulent. Ils sont en train de donner des outils à ceux qui n’ont de démocrate que le nom et savent que leurs thèses poussent mieux sur les ruines fumantes de la démocratie, la rancœur et le dégoût que sur le débat honorable. Il faut que les échanges d’idées vivent, même avec les plus acharnés des conservateurs ou les gauchistes les plus marqués, mais qu’ils contribuent au renforcement de la démocratie, un bien trop précieux pour être saccagé comme le fait l’UDC et ses semblables depuis quelques années.

Il semble que dans notre pays, certains n’ont pas conscience de ce que représente la démocratie pour y avoir vécu si longtemps en paix.