06/05/2008

Enfanter à 60 ans : un droit égoïste


Le débat lancé sur un autre blog* a soulevé des questions intéressantes. Il a aussi dérapé dans une violence injustifiée. Quelques éléments supplémentaires. Je pense que c’est une mauvaise idée sans qu’il faille l’interdire pour autant. Précisons que la remarque est valable pour les hommes comme pour les femmes, même si l’intervention médicale n’est nécessaire que dans l’un des deux cas.

Avoir un père qui a l'âge d'être son grand-père, ce n'est pas une bonne chose. Le mien n'en avait « que » 47 à ma naissance, je trouve que c'est déjà trop pour partager certaines activités ou discussions avec son enfant. Alors 13 de plus ?

Enfanter à 60 ans, c’est aussi priver son enfant de grands-parents et assumer ce rôle soi-même. Et les parents alors ? C’est probablement priver les enfants de ses enfants de leurs grands-parents (60+20+5 au minimum).

Bien sûr, les futurs parents ont le « droit » de profiter des progrès de la science. Mais ce droit ne s’exerce-t-il pas à un prix très élevé pour leur descendance ? Même très actif professionnellement et socialement, n’a-t-on vraiment pas le temps de faire des enfants entre 18 et 42 ans ? C’est peut-être cela faire des choix dans l’existance ?

C'est peut-être aussi l'une de ces dérive pseudo-médicales rendues possibles par les progrès de la science. On parlera bientôt du choix du sexe de l'enfant - lire à ce sujet "Le premier siècle après Béatrice" une petite merveille signée Amin Maalouf (Grasset 1992) le clonage humain commercial, la production "scientifique" de champions et d'autres bidouillages infâmes dans lesquels l'humain aura complètement disparu.

Plutôt qu’une interdiction, l’Ordre des médecins et les Commissions d’Ethique devraient se prononcer sur cette pratique « médicale » discutable.

* Blog Doc, Bernard Buchs

05/05/2008

L’initiative « muselière », un vilain nom pour une vilaine tentative


Il faut sans aucune hésitation rejeter cette initiative avec la plus grande netteté. Elle est le fruit de la phobie d’une tendance nationaliste qui s’efforce de pourrir avec constance l’atmosphère politique et sociale en Suisse, un pays qu’elle prétend aimer et défendre. Une tendance qui dépense des sommes considérables pour couvrir les murs d’affiches qui répandent une idéologie nauséabonde et causent un grand tort à notre pays.

Je suis convaincu qu’une bonne partie des électeurs de l’UDC n’approuvent cette initiative que par esprit de discipline et fascination du Chef. Ils en reviendront bientôt, j’en fais le pari.

Dans tous les pays du monde, le gouvernement s’exprime sur les projets qui sont soumis au peuple, qu’ils soient issus de son administration, du Parlement ou directement du peuple. L’en empêcher, c’est supprimer une source d’information et laisser un boulevard à ceux qui privilégient la communication simpliste de masse, la stigmatisation comme langage et le remplacement de l’intelligence par l’émotion. C’est une mauvaise conseillère en politique.

Que le Conseil fédéral s’exprime, il sera toujours temps de le contredire si ses propos le justifient. On ne combat pas l’expression par l’interdiction.

04/05/2008

L’intégration, la clef de plusieurs débats


Quelle que soit la manière dont on envisage la question de l’immigration, de sa régulation ou de sa limitation, on ne peut pas faire l’économie d’un débat sur l’intégration. Mais il faut aussi définir ce que l’on entend par là.

Ce qu’elle ne devrait pas être : l’assimilation totale. On ne demande pas à une personne qui a ses origines à l’étranger de renoncer à tout pour devenir « plus Suisse qu’un Suisse ». C’est à la fois illusoire et pas vraiment souhaitable. Où se trouve l’enrichissement d’une société si ses nouveaux éléments ne sont que ses propres clones.

Ce que l’intégration doit absolument impliquer : l’acceptation sans arrière-pensées du cadre juridique helvétique. On ne peut pas parler d’intégration si des éléments essentiels de ce cadre juridique sont niés, rejetés ou ignorés. Cela n’exclut pas le droit à l’erreur de chacun mais signifie qu’il y a une volonté de s’insérer dans un cadre donné (qui doit être suffisamment large). La polémique actuelle sur le taux de criminalité qui prévaut chez les jeunes étrangers s’est encore enrichie aujourd’hui des conclusions de l’étude du professeur Killias (LeTemps du 3 mai) en démontrant que la criminalité des jeunes étrangers n’était pas liée seulement à leur origine.

L’UDC se trompe quand elle veut utiliser l’expulsion à large échelle de délinquants étrangers comme manière de traiter les questions l’immigration. Dans certains cas de violations graves, la loi actuelle le prévoit d’ailleurs déjà de sorte que le pays n’a besoin ni d’instiller la peur chez les citoyens mal informés ni d’initiatives démagogiques.

La gauche se trompe gravement elle aussi lorsqu’elle se refuse à considérer qu’il y a des limites nécessaires à l’immigration. Cet aveuglement, partant certes d’une inspiration généreuse, n’en est pas moins dangereux parce que pas réaliste et qu’il a laissé un boulevard aux populistes.

Entre ces deux bornes, il y a matière à débat sur la nature et l’étendue de l’intégration attendue et les efforts qui sont faits par l’Etat, directement et indirectement, pour la favoriser.

Le débat sur la naturalisation est la suite naturelle de celui sur l’immigration, quand le temps passé en Suisse a permis d’atteindre un degré d’intégration élevé et que l’intégré à l’intention de faire du pays son attache principale (sans préjudice de la double nationalité, de plus en plus naturelle et répandue actuellement). Et cela ne peut en aucun cas être évalué sérieusement, objectivement et dans le respect de la personne par les citoyens au cours d’une votation populaire.