13/07/2008

Burqa, naturalisation et libertés individuelles

Le Conseil d’Etat français vient de rendre une décision importante parce qu’elle pose les bases d’une jurisprudence en matière d’intégration. Mais il y est souvent fait référence dans des termes qui me paraissent discutables. La plus haute autorité administrative française a en effet décidé que le style de vie induit par une pratique radicale de l’Islam était un élément qui empêchait l’octroi de la nationalité française*.

De ce point de vue, il me paraît indiscutable qu’une personne qui demande une nationalité doit démontrer un certain degré d’intégration dans la communauté nationale. Il ne fait aucun doute que le port de la burqa et l’acceptation d’une soumission massive à l’autorité du mari représentent une contradiction majeure avec ce principe.

Je regrette que les médias expliquent trop souvent cette décision par une incompatibilité entre naturalisation et religion musulmane. C’est à mon avis faux et dangereux. La République laïque n’est pas hostile à la religion ni même à sa pratique dans la sphère privée. Séparée de l’Etat depuis un siècle, elle reste protégée, quelle que soit la religion en question. Dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas la religion qui pose problème mais ses débordements sur la pratique sociale et le statut de l'individu.

Il y a des principes sur lesquels nos Etats ne peuvent pas transiger : égalité des sexes, liberté de l’individu, liberté d’expression, le tout dans le cadre de la loi démocratiquement adoptée (et non de la loi divine).

Cet arrêt est une bonne chose en tant qu’il fixe des limites à la pratique religieuse dans notre société, à son caractère ostentatoire (confirmation des décisions sur le voile à l’école) ou à ses possibles contradictions avec les valeurs républicaines.

Il pose cependant d’autres questions qui sont intelligemment soulevées dans plusieurs médias français : qu’en est-il de son mari, français lui, qui est à l’origine de la pratique rigoriste de l’Islam et de ses conséquences sociales et personnelles. D’où le titre légèrement provocant du blog de Maître Eolas (http://www.maitre-eolas.fr/2008/07/11/1030-faut-il-etre-francaise-pour-porter-la-burqa).


*(« il ressort des pièces du dossier que, si Mme M… possède une bonne maîtrise de la langue française, elle a cependant adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes ; qu'ainsi, elle ne remplit pas la condition d'assimilation posée par l'article 21-4 précité du code civil ; que, par conséquent, le gouvernement a pu légalement fonder sur ce motif une opposition à l'acquisition par mariage de la nationalité française de Mme M…. »)

Commentaires

Il me semble qu'une république doit d'abord exister, pour qu'il y ait liberté religieuse. Et ainsi, en conséquence, elle fixe des limites à la liberté de croyance : elle tolère, mais seulement dans la mesure où cela est compatible avec sa propre existence. Je veux dire par là que tolérance et liberté ne sont vraisemblablement pas des valeurs premières et fondamentales. Ensuite, toutes les grandes religions, ou presque, adoptent un point de vue absolue sur l'existence. Leurs principes sont intangibles et ne sont pas de ce monde ; en fait le "fanatisme" est au coeur de toute religion, et une pratique religieuse scrupuleuse est incompatible avec la vie du monde ou est en conflit avec le pouvoir temporel. Si les croyants paraîssent pouvoir vivre aujourd'hui en société, c'est surtout parce qu'ils placent d'autres valeurs au-dessus des religieuses : ce sont des tièdes. Les religions dans les républiques laïques sont soumises à des valeurs qu'elles ne peuvent violer sous peine d'être exclues: donc des valeurs au-dessus de leur conception de Dieu ; mais c'est contradictoire.

Écrit par : Marcel | 14/07/2008

je ne vois pas en quoi le fait que cette dame portre la burqa peut gener la republique. Je ne vois pas ce qu'on va tirer comme benefice d'une telle descision. Cette dame va continuer a vivre en France avec son mari et ses 3 enfants (tous francais); ses enfants auront peut-etre du ressentiment envers la France en voyant que leur mere n'a pas obtenu la nationalite.
Et le cote positif, il est ou?

Écrit par : Nom d'un chien | 14/07/2008

"je ne vois pas en quoi le fait que cette dame portre la burqa peut gener la republique."

Vous avez raison : cela ne gêne pas la république. C'est pourquoi le jugement ne fait aucune allusion à ce point.

Écrit par : Pierrot | 14/07/2008

Et bien, nous sommes en route pour retourner des siècles en arrières, ou pour installer une théocratie. Le prétexte religieux veut imposer une vision "transcendante" au-dessus des lois qui régissent la vie en commun.

Non merci!

Il faut encore et encore démonter les croyances religieuses qui sont pour la plupart des peur humaines inconscientes habillées d'irrationnel. Ca suffit de rendre les gens idiots, quand on voit la merveille d'intelligence et de complexité qu'est l'humain.

Quelle tristesse de voir des gens s'aliéner volontairement dans une religion, soumis aux autorités qui ont décidé pour eux ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Dieu merci (!...) les croyants sont devenus tièdes, c'est-à-dire qu'ils ont réintégré la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter: c elle d'une pratique privée et intimiste. Les croyants "durs" sont des dangers pour la liberté de penser.

les croyances religieuses sont des intoxication qui n'ont rien à voir avec la transcendance. Soyons libres et insoumis d'abord, après nous parlerons de Dieu. Développons l'esprit critique et le doute, après nous parlerons de la foi. Développons l'indépendance émotionnelle, après nous verrons si communier a un sens.

Écrit par : hommelibre | 14/07/2008

Pierrot,


Je suis DEGOUTEE que des hommes osent prendre le parti de la BURKA vous placez la femme en dessous de tout ! Des types comme vous devraient disparaîre de la surface de la terre ! Vivement que les femmes prennent le pouvoir sur cette terre pour avilir et brîmer des hommes comme vous. Qu'on vous traite comme moins que rien comme les hommes qui couvrent ces femmes.

MERDE, MERDE et REMERDE A TOUS LES HOMMES QUI VEULENT VOILER LES FEMMES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : femme | 14/07/2008

> femme : prière d'apprendre à lire, cela vous évitera de m'attribuer des propos que je n'ai jamais tenus...

Écrit par : Pierrot | 14/07/2008

Si mes informations sont exactes, il est formellement interdit de se cacher le visage, sauf pour le Carnaval, l'Escalade et autres sauteries. Donc, en Suisse il serait inimaginable de naturaliser ou même de voir déambuler dans les rues une femme portant la burqa. Car à ce titre, pourquoi ne pas se balader avec une cagoule qui nous couvre le visage comme les braqueurs.... donc toute femme se promenant en burqa doit être arrêtée et amendée si la Police fait son travail correctement ! La Police est payée par le peuple pour bien faire son job, n'est-ce-pas ? Donc, avis à nos officiels !

Écrit par : Café | 14/07/2008

Et pourtant... pas plus tard que cet après-midi, j'ai vu plusieurs de ces femmes couvertes de noir de la tête aux pieds, même les mains gantées, car la vue de leurs mains risque de susciter la concupiscence de ces chiens d'infidèles lubriques que sont tous les autres hommes...

A part ça, je suis d'accord avec femme: qu'on couvre ces hommes de noir de la tête aux pieds, surtout un jour où il fait 35°...

Au fait, pourquoi cette femme-à-la-burqa veut-elle devenir française? A quoi cela lui servirait-il, puisqu'elle va de toutes manières restée enfermée chez elle, ne pas travailler et rester soumise à son mari? Ne lui suffit-il donc pas que son mari soit français? Ne serait-il pas dans l'intérêt du mari qu'elle ne le soit pas et donc qu'elle dépende de lui pour pouvoir rester en France?

Écrit par : Babouchka | 14/07/2008

Intéressant commentaire de Marcel.

Je suis d'accord que la République semble incompatible avec l'affirmation d'une pratique scrupuleuse de la plupart des religions. Cela dépend certainement de ce que l'on entend par scrupuleuse. D'où le débat sur le fondamentaliste, sa conformité à la "vraie" doctrine. Dans quelle mesure faut-il prendre littéralement ce qui figure dans les textes (les interdictions dans la Torah ou dans le Coran), la Sunna ou les Hadith, les récits bibliques ou les dogmes du Christianisme ? Le fondamentalisme des uns n'est pas forcément celui des autres.

Je suis personnellement convaincu que qu'une pratique religieuse doit rester dans la sphère privée et ne doit pas s'imposer aux autres, de sorte que de très nombreux préceptes religieux ou para-religieux touchant au mode de vie n'ont tout simplement pas leur place dans le type de société que nous nous sommes choisi.

Écrit par : Rolin Wavre | 19/07/2008

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