16/07/2008

Minarets : le jeu dangereux de la réciprocité

L’un des arguments avancés par les promoteurs de l’initiative anti-minarets est celle de la réciprocité. En effet, il peut paraître séduisant de dire que l’on autorisera la construction de minarets en Suisse lorsqu’il y aura des clochers à Jeddah. Séduisant mais trompeur pour deux raisons au moins.

La première est qu’il existe des églises en pays musulman. Même si elles ont connu ou connaissent des difficultés parfois majeures, les pratiques religieuses non musulmanes peuvent coexister avec l’Islam.

La seconde me paraît plus importante. L’argument de la réciprocité doit être utilisé de manière positive et non négative. On peut se montrer ouvert à la pratique privée de l’islam et d’autres religions, y compris à l’édification de lieux de culte et de minarets, dans les limites des règlements d’urbanisme et des plans de quartier, comme tout autre construction humaine, et faire valoir cette position pour promouvoir l’ouverture de notre société face aux intolérances des autres. C’est un faux calcul que d’imiter ceux que l’on accuse (non sans raisons) d’être d’affreux rétrogrades. C’est se mettre au même niveau qu’eux et en quelque sorte légitimer leur propre position par la nôtre.

Est-il utile de préciser là que je me sens profondément laïc. C’est une position de principe qui repose absolument pas sur une quelconque volonté de promouvoir les constructions religieuses quelles qu’elles soient. Elle repose sur des valeurs de tolérance et l’intérêt bien compris de nos sociétés démocratiques et pluralistes face à une remise en question de la part de fondamentalismes variés, tant religieux que national-populistes.

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour M. Wavre,

que l'initiative vous dérange c'est une chose... vos arguments sont recevables, mais tardifs.

Si j'en crois mes informations, 116'400 signataires sont d'avis qu'il faut interdire ces constructions.

Tous des rétrogrades national - populistes ?

Donc, lorsqu'en démocratie une partie importante de la population manifeste son inquiétude et sa volonté, on se permet de porter des jugements de valeur sur des gens que l'on ne connaît même pas ?

En théorie vos arguments valent ce qu'ils valent... mais tous ceux qui se prétendent tolérants et ouverts n'ont pratiquement aucune chance de vivre à côté d'un minaret... et donc, je me permets une question très personnelle, si vous deviez voir apparaître un minaret qui appellera 5 fois par jour à la prière et ce très tôt le matin... seriez vous enchanté ?

Autant, quand je voyage dans les pays du Golfe, l'appel du Muezzin du matin me permet de voir se lever le jour au loin... et d'apprécier la montée du soleil dans l'horizon orangé... autant, ici même les clochers m'indisposent.

Cependant, les clochers ont une fontion utile, ils nous donnent l'heure et la demi heure...

Mais bon, aller soyons anti démocratique et tous ces national-populistes n'ont qu'à se taire...?

La tolérance et le politiquement correct sont de bon ton lorsque l'on ne supporte aucune nuisance...

Votre billet témoigne d'un manque de respect envers vos concitoyens qui ont signé cette initiative, et ça... c'est un manque évident d'acceptation du droit démocratique.

Nous verrons si les urnes reflètent le politiquement correct ou exprimeront la volonté d'un peuple souverain.

N'insultez pas nos concitoyens sous prétexte d'être en désaccord avec leurs idées... parce que ce n'est pas un comportement digne du démocrate que vous semblez être.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 17/07/2008

Tariq Ramadan avait raison.
Nous, suisses, allons voter en Suisse, sur une initiative suisse.
Que vient faire la réciprocité dans cette affaire ?
On se le demande.

"promouvoir l’ouverture de notre société face aux intolérances des autres"
A force de vivre parmi des intolérants...on le devient soi-même...à son tour ?

"valeurs de tolérance"
Nous, les athées et laïques, nous aimerions bien être traité avec tolérance et non pas de "chien d'infidèles"...qu'en dites vous ?

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/07/2008

J'abonde dans le sens votre analyse critique et vous rejoins sur votre positionnement en termes de valeurs..

La vision trop souvent posée en négatif du principe de réciprocité dénote d'une incompréhension et/ou d'un dévoiement de ce que ce concept éthique représente.

Le principe de réciprocité, ce n'est pas "œil pour œil", mais c'est bien une retenue basée sur une capacité d'empathie.

Le principe de réciprocité comme 'la recherche de la surenchère qui institue la vendetta' est un sophisme éthique et une vraie doctrine populiste.

My 2 cents.

Franck Lepoivre

Cdlt.

Franck Lepoivre

Écrit par : Pepper | 17/07/2008

Cher Monsieur,

je suis musulman et je voudrais bien vous eclairer sur cette question. les gens ont raison d'interdire la construction abusive de ces minarets ou de mosquees. Pourquoi ? Les eglises sont frequentees en general le dimanche dans beaucoup de pays europeens pour faire la priere et repartir tout de suite. C'est connu. Pour les mosquees, malheuresement , elles sont devenues des lieux de regroupements (chaque jour 5 prieres) et sont devenues des lieux priviligies pour les extremistes de vehiculer ou de recruter des djihadistes. C'est devenu des lieux de rencontre ou tout peut se passer. Donc les controler, c'est difficile pour les services specialises en la matiere.
Dans les annees 1980 dans mon pays l'Algerie,les mosquees etaint rarement visites et etaient surtout frequentees par des vieux de 50 ans ou plus pour prier. A l'arrivee des extremistes, ils les ont utilisees pour la propagande, le recrutement de djihadistes ect..C'etait devenu comme leurs quartiers generaux dans tout le pays. Tout a commence comme ca et on est arrive a une guerre civile.

Donc en Suisse et en Europe je constate que le meme scenario est sur le point de se reproduire. (presence de Burkas, de gens habilles en tenues afghanes qui circulent dans les rues, des attroupements dans les mosquees, des orgnisations suspectes de bienfaisance ect... .On pourra pas croire que tout ca se passe dans des pays civilises.

Tout ce je peux vous dire, C'est que l'Europe comme la Suisse aussi sera piegee par sa propre democratie et ses propres libertes comme l'a ete d'ailleurs l'Algerie. On a ouvert le champ politique en 1988 et le constat etait pire.le futur nous montrera la preuve lorsque vous allez connaitre la naissance de partis politiques musulmans sous n'importe quel denomination ou banniere.

Pour preciser ca n'a rien avoir avec du racisme ou autre chose. C'est les faits et l'histoire qui parlent.

Écrit par : karim | 28/07/2008

à Karim,

Je vous remercie de cet intéressant et pertinent éclairage. Il me semble pourtant que certains points peuvent ou doivent être vus d'une manière différente :

1. L'initiative porte sur les minarets. Il n'est donc pas question d'interdire les mosquées (même si une bonne partie des initiants l'auraient certainement proposé de bon cœur) ;
vous avez raison de dire que la mosquée peut contribuer à l'éclosion ou à la constitution de groupes d'individus qui développeraient ensemble des projets ou des thèses contraire à la loi.

2. Notre Etat laïc prévoit que la religion est une affaire privée mais n'exclut pas que des lieux de réunion permettent à des croyants de se réunir pour pratiquer leur foi ensemble. En cas d'interdiction des mosquées, les mêmes réunions pourraient se tenir dans des centres culturels, au siège d'associations privées comme il en existe des centaines dans le pays, dont une très grande partie est organisé sur des bases nationales.

3. Je pense qu'il est mieux d'avoir à surveiller un nombre limité de lieux connus et accessibles, établis dans le cadre de la loi et des règlements en vigueur que de voir se développer une pratique religieuse « de cave » ou « d'appartement » qu'il serait cette fois totalement impossible de surveiller en cas de dérive.

4. Les dérives doivent effectivement être réprimées lorsqu'elles sortent du cadre de la loi. Elles peuvent aussi être prévenues par des mesures telles que la formation des imams dans le pays-même (mesure proposée en France voisine), la limitation de l'influence étrangère sur la gestion des institutions religieuses (financière et politique).

4. En outre, je suis convaincu que l'on ne combat pas l'extrémisme pas la seule répression ou l'interdiction si l'on n'offre pas des voies légales de manifester sa foi ou ses opinions.
La comparaison avec l'Algérie de 1988 n'est à mon avis pas pertinente : les mosquées ne sont-elles pas devenues le refuge de l'opposition politique aussi (surtout ?) parce qu'il était difficile ou impossible de l'exprimer par d'autres voies ?

5. Il est vrai que le débat sur la meilleure manière d'encadrer la liberté des communautés étrangères, particulièrement celles qui ont une forte identité religieuse n'est pas clos.

6. L'expérience de la très grande tolérance des Britanniques au communautarisme n'a, me semble-t-il, pas livré de résultats très probants (le « Londonistan »). La perspective intégrationniste française n'est pas tout à fait convaincante non plus. Il y a certainement place pour une autre voie.

Meilleures salutations.

Écrit par : Rolin Wavre | 28/07/2008

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