26/02/2014

La démocratie des pseudos

A bien observer les commentaires aux blogs et aux articles de la TdG, il est intéressant de constater à quel point la violence des propos semble liée au fait qu'ils ne sont visiblement pas signés du vrai nom de leur auteur. Internet le permet et je veux bien croire que l'éditeur serait capable, si besoin, d'identifier tous les auteurs de contributions. 

Mais la plupart des commentaires incendiaires de ces derniers jours se gargarisent de démocratie, de son respect, de la volonté du peuple qu'il ne faut pas contrarier. Si l'exercice de la démocratie sous nos latitudes garantit heureusement le secret du vote, le débat politique, dans un Etat de droit comme le nôtre exige à mon avis que chacun assume ses opinions sans se cacher derrière des pseudos plus ou moins assumés.

N'y aurait-il pas là une petite contradiction ? Pour ma part, j'ai répondu à cette question en ne publiant que ce que je peux assumer. 

 

23/02/2014

Révolution et ouverture à Kiev

Ce samedi à Kiev, les Ukrainiens viennent de faire une révolution extraordinaire. De maturité, de sincérité, de dignité et d'ouverture. Indignés par la gloutonnerie du clan Ianoukovitch, devenu le plus riche du pays en trois ans, ils ont pris d'assaut la résidence ubuesque mais n'ont pas cédé à la colère : pas de pillage, pas de destruction. Il voulaient juste constater. Les choses ne se sont pas toujours passé ainsi lors des derniers Printemps et autres révolutions colorées ou fleuries.

Il reste cependant un grand danger : l'Est du pays pourrait être tenté par une aventure séparatiste, pour autant que certains agités se laissent séduire par des promesses poutiniennes plus ou moins ouvertement exprimées. Un soutien russe pourrait lancer cette fois non plus une révolution mais une vraie guerre civile. Espérons que les nouveaux responsables à Kiev sauront tendre une main sincère à leurs frères russophones de l'Est et que la grande Russie restera encore quelques jours toute à la clôture de ses estivaux Jeux d'hiver et à la célébration d'un beau triplé dominical de ses skieurs nordiques.

Et constatons finalement que les motivations des héros de Maidan sont plutôt tournées vers l'extérieur alors que ce qui semble avoir fait "bouger" une petite majorité de nos concitoyens à nous est plutôt l'erection de nouveaux murs législatifs, les murs mentaux étant déjà en bonne voie d'achèvement. Le grand Friedrich Durrenmatt l'énonçait déjà dans son fameux discours prononcé à Ruschlikon le 22 novembre 1990 lors de la remise du Prix Gottlieb Duttweiler au grand Vaclav Havel : les Suisses se sont réfugiés dans une prison dont ils sont à la fois les gardiens et les détenus. Les leçons des grands hommes sont éternelles. 

Et pour terminer, il faut saluer l'excellente couverture des événement de Kiev par France Inter. L'émission spéciale de samedi 22 février entre 19 et 20h était un modèle du genre. Correspondants sur place, intervenants de haute tenue tant à Moscou qu'à Kiev, Berlin et Paris. La radio reste un média extraordinaire quand elle se situe à cette altitude. 

17/02/2014

L'UDC devra rendre des comptes

Quand on lit ce qu'écrivent sur Facebook et ailleurs ceux qui se réjouissent encore du résultat du vote du 9 février, on peut douter qu'ils sachent vraiment ce qu'ils ont voté, ce que cela implique. Quand on lit la violence des arguments, le racisme visqueux qui suinte de certaines interventions, la haine qui irrigue souvent les arguments, on comprend que beaucoup ont donné un simple coup de gueule. C'est normal et compréhensible. Ce n'est pas nier la démocratie ni les considérer comme des imbéciles que de le dire. Nous votons tous sur la base de recommandations, de prises de position, d'impressions, d'expériences, voire de croyances, parfois d'impulsions plus ou moins réfléchies. Cette violence des partisans est d’autant moins justifiable que l’initiative est pleine de défauts, mais elle n’est pas raciste. Elle est nationaliste, récessive, excluante, mais pas raciste.

Dans le cas qui nous occupe, le grand responsable de ce qui est en train de se produire pour la Suisse est, et restera l'UDC et ses soutiens. La mauvaise humeur manifestée par l’UE est une chose, mais ce n’est pas la principale. Le pire, c’est l’incertitude que ce parti et ses suiveurs vont faire tomber sur la Suisse et sa partie actuellement le plus dynamique : la Suisse romande. Ce que l’UDC ne veut et ne peut pas dire, c’est que ses thèses se nourrissent surtout de ce qui ne va pas. Une région qui va bien lui est intolérable (il y a des problèmes, connus et combattus, mais elle va bien). Il lui faut donc amplifier le trouble, encourager la crise, casser les liens fructueux tissés avec patience depuis 1992, sans jamais le dire vraiment. L'UDC devra donc rendre des comptes, sur le plan politique, bien entendu. 

Ce n'est pas nier la démocratie que de le dénoncer mais au contraire la renforcer : quand on appelle le peuple à voter une initiative, la moindre des choses est d'assumer ses choix et ses thèses. Et continuer de les combattre, comme je le ferai ne veut pas dire qu'on rejette cette démocratie, bien au contraire. C’est justement avoir foi en elle.

 

 

11/02/2014

Oui, il y a paradoxe, et plus d'un

Le vote sur l'immigration nous a jeté non pas dans un, mais dans plusieurs paradoxes :

Celui que j'ai développé hier : c'est à ceux qui l'on combattue qu'il reviendra principalement de limiter les dégâts qu'elle causera, donc de limiter le tort que les initiants font à la Suisse, voire, dans le meilleur (le pire des cas) de contribuer à leur donner "raison". 

Paradoxal aussi que les partisans se retrouvent plutôt dans les cantons qui ne souffrent pas d'un afflux d'immigration. 

Paradoxal encore que les isolationnistes se trouvent principalement dans les cantons qui bénéficient largement de la péréquation intercantonale, alimentée par la prospérité due à une économie qui gagne un franc sur deux à l'exportation. 

Paradoxal que le besoin de sécurité ou de réassurance qui a motivé les partisans de l'initiative va justement nous jeter dans une période d'incertitude intérieure et extérieure.

Paradoxe encore que les vainqueurs du jour, qui vilipendent à longueur de journée "les politiques", viennent leur demander maintenant ce qu'ils comptent faire...

En démocratie, on fait le pari que le peuple a le dernier mot et donc qu'il a raison. C'est un axiome. Par contre, rien ne dit qu'il prenne toujours de bonnes décisions. On peut donc avoir raison et ... se tromper.

10/02/2014

Des leçons et un énorme paradoxe

Il y a plusieurs enseignements à tirer du vote de ce weekend et un énorme paradoxe.

Tout d'abord, noter que notre système démocratique est extraordinaire. On ose débattre de tout (parfois de rien), puis le peuple vote, ce que la plupart de nos voisins ne font pas. Nous pouvons en être fiers.  

Puis constater qu'il y a plusieurs Suisse : celle dessinée par les régions linguistiques mais surtout le fossé qui sépare les villes des campagnes. Une Suisse confiante et une Suisse méfiante. Celle de ceux qui sont en charge de faire fonctionner le pays avec la part de compromis parfois douloureux que cela implique et ceux qui s'offrent le plaisir de coups de gueule dont d'autres devront gérer les conséquences. 

C'est là que se trouve l'énorme paradoxe : il reviendra à ceux qui se sont le plus engagés contre l'initiative de gérer les conséquences de son acceptation. Sauf à jouer la politique du pire, ils seront contraints de se battre pour donner raison aux initiants qui affirment que l'on peut tout renégocier avec l'UE et que l'initiative va faire du bien à notre pays. C'est certainement ce profond malaise qu'a voulu exprimer assez logiquement le PLR suisse en proposant de confier à M. Blocher le soin l'aller négocier à Bruxelles les suites de son initiative. Un Blocher qui, il n'y a pas si longtemps, ne jurait que par une voie bilatérale qu'il saccage actuellement.