25/05/2014

Elections européennes : seulement 25% pour le FN !

Ce lundi, les analystes diront que 25% des voix pour le FN aux élections européennes, c'est énorme. J'aurais personnellement souhaité que ce fût moins, mais c'est ainsi, le peuple s'est exprimé. Et à ce propos, ceux qui se croient obligés de dire qu'il s'agit "d'un jour sombre pour la démocratie" se trompent. Même s'il nous déplait, ce vote est certainement démocratique.

Au risque de nager à contre-courant, je pense que ce score est finalement assez faible. Voici pourquoi :

1. les partis au pouvoir en France ces dernières années ont montré un visage pathétique. Inconsistance politique du parti socialiste, incurie du gouvernement Ayrault d'un côté, misérable guerre des cheffaillons et troubles affaires financières à l'UMP de l'autre côté. Il est facile au FN de surfer sur cette vague de ratage généralisé, d'autant plus qu'il n'exerce pour l'instant que le ministère de la Parole Facile et n'est pas vraiment jugé sur son programme économique pourtant absurde, notamment la sortie de l'Euro et la restauration des frontières nationales.

2. les gouvernements français successifs et européens en général ont pris l'habitude de se dédouaner de tous leurs échecs et des aléas de la crise sur le dos de Bruxelles. Il est impossible de faire partager et apprécier les succès européens qui sont nombreux et remarquables lorsqu'on passe onze mois sur douze à critiquer les "bureaucrates non élus de Bruxelles". Les électeurs ont en bonne partie voulu sanctionner les faiblesses de leurs dirigeants nationaux lors d'une élection qu'ils considèrent (et que la presse continue de décrire) comme peu importante pour leur avenir immédiat et leur vie quotidienne. Le paradoxe est que jamais une élection européenne n'a été si démocratique ni n'aura eu autant d'impact sur la future Commission européenne. Jamais un Parlement européen n'aura eu autant de pouvoir que celui qui est désigné ce jour.

3. la mondialisation économique en marche, le village global crée par internet et le bouleversement des équilibres géopolitiques qui s'annonce autour de la Vieille Europe désorientent une grande partie des citoyens. Le repli présenté comme possible par les populistes de tous bords devient soudain synonyme de sécurité pour l'électeur moyen. Un nouveau cocooning.

4. la critique est toujours plus facile que l'exercice du pouvoir. Cela se vérifie en France comme à Genève ou en Suisse. Les résultats des 9 février et 18 mai l'ont encore montré.

5. personne n'a su présenter l'aventure de l'Union européenne sous un jour positif. Jacques Delors est probablement le dernier à avoir eu l'épaisseur politique et humaine suffisante pour l'incarner en France.

6. le FN a certainement réussi une véritable mue de son personnel politique, diluant le petit noyau rance de vieux fascistes "historiques" dans une nouvelle masse de néo-conservateurs plutôt xénophobes, islamophobes, isolationnistes et cyniques. Plus jeunes et présentables, ses cadres ont appris à marteler un message simple, voire simpliste, sans paraître douter jamais.

Poussé par toutes ces circonstances favorables, le score du FN, qui marque les esprits et les statistiques électorales, n'est au fond pas si important. J'en veux pour preuve qu'interrogés sur la substance des questions européennes, la majorité des électeurs français ne veulent ni sortir de l'Union, ni quitter l'Euro.

16/05/2014

Secret médical en prison : des exceptions justifiées

L'idée de limiter le caractère absolu du secret médical dans le cas de détenus potentiellement dangereux ayant commis des crimes graves et lorsqu'il s'agit de décider s'ils vont ou non pouvoir être remis en liberté me parait tout à fait raisonnable, nécessaire même. Le travail et l'honneur des responsables politiques, c'est de faire des choix entre différents intérêts et de prendre des décisions servant au plus près l'intérêt général. De respecter la proportionnalité des mesures aussi. Les Conseillers d'Etat Maudet et Poggia me semblent aller tout à fait dans ce sens. 

Il me parait tout à fait logique de poser des limites dans des cas précis. Bannir le secret médical du système carcéral serait bien entendu choquant, inacceptable et inutile. L'opposition de certains milieux médicaux peut se comprendre : ils craignent que la protection de leur secret professionnel ne soit progressivement rongée. Il faut les rassurer sur les limites strictes qui seront mises aux exceptions. 

L'indignation de certains milieux de gauche, les Jeunes socialistes en particulier, est tout à fait opportuniste. Sympathique dans sa fraiche naiveté mais navrante sur le fond puisqu'elle fait mine de comprendre que le secret médical serait totalement aboli en prison. Le blog TdG de leur président le confirme, "Pour faire simple, le secret médical disparaîtrait lors de notre entrée en prison...". Quand on veut tuer une réforme, on dit qu'elle a la rage....


Sur un autre sujet, ce même jeune et sympathique président compte faire alliance avec l'UDC et Christophe Blocher pour raboter les indemnités des parlementaires fédéraux "grassement payés" (Forum, mardi 13 mai). On notera combien il est chatouilleux sur les valeurs pour défendre les détenus dangereux et avec quel enthousiasme il est prêt à s'aligner sur le plus rétrograde des partisans de la Suisse de Heidi, partisan des expulsions sommaires, des enfermements infinis, de l'isolement de la Suisse.  Les alliances contre-nature réunissent parfois vieux lions et jeunes brebis (égarées ?). 

14/05/2014

A l'intérieur de la Patrouille des Glaciers 2014

La PDG, il faut s'y préparer longtemps à l'avance et on met du temps à s'en remettre, du grand parcours au moins. Si c'est bon pour la tête, je ne jurerais pas que ce soit excellent pour le corps. A moins d'être vraiment très bien entraîné ou jeune, de préférence les deux... Dix jours après la course, je n'ai toujours pas retrouvé toute la sensibilité de mes doigts saisis par le froid, au sommet de Tête Blanche, par -22°, à 3650m d'altitude sur le coup de 2 heures du matin. 

Bon pour la tête car cette course nous amène à faire des choses dont on ne se croyait pas capable. Passer des difficultés successives. Si les dernières montées sont physiquement les plus dures, elles ont le parfum de l'écurie. Mais les épreuves du tiers médian sont les plus pénibles, elles qui n'offrent que la perspective d'en attaquer d'autres. 15h40', c'est bien long (tu n'avais qu'à aller plus vite !). Bon pour l'équipe, parce qu'en patrouille de 3, on est jamais vraiment seul. Solidarité entre les patrouilles, mis à part quelques concurrents très pressés qui passent leur temps à en perdre pour en dépasser d'autres qui avancent deux fois plus lentement qu'eux. La difficile cohabitation des pros et des autres. Deux mondes. 

Bon pour les yeux. Un panorama extraordinaire de nuit, avec la procession laïque des lumignons sur la trace, les descentes encordées et nocturnes dans la poudreuse, la joyeuse cohue du ravitaillement d'Arolla, le lever du jour sur les Alpes et l'accueil des amis, familles et du public dans les rues de Verbier. 

Bon pour la Suisse et son image, par l'impeccable organisation mise sur pied par l'armée. Des soldats et officiers qu'il faut remercier pour leur compétence et leur bon état d'esprit. Et la décision de report des deux courses de 24h était excellente de lucidité et de communication. Seule l'attente, entre 30 et 60' au pied du col de Riedmatten démontrait que sur le plan de la participation, on avait sans doute atteint les limites de l'exercice. 

Finalement, l'émotion est au rendez-vous. Parfois où on ne l'attend pas : j'ai pleuré de joie et d'émotion, tout seul dans l'aube naissante, juste en imaginant l'arrivée. Où peuvent aller se nicher les forces de l'esprit humain qui va puiser dans la joie future la force de franchir les obstacles présents. Tirer un acompte émotionnel sur une récompense future.