04/06/2015

Décimer : double barbarisme

Trouvé sur un site web où l'on n'est pas connu pour écrire avec les pieds: "La moitié des éléphants de Tanzanie décimés en cinq ans". C'est doublement désolant. D'abord et avant tout parce que ces splendides animaux ont vraiment mieux à faire que de voir une petite partie de leur corps terminer en sculpture, statue, coupe-papier et autre objet "d'artisanat local" mais usiné en Chine à l'attention des touristes. Pour qui a eu la chance de voir un troupeau d'éléphants se déplacer dans leur habitat naturel, c'est un crève-coeur. D'autant plus que leur ivoire finit toujours par leur être inutile... un jour. Il suffit donc d'attendre. 

Le second barbarisme est linguistique. Il semble que de plus en plus d'écriveurs ignorent ce que "décimer" veut dire : une assez horrible pratique militaire qui avant cours au temps des légions romaines et qui consistait à punir de mort un soldat sur dix d'une unité qui avait reculé devant l'ennemi. Le terme est trop souvent utilisé à tort pour parler d'un massacre ou de grosses pertes. Il est vrai qu'un sens dérivé signifiant "massacrer" semble admis depuis la fin du XVIIIème siècle par les dictionnaires. 

S'il avait été fixé à 10%, le projet d'imposition sur les successions aurait risqué de décimer les patrimoines familiaux et les PME au dessus de 2 millions. A 20%, c'est donc un massacre.

Dans la même veine, on lit parfois qu'un joueur de tennis a gagné son match "sans coup férir", ce qui est assez plaisant quand on sait que "férir" signifie "frapper". A moins de gagner par forfait, c'est compliqué de gagner comme cela à Roland-Garros.

 

Commentaires

Vous avez bien raison de mener ce combat contre la barbarie journalistique. Quand on y regarde de près, on est effrayé du nombre de contre-sens et d'expressions approximatives utilisées par ceux qui sont des professionnels de l'écriture. Il paraît qu'on doit leur apprendre l'orthographe même en faculté de lettres...
On dira ce qu'on voudra, les marinetmatés peuvent bien proliférer, "ce qui se con4oit bien s'énonce clairement" et ceux qui utilisent des mots sans savoir ce qu'ils signifient (antisémitisme, pédophilie, point d'orgue, race humaine, homophobie, au jour d'aujourd'hui, etc, etc...) démontrent simplement le flou qui est dans leur tête...

Écrit par : Géo | 04/06/2015

Cher Monsieur,

Si vous souhaitez relever tous les contresens, barbarismes et autres erreurs rencontrés sur les blogs et sous la plume de journalistes prétendument formés à l'exercice de leur métier, je crains que vous n'y passiez beaucoup de temps...

Le grand classique actuel, c'est "basé". Il fut un temps où seule une armée, une compagnie, un régiment étaient basés ici ou là. Actuellement même le cordonnier du coin est basé dans son échoppe ! Je ne m'étendrai pas sur le cas du CEO qui a supplanté le PDG pour des raisons que j'ignore.

Écrit par : Michel Sommer | 04/06/2015

C'est une véritable malédiction, heureusement réservée au gens âgés ou bien à ceux, rares qui ont fait des "humanités", que d'être encore touché par ce genre de choses. L'école aurait pourtant pu y remédier par un apprentissage systématique des expressions correctes qui ne sont pas encore définitivement mortes. Je sais bien que les langues évoluent inexorablement, mais ce n'est pas une raison pour abandonner tout effort pour prolonger certaines de leurs richesses.

Écrit par : Mère-Grand | 04/06/2015

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