10/07/2015

Les Grecs ont dit non. Mais quelle était la question ?

Oui, le vote des Grecs est démocratique. Oui, je peux comprendre que beaucoup aient compris la queston qui leur était posée comme « êtes vous d’accord de subir une cure d’austérité durable ? ». Dans ce cas, c’est presque un miracle que 61% seulement aient répondu non. D’autant plus que les comptes primaires de la Grèce (soit les revenus moins les dépenses de l’Etat, hors paiement des intérêts de la dette) sont excédentaires depuis 2013. C’est dire que des efforts ont effectivement déjà été faits. Mais la question est plutôt … dans la question. Les Grecs ont dit non, mais à quoi exactement ?

J’étais à Athènes hier encore. Les habitants auxquels j’ai parlé pensent que leurs concitoyens n’ont pas dit non à l’Europe, sachant tout ce qu’ils lui doivent. Ils n’ont pas plus dit non à la fin d’une période dont ils savent bien qu’elle a amené leur pays à déraper sérieusement : mensonges sur le budget et les comptes pendant plusieurs années, avec l’aide intéressée d’une banque nord-américaine, pléthore de fonctionnaires (on parle d’un doublement de la fonction publique entre 2001 et 2013), retraites très précoces pour les mères de famille nombreuses, fréquents abus sur les pensions et retraites diverses.  Sans parler de la divine surprise, l’exemption de l’Eglise orthodoxe de tout impôt jusqu’à 2011, excepté sur ses activités strictement commerciales. Les comptes et les biens de cette véritable institution politiquement très crainte sont un modèle d’opacité. Et 10’000 prètres et évêques sont salariés par l’Etat !

Quant aux fameux armateurs grecs, leurs revenus sont aussi off shore que leurs 3700 navires. Selon la Constitution de 1960, ils ne paient qu’une taxe au tonnage sur les unités battant pavillon grec, soit un quart de la flotte, à l’exclusion de tout impôt sur les bénéfices alors qu’ils représentent presque 8% du fret maritime mondial.

Les citoyens sont bien conscients que les familles Papandréou et Karamanlis qui ont trusté les fonctions ministérielles pendant des décennies ont abondamment financé les avantages accordés à leurs clientèles électorales respectives par la dette publique. Avec Tsipras, ils ont donc salué l’arrivée d’un nouvel homme qui bouscule un ordre que l’on croyait immuable mais dont beaucoup avaient largement profité.

Le Premier ministre Tsipras ferait bien de s’attaquer à quelques vaches sacrées afin d’éviter de faire porter tout l’effort sur une classe moyenne qui ne peut pas échapper à l’impôt sur le revenu prélevé à la source et à une TVA à 23% (!). Et son ministre Varoufakis, le provocateur, n’était sans doute pas le mieux préparé à négocier à Bruxelles et Berlin. Ces derniers jours, j’ai vu de nombreux touristes allemands à Athènes. Ils n’avaient pas l’air inquiets ni menacés.

Les commentaires sont fermés.