03/09/2015

Le "prix" d'un humain : décence, indécence ?

Le transfert d'un joueur de football de 19 ans de Monaco à Manchester United pour la somme de 80 millions d'Euros fait sensation. Cette somme semble totalement hors de proportion. Elle l'est probablement. Mais elle interpelle aussi par sa complète déconnexion d'avec la réalité de la plupart des citoyens dont les salaires n'ont plus aucun rapport avec ce marché. Le paradoxe, c'est que ce sont ces mêmes citoyens-spectateurs-consommateurs qui rendent possible de tels folies parce qu'ils sont clients sur le "marché" du football. 

Il y a bien une logique économique. Elle pouvait se comprendre dans les cas de transferts de Zidane ou Ronaldo, des joueurs presque aussi chers mais dont la réputation était faite : leur seul nom floqué sur un maillot permettait de récupérer une partie de la somme investie en quelques mois. Le reste provenait d'un surcroit d'intérêt pour l'équipe et des revenus publicitaires augmentés. Sans parler des performances sportives qui, dans ces deux cas, ont été vérifiées. 

Dans le cas du jeune Antony Martial, c'est la seule attente de voir sa "valeur marchande" augmenter encore et la certitude que son "rendement" sportif sera déterminant qui peut justifier cet "investissement". Sachant qu'un mauvais tacle peut mettre fin à tout cela en une demi-seconde, c'est un pari. Et tant qu'il est fait avec les moyens financiers d'adultes consentants, je ne vois pas de raison d'y objecter. Par contre, le même type "d'investissement" sur de très très jeunes joueurs "exportés" et souvent largués dans la nature au premier pépin est un vrai scandale que la Fifa doit absolument combattre. 

Sur le plan politique et social, cela nous pose malgré tout la question de la valeur de l'argent, du travail et finalement du temps. Il devient difficile d'expliquer aux jeunes que les choses se méritent, qu'il faut travailler et faire ses preuves. De même, la téléréalité permet de faire miroiter une célébrité quasiment instantanée à des jeunes qui n'ont en général encore rien fait. "Du pain et des jeux" disaient les Romains. On se consolera en pensant que le monde romain a vécu plusieurs siècles sous ce régime "déconnecté" de certaines réalités. C'est bien ce qui l'a tué, mais plus tard. Une consolation suffisante ? 

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