14/10/2015

Politique et navigation (2ème partie)

Engagement et compétition

Qu’est-ce qui motive Dominique ? Etre le meilleur, admet-il avec sincérité. Il y a un peu d’égo là-dedans mais ce n’est pas négatif, pour autant que le fairplay soit la règle. Dans une campagne politique, l’objectif est bien d’être élu, donc de passer devant les autres. C’est un passage nécessaire pour avoir la possibilité d’agir. Mais là aussi, Rolin précise qu’il n’a pas  d’ennemis en politique, seulement des adversaires. Il s’interdit toute attaque personnelle ou violente de sorte que Pascal Décaillet l’appelle « le gentleman de la politique ». L’esprit de compétition peut aussi se manifester par la volonté de se dépasser. Quand le navigateur cherche à faire marcher plus vite son bateau, le citoyen marie les défis politiques avec des défis sportifs, tels que la Patrouille des Glaciers.

Perception de la Suisse à l’étranger

Les deux cousins ont passé presque la moitié de leur vie professionnelle à l’étranger. L’humanitaire a pu constater le prestige dont jouissait la qualité suisse et la flatteuse réputation de sérieux de nos concitoyens et de nos organisations. Lors du grounding de Swissair en 2002, les ministres rwandais avec lesquels il s’entretenait étaient abasourdis de ce qui était en train de se passer. Plus que les Helvètes, semble-t-il. Et dans les ports, comment voit-on la Suisse ? Pour le marin, la perception est excellente en Amérique du Sud et en Océanie. Par contre, notre pays dont le pavillon a toujours flotté sur ses bateaux, officiellement immatriculés à Bâle, est largement inconnu aux Etats-Unis et souvent confondu avec la Suède. En France où il réside une bonne partie de l’année, la Suisse est plutôt mal comprise. Il ose une explication : la France ne connait que la démocratie élective, n’a aucune idée ni pratique de la démocratie directe, ses gouvernements  craignent les référendums et, de manière générale, l’expression de l’opinion publique. Ainsi, depuis le 9 février 2014, notre pays est une « épine dans le pied » des autorités françaises qui savent qu’en cas de vote, sa population aurait voté dans le sens de la fermeture, encore plus nettement que la Suisse.

En effet, souligne Rolin, qui est également enseignant, des notions telles que la démocratie directe, la collégialité, ou le système de milice sont largement incompris. Mais les Suisses ont en commun une certaine fierté pour la manière dont ils sont parvenus à préserver leur environnement et leur organisation propre.

Les deux conviennent qu’ils se sentent définitivement comme des citoyens de la Vieille Europe, dont les composantes semblent si différentes vues depuis l’intérieur mais très semblables aux yeux des Kiwis ou Argentins.

Tous les deux conviennent que leur ADN n’incluait pas de chercher à être connu du public, mais c’est à la fois indispensable au navigateur pour décrocher des sponsors et au responsable politique pour être élu et pouvoir agir. Dominique conclut : «Je sais que tu ne peux pas communiquer sur quelque chose à laquelle tu ne crois pas. C’est pour ça que je suis là avec toi“.

Propos recueillis par Pascale Berry

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