19/08/2016

Autour du Brexit : un exemple de populisme destructeur

On se bat beaucoup pour définir ce qu'est le Populisme. Ce mouvement nous oblige à nous interroger. N'est-ce pas simplement "être populaire" ? "Parler aux gens de ce qu'ils veulent" ? "entendre le Peuple" ? "parler simplement" ? Descendre de son Olympe" ?Oui, tout cela est en partie vrai et c'est le "bon côté" du populisme, si l'on ose la formule. Car il contribue aussi remettre en question une manière traditionnelle de faire la politique, installée et confortable. Il devrait rappeler aux décideurs, même élus démocratiquement, qu'ils ne doivent pas perdre le lien avec la vie des "vrais gens". 

Mais il y a une face sombre. Elle éclate avec le succès du Brexit et la volte-face immédiat et scandaleux de ses partisans les plus acharnés : ce qui était vérité d'Evangile la semaine dernière (la Grande-Bretagne "donne" 350 millions de livres à l'UE chaque semaine !) devient subitement faux, de la bouche-même de M. Farage qui se fait tout petit. Le tonitruant M. Johnson ne veut soudain plus devenir Premier Ministre. 

Affirmer des choses que l'on sait fausses, mais que les électeurs veulent absolument entendre, voila un trait discernable du populisme. Quand en plus, ce discours repose sur un fond de critique légitime, parce que l'UE, mais surtout les Etats qui la composent, sont hautement critiquables en effet, le mélange est détonnant. Il faudra que les électeurs de la Petite Bretagne boivent the soup jusqu'à la lie pour vacciner les autres de croire bêtement à tout ce qu'on leur dit. Et vacciner aussi les (ir)responsables politiques d'affirmer tout et n'importe quoi sans pouvoir ni même vouloir l'assumer ensuite. 

Sans oublier que ce climat haineux ne peut pas avoir été sans influence sur l'assassinat de la députée Jo Cox, même si la campagne a soigneusement évité d'instrumentaliser ce crime odieux. Bien entendu, un tel déversement d'insultes et d'accusations a joué un rôle pour déclencher et "légitimer" l'acte d'une personnalité fragile et perturbée. Quand le cynisme mène au sinistre. 

Commentaires

" Il faudra que les électeurs de la Petite Bretagne boivent the soup jusqu'à la lie pour vacciner les autres de croire bêtement à tout ce qu'on leur dit."

Il y a de la lie dans la soupe ?

Écrit par : Patatra | 19/08/2016

Une petite création linguistique ? Pourquoi pas.

Écrit par : Rolin Wavre | 19/08/2016

Si vous voulez remettre les choses à leur place, il serait bon de citer des chiffres. Sinon, je suis au regret de vous dire que c'est vous qui faites du populisme.

Voilà une source parmi d'autres qui permet de se faire une idée réelle de la problématique:

http://information.tv5monde.com/info/brexit-le-royaume-uni-et-l-ue-en-chiffres-et-polemiques-113830

Comme il est indiqué dans cet article, le chiffre de 350 millions est erroné puisqu'il ne tient pas compte du fameux rabais obtenu par Mme Tatcher. Mais la contribution britannique au budget de l'UE est tout de même de plus de 12 milliards de livres pour 2015 dont elle n'a vu revenir que 6 milliards en subventions diverses ! Autrement dit, la Grande Bretagne ne reçoit que 6 milliards en subventions alors que, hors de l'UE elle disposera de 12 milliards ! Sans parler que l'UE s'empresse de mettre le drapeau bleu aux étoiles d'or partout où elle subventionne des projets, alors que cet argent provient... des porte-monnaies britanniques ! C'est un peu comme si je vous disais "Donnez-moi 10 francs" et qu'ensuite je vous en rendais 5 en vous demandant de me dire merci...

Donc oui, les chiffres étaient erronés, mais l'argument tenait tout de même parfaitement la route et il ne s'agissait en rien de populisme! Et au passage, si la Suisse rejoignait l'UE, je pense qu'en terme de contribution nette par habitant, on passerait directement à la première place. Donc si les gens ont envie de se faire racketter par Bruxelles, pourquoi pas.

Écrit par : Kad | 19/08/2016

Il y a populisme et populisme, certes, mais on observe que l'on traite volontiers de populiste qui l'on entend combattre.
Traiter l'adversaire de "populiste"! comme solution de facilité en lieu et place d'arguments.

Bien connu des psys le risque de "projection" consisterait à attribuer à l'autre ce qu'à sa place on dirait, ferait ou penserait.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 23/08/2016

@Myriam Oui, il y a toujours un risque de diaboliser l'adversaire pour se dispenser de débattre avec lui sur le fond. Il me semble faire bien attention à éviter ce piège, par exemple en choisissant une définition étroite du populisme qui évite de tout mettre dans le même panier. Il y a des gens qui sont populistes à certains moments, pas à d'autres. La tentation de tout mélanger est grande, pour ceux qui les supportent ou ceux qui les combattent.

Écrit par : Rolin Wavre | 23/08/2016

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