15/12/2018

Budget 2019, un débat malheureusement tronqué

Le Grand Conseil a voté hier le budget 2019 de l’Etat. J’ai participé à ce processus comme député pour la première fois. En plénière, il reste assez peu de marge de manœuvre, les fronts sont figés, les postures prises, les milieux intéressés observent la performance « publique » leurs poulains. J’en retire quelques enseignements.


Tout d’abord, c’est un fait, la gauche est majoritaire. Mais pas n’importe quelle gauche ! Une gauche très doctrinaire qui ne jure que par la création de nouveaux postes à l’État, sans beaucoup d’égards pour l’efficience ni de regard critique sur leur utilité dans le système. En effet, si la population a crû de 8% depuis 2009, le nombre de postes dans la fonction publique a augmenté de 18%. C’est le règne  du « toujours plus » dans une démarche qui menace vraiment les finances du canton, pas immédiatement mais à moyen terme. Ces augmentations de charges incessantes pèseront pendant des années sur nos finances. On entend même de la bouche de l’extrême gauche des propos carrément  anti-economie. Les mêmes sont beaucoup moins gênés quand il s’agit de taper dans la caisse pour ajouter de nouvelles couches au millefeuille administratif.


La gauche ne serait pas majoritaire sans l’ovni politique qu’est le MCG de 2018, qui vote tout ce qui alourdit le char de l’Etat pour satisfaire ses clients employés du service public. Ce même MCG plaide dans la foulée pour l’allègement de la dette et l’équilibre des finances cantonales…  Une position qui résiste mal à toute analyse rationnelle. Mais à de très rares mais notables exceptions près, ce n’est pas le fort de ce Mouvement


Second enseignement : le processus budgétaire est très imparfait. Pour le député encore en phase de découverte que je suis, le débat nécessaire n’a à pas vraiment eu lieu. Ni me semble-t-il au sein du Conseil d’Etat, ni à la Commission des finances, ni au sein des commissions thématiques, n’en déplaise aux titulaires de ces positions. En plénière, il n’est plus temps de faire sérieusement l’examen de fond sur la pertinence des dépenses. J’en veux pour preuve que les amendements ne portent sur quelques dizaines de millions, soit moins de 0,5% du budget total. Je reviendrai très prochainement sur cette imperfection parce qu’elle ne permet pas de discuter et encore moins de mener à bien les réformes de fond nécessaires. Le passionné de débat politique de fond que je suis ne peut pas être vraiment satisfait de ce débat tronqué.

Commentaires

Si le débat était "tronqué", pourquoi ne pas l'avoir recentré sur ce qui est essentiel a vos "yeux". Un député ne manque pas de Pouvoirs au grand Conseil. Pourquoi avoir refusé le budget et crée cette situation ?

Écrit par : Steve Roeck | 16/12/2018

Excellente question, je vous en remercie. J'y réponds volontiers : comme indiqué dans mon post, c'était la première fois que je faisais face à ce processus comme député. Pour avoir un minimum d'efficacité, il est nécessaire d'avoir la connaissance de ce qui ne fonctionne pas et de préparer la manière d'amener un éventuel changement utile. Une série d'éléments que je n'avais pas en mains la semaine dernière. Ce n'est que partie remise

Écrit par : Rolin Wavre | 17/12/2018

Seconde remarque : le pouvoir d'un député est rarement dans son seul vote mais dans la possibilité de poser des questions, publiques ou bilatérales, puis de convaincre les autres que des solutions sont possibles. Sachant qu'une assemblée obéit aussi à des logiques de blocs et de groupes qu'il serait trop simple de mettre de côté.
Finalement, le budget a été accepté par une majorité et à la satisfaction officielle du Conseil d'Etat. Il faut en prendre note et l'accepter. C'est la démocratie.

Écrit par : Rolin Wavre | 17/12/2018

C'est aussi contre ce type de dy/fonctionnement que les gilets jaunes agissent!

Écrit par : Dominique Degoumois | 17/12/2018

Voulez vous nous expliquez que les politiciens/fonctionnaires en place ont pour but, de créer des postes de travail, pour leurs amis et leurs familles, sans se soucier de savoir si ces postes sont vraiment indispensables? Rien de très nouveau donc!!!! Si nos politiciens/fonctionnaires étaient compétentes en matière financière, ils travailleraient dans des banques, Genève n'en manque pas!!

Écrit par : Dominique Degoumois | 17/12/2018

Oui, vous manquez d'expérience. Espérons qu'elle vous rejoigne dans les semaines à venir.

Oui, oui, vous avez raison. Moi, je dis que vous êtes un visionnaire :

fonctionnaire = pas bien = mauvais = poids sur nos finances = honte et malheur = à désespérer de la démocratie.

Collaborateurs dans la santé et l'enseignement = profiteurs qui ne font que lire la Tribune.

Augmentation de 8% de la population depuis 2009: merci de citer vos sources.(18%idem; avez-vous entendu parler de l'inflation ?)

Continuez dans cette voie, mais sachez, pour votre avenir politique, que la

place du super-héros de droite anti fonctionnaire, ça a déjà été tenté.

Ca ne marche pas forcément,

sauf auprès du petit nombre de commentateurs agréés sur les blogs TDG.

Bonne chance !

Écrit par : Grau | 19/12/2018

Celui ou celle qui se cache derrière le nom de Grau dans son commentaire ci-dessus veut me portraiturer en croisé anti-fonctionnaires. C’est de bonne guerre mais c’est simplement faux. Dans mon groupe, je figure par is ceux qui ont le plus de sensibilité pour la fonction publique été le rôle de l’Etat en général, ça m’a valu des discussions intéressantes entre autres avec mon chef de Groupe.
Je fais simplement le constat que le processus budgétaire taire ne peut pas se faire de manière complète parce que personne n’a la liberté et / ou le courage de faire un vrai examen.
Je suis encore moins dans une démarche electoraliste. Si c’était le cas, je me tairais comme presque tout le monde.
Et non, je n’ai jamais dit ni pensé que les fonctionnaires étaient des profiteurs.

Écrit par : Rolin Wavre | 21/12/2018

Bonjour,

Je vous remercie d'avoir publié mon commentaire - disons plutôt mon billet

d'humeur.

Cela m'a surpris, car, à la réflexion, je crois que c'est plutôt à

vous que je m'adressais, sans nécessité impérative de publication de mon

propos.

La défense de la fonction publique est totalement

inefficace lorsqu'elle passe par l'argumentation; seuls les rapports de force et une certaine brutalité

politique (grèves et bla et bla) peuvent faire quelque chose.

L'histoire de la fonction publique nous le montre.

Je ne me "cache" pas derrière un pseudo, je m'en protège, ce qui n'est pas pareil.

Je me propose de ne pas aborder les différentes considérations sur le

courage et autres balivernes déjà débriefées, ici et ailleurs.

A quoi servirait-il d'ailleurs que je communique mon identité ? Je suis un citoyen lambda,

je ne fais pas de politique, ne suis pas systématiquement

la ligne de tel ou tel parti.

Ce qui me paraît mauvais dans votre propos, c'est ceci : "... sans beaucoup

d’égards pour l’efficience ni de regard critique sur leur utilité dans le

système. "

Et :"...ce qui alourdit le char de l’Etat pour satisfaire ses clients employés

du service public."

Si vous considérez attentivement ces formules, et bien que vous précisez que

vous n'êtes pas "anti-fonctionnaires", vous en découvrirez la violence.

Bonne chance !

Écrit par : Grau | 21/12/2018

@Grau
Merci. En effet, je n’ai pas pour habitude de censurer les réponses sauf dans deux cas : insultantes ou hors sujet. Ce n’est à l’évidence pas le cas de votre billet. Si j’exprime publiquement un point de vue, j’accepte qu’on y réponde de la même manière.

Les phrases que vous mettez en exergue dans mon post ne s’adressent pas au fonctionnaire lambda. En grande majorité, il fait ce qu’on lui demande avec un entrain variable et un talent lui aussi variable, mais il y est pas en cause. Elles concernent le processus d’établissement du budget et donc des projets et du dispositif. Soit les cadres, y compris l’interface politique.

J’ai participé à plusieurs processus de réflexion sur la santé où aucun des concernés,presque tous employés de l’Etat ou d’organismes majoritairement subventionnés ne s’est demandé si on pourrait faire mieux ou autrement. 100% des « idées » consistaient à ajouter une nouvelle prestation, un nouveau service. J’ai participé à des réunions si peu denses que la seule explication à la présence de tant de monde aussi longtemps pour si peu de contenu ... était que cela entrait bien dans le cadre professionnel qui leur était donné.

Je prends un exemple : je sui sur un chaud partisan des services Agenda 21. Mais je pense qu’ils devraient faire attention à son efficience. La croissance « naturelle » ou de principe n’est pas une bonne chose et les expose à des retours de bâton bien moins nuancés que ce que j’exprime plus haut.

Écrit par : Rolin Wavre | 23/12/2018

Oui,merci, mais cependant...

Vous dites,à propos du fonctionnaire lambda :

"En grande majorité, il fait ce qu’on lui demande avec un entrain variable et un

talent lui aussi variable. "

C'est tellement méprisant !

Le fonctionnaire est donc un esclave (puisqu'il fait ce qu'"on" lui demande.)

Entrain variable et talent variable ?

De qui parlez-vous ? Quelles sont vos sources ?

Ne percevez-vous pas la violence et l'impertinence de ces lieux communs,

tellement présents et stupidement fédérateurs dans la phraséologie politique de

droite ?

Relisez vos considérations sur les "fonctionnaires", qui, jusqu'à nouvel avis,

sont des personnes humaines comme vous et moi, et appliquez-les à des personnels

du privé.

Vos collaborateurs, par exemple, si vous en avez.

Vous verrez, c'est amusant.

Une autre paire de lunettes que je vous propose vous donnera accès à

ceci :

vous voyez maintenant la société non pas comme un réservoir qui va vous

permettre, pour autant que vous ayez de l'entrain ( un entrain constant, donc )

et du talent, de gagner un maximum de thunes, mais comme une communauté à

vivre.

Vous comprendriez, si vous connaissiez la fonction publique, que le travail du

fonctionnaire est rendu très délicat par le fait qu'il est rarement dans une

relation client/prestataire, comme l'aime le capitalisme, mais dans une relation

d'assistance,, avec un rôle d'autorité.

Cette particularité est complexe à gérer, car elle éloigne le fonctionnaire du

modèle idéologiquement dominant du profit/ consumérisme, youpie, youpie,dont

même les plus aveugles commencent à entrevoir les limites.

Elle le rend suspect aux yeux du corps social, ce qui est profondément injuste.



Enfin, vous citez une réflexion liée au système de santé...

Excusez-moi de vous dire que je trouve le "discours de la droite", pour autant

qu'il existe sur cette question, stupéfiant de vacuité, pour ne pas dire

d'hypocrisie.


Bonne année et bon courage !

Écrit par : Grau | 03/01/2019

Merci à Grau pour sa contribution. Deux parties à ma contribution. Une réponse et une relance.

Réponse : vous m'attribuez un mépris pour le fonctionnaire, ce qui est à mon avis particulièrement faux et reflète, si vous me permettez cette pique, plus votre propre ressenti que le mien. Je ne sais pas si vous être employé du service public, mais je suppose que oui. "faire ce qu'on lui dit" n'a rien d'insultant, cela signifie simplement qu'il ou elle remplit la tache pour laquelle il ou elle a été engagé / nommé. Si vous le trouvez insultant, le "traumatisme", s'il y en a un, est plus de votre côté que du mien. Il existe en effet un "discours de droite" mais il est assez différent du mien. Je fais l'hypothèse que le mien (vous) dérange peut-être plus parce qu'il n'est justement pas marqué du sceau anti-fonctionnaires que l'on entend parfois à droite.

La relance maintenant : vous amenez deux éléments intéressants qui sont la "fonction d'assistance" et la "relation d'autorité". Je vous suis sur ce terrain. La relation d'assistance. Vous la mettez en opposition avec "faire de la thune". C'est une vision schématique. Le bon commerçant dois à la fois faire un bénéfice et entretenir une relation d'assistance avec son client, sans quoi il le perdra. Je pense qu'il est faux de mettre en opposition la fonction d'assistance et la responsabilité vis à vis des clients (les administrés) et les patrons (l'Etat et par conséquent le contribuable). La fonction d'assistance ne dispense pas les employés de l'Etat de mettre tout en oeuvre pour offrir une prestation (d'assistance, le cas échéant) qui fasse sens et soit "économiquement" (je sais, ça paraîtra à certain un gros mot) justifiable.

La fonction d'autorité, je le ressens à vous lire, représente plus une difficulté à articuler avec celle d'assistance. Un dilemme à gérer, presque de conscience, faire coïncider l'aide et l'éventuelle sanction qui est la conséquence logique de l'inobservation d'une règle.

Pour finir, vous me questionnez sur mes sources. J'ai quelques expériences avec l'enseignement public ou la motivation m'a semblé assez "variable", confirmé par divers entretiens. Je me suis attaché à voir comment la performance dans ce domaine pouvait être évaluée, compte tenu de la difficulté de cette évaluation et du statut lui-même. J'ai eu de très bonnes expériences récentes avec plusieurs services de l'Etat (automobiles, services fiscaux) ou j'ai eu l'impression que les employés et le système mis en place étaient vraiment là pour faciliter la vie du citoyen.

Écrit par : Rolin Wavre | 03/01/2019

Merci pour votre réponse.

Il me semble difficile de botter en touche les considérations que vous proposez dans vos relances...

Vous évoquez la notion d'autorité, reconnaissant la complexité qu'elle représente pour les personnels qui y sont confrontés dans l'exercice de leur travail.

C'est assez vite dit.

Sans personnels en charge de l'exercice de l'autorité, l' Etat se délite, la société explose.

Le problème, c'est que tout en étant conscient de cette nécessité, l' Etat

dispose de moins en moins de ressources financières pour la mettre en oeuvre.

(On nous dit que c'est la faute à la "crise économique")

Le schéma est simple : population en hausse, budgets en baisse, péjoration de la rémunération et des conditions de travail, de la retraite des fonctionnaires et de leur image dans la population.

Conséquences: engagement de personnels moins formés et moins motivés. Corruption et copinage devenant un mode de fonctionnement habituel.
Attaques de plus en plus virulentes contre la fonction publique, désarmée pour y faire face. Récupération de la situation par des intervenants opportunistes. Perte de la démocratie. Valorisation du discours populiste.

Vous faites part de votre expérience de la fonction publique (enseignement).
C'est un univers dans lequel il m'est aussi arrivé de tremper les pieds.

N'y voyez pas offense, mais il me semble que produire son expérience personnelle comme "source" peut paraître un peu présomptueux.
L'enseignement est confronté à de multiples défits. Qui s'en soucie ? Ca coûte assez cher, et ça ne rapporte rien...

Un état d'âme pour finir.

L'histoire de cet homme qui n'aimait pas la police ("tous des fachos"), et qui, un soir, s'est fait cogner et piquer sa moto.

Et ben, il est allé tout raconter...à la police.

Écrit par : Grau | 04/01/2019

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