Transparence au Palais fédéral : une occasion ratée

Je viens de prendre connaissance du vote de hier au Conseil National (Le Temps, page 9) qui a refusé l’entrée en matière sur un projet de registre des lobbyistes (initiative parlementaire 15.438), une mesure soutenue par la faîtière des agences de relations publiques SSPA elle-même. Je pense que le message passé par nos élus fédéraux n’est pas le bon. S’opposer à ce texte, pourtant pas dictatorial, est de nature à renforcer l’idée qu’élus et lobbyistes ont quelque chose à cacher. La fronde a été menée par les agences qui ne sont... pas membres de la SSPA. 

Les arguments avancés par certains disant que les actions d’influence se passent à l'extérieur du Palais fédéral sont même contre-productifs : en quoi cet élément de transparence à l’intérieur serait il gênant si tout se passe ailleurs ? Et si tout se passait à l’extérieur, pourquoi les lobbyistes se pressent-ils à l’interieur  ?

Je ne nie pas le rôle nécessaire des relais de groupes d’intérêts auprès des élus. Notre système de milice le prévoit et l’accepte. Mais la politique, c’est aussi des messages et des signaux, destinés aux citoyens. Celui-ci me semble mauvais. Je note également que plusieurs élus, notamment Romands du centre droit, se sont abstenus, étaient à la buvette ou ont même voté en faveur de ce projet. C’est ce que j’aurais fait. 

Commentaires

  • Les lobbyistes ne sont plus à l'intérieur ou à l'extérieur, ils siègent dans les commissions. Il suffit de prendre connaissance de la composition de la commission de la santé pour le vérifier.
    Mauro Poggia l'a dénoncé sur son blog. http://poggia.blog.tdg.ch/archive/2015/12/21/corruption-swiss-made-suite-et-pas-fin-272780.html

  • Oui, en effet. Là aussi, ce n'est pas exactement le point sur lequel le parlement a refusé de légiférer.
    Je dirais que le système de milice inclut presque obligatoirement la présence sur les bancs des élus de personnes qui sont rétribuées par un employeur qui a un intérêt très direct à être représenté à Berne. La seule solution que l'on a trouvée, c'est la transparence : les élus doivent afficher leurs liens d'intérêts, consultables par tout le monde sur le site du Parlement. C'est ce que le CN a refusé d'instaurer pour les lobbyistes extérieurs.

  • Je fais partie de ceux qui déplorent la récente décision à Bulle de ne pas professionnaliser la fonction. Je pars du principe que le monde se complexifie et qu'il n'est plus possible de siéger en touriste.
    J'étais pourtant un fervent défenseur du système de milice qui garantissait, du moins en théorie, une représentation large de la population. J'observe dans les faits que la plupart des élus sont incompétents, fainéant et motivés par des intérêts partisans dont ils suivent les mots d'ordres définis en caucus. Ils contribuent directement à la perte de crédit dans les institutions et dans le politique en général.

  • @ Pierre Globalement d'accord. Une précision : à Bulle, c'était la professionnalisation de l'exécutif qui a été rejetée. J'imagine mal qu'en Suisse on professionnalise la fonction de député fédéral. Encore que beaucoup le sont de facto. L'effet serait multiple : on risquerait de les déconnecter de la vie professionnelle pratique (pour ceux qui ont gardé cette connexion), mais on pourrait plus réglementer la manière dont ils exercent d'autres activités s'ils étaient entièrement consacré à leur activité parlementaire et rétribués pour cela pleinement. Ce serait à mon avis plus cher, peut-être plus compétent et motivé, mais tellement non-suisse dans l'esprit.

  • Les mandats en politiques c'est comme les billets de banques : plus t'en empile et moins tu vois à travers.

  • Oups, je me suis donc mal informé sur ce sujet.
    Je ne comprends d'ailleurs pas l'idée. Car un conseiller d'Etat a de facto changé de métier pour un temps et il se consacre exclusivement à sa tâche. D'ailleurs il a du renoncer à ses activités professionnelles durant son mandat. C'est d'ailleurs de là que vient la justification discutable des rentes à vies.
    Je persiste à penser que notre système de délégation parlementaire et le travail des commissions est perverti et ne rempli plus sa fonction. Il faudra bien envisager un autre système qui permette par exemple la rémunération des députés pour leur travail d'information à domicile. Car rares sont ceux qui prennent le temps de lire l'ample littérature qui leur est soumise par les groupes professionnels concernés. Ce serait en tous cas plus intelligent que d'augmenter les jetons de présence.
    Je préconise aussi un système de monitoring qui permette d'évaluer en temps réel la performance de chaque élu et la corrélation entre ses actes et ses promesses électorales. Un peu comme smartvote au début du processus, étalé sur le long terme.
    Enfin, je pense que le président de commission doit être le même durant toute la législature et idéalement avoir une activité professionnelle en relation avec les sujets traités. Il est le seul garant d'un suivi sérieux car la rotation des députés est si importante qu'aucun n'a la moindre notion de l'historique législatif des causes traitées.

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