03/04/2015

Le risque 0

Le risque zéro est hors de portée même si le progrès technique a pu nous le laisser croire. Eliminer le facteur humain et tout automatiser ? Le très probable suicide du pilote allemand de GermanWings a ouvert un passionnant débat se société. Plus un moyen de transport est sûr, plus on parlera des accidents. Plus le crime est rare, plus il choque. Logique et presque mécanique. Peut-être faudra-t-il se réhabituer à l'idée que l'accident est possible et, pour notre santé mentale, en accepter la possibilité. Sachant que pour les victimes directes et leurs proches, l'occurence reste inacceptable. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi eux. Parce que.

Je pense qu'on peut tirer un parallèle avec la période de violence politique et religieuse, voire sectaire que nous vivons actuellement. Nous avons connu depuis les années 80 une période au cours de laquelle les actes de violence politique ont nettement diminué dans nos régions. Les actions menées par la mouvance djihadiste, en Europe, mais surtout, ne l'oublions pas, dans les pays à majorité et tradition musulmane, nous ramènent conduisent vers des temps où il faudra accepter que ce risque existe. Envisager la possibilité qu'un allumé commette un massacre tout près de nous, dans un univers qui nous est familier et que nous voyons et parcourons sans violence depuis des années. 

Il faudra lutter avec détermination, mais aussi accepter que toute lutte sérieuse implique le risque de perte. Le risque ne doit pas nous paralyser mais renforcer notre détermination. Dans son édition du 2 avril, l'Hebdo le disait à propos de Roger Federer : s'il est capable d'une concentration supérieure, c'est qu'il accepte le risque de perdre un point. Il se concentre sur l'objectif qui reste le Jeu. Nous aussi, nous devons regarder loin. Notre Jeu, c'est la défense des valeurs démocratiques et d'ouverture, sans naïveté mais sans peurs.

13/11/2014

Pour le respect des droits humains au Vietnam

Avec d’autres élus ou anciens élus genevois, nous avons remis une pétition à la Consul du Vietnam à Genève en soutien de M. Dang Xuan Diêu, activiste et blogueur condamné à 13 ans de détention pour ses écrits et ses opinions. 

Depuis 2010, je me suis impliqué dans le soutien aux activistes courageux qui, au Vietnam et à l’extérieur, se battent pour que le régime actuel renonce à emprisonner arbitrairement tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.

Pour que le simple fait de publier des informations ou des opinions divergentes ne soit pas puni de plusieurs années de prison. Pour que les procès ne soient pas outrageusement verrouillés par une justice aux ordres du clan au pouvoir. 

Je m’y suis associé volontiers car ce pays et son peuple méritent mieux qu’une dictature camouflée sous les attributs brillants d’un véritable essor économique qui bénéficie surtout au régime et à ses soutiens. 

Et j’apprécie par dessus tout que cette opposition soit toujours non-violente, ce qui n’est pas le cas des réactions du régime. 

Je m’y suis rendu en octobre 2010 pour rencontrer les familles des prisonniers politiques et tenter d’en rencontrer une sur son lieu de détention. Elle a été libérée et expulsée un ans plus tard.

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23/10/2014

Guerres inévitables

Certaines guerres sont inévitables. Celles qui sont défensives et menées pour une cause juste. J'admets que ces deux termes sont sujets à interprétation.

La guerre défensive n'est pas seulement celle que l'on mène près de chez soi sur les frontières de sa propre terre. Elle peut être menée au loin lorsque ses valeurs fondamentales sont attaquées. Elle est juste quand ces valeurs sont reconnues comme universelles. C'est le cas du noyau dur des Droits humains. Dans ce sens, les croisades de tous types, avec un grand C ou non, sont très discutables, parce qu'elles visent à imposer par la force (et donc en violation des Droits humains) une croyance ou une idéologie à d'autres. 

Mais pour qu'elle soit légitime, elle doit absolument être menée d'une manière qui ne viole pas à son tour ces mêmes valeurs contre la violation desquelles elle prétend s'élever. La lutte contre la dérive islamiste actuelle est de celle qu'il faut mener. Loyalement, dans le respect de nos propres valeurs. Et solidairement avec les premières victimes de cette folie : l'immense majorité des musulmans qui n'y sont pour rien.

Cela nous interdit les frappes indiscriminées notamment sur les civils, la torture, les détentions arbitraires, etc. Nous ne devrions pas non plus, et cela va nous couter cher ces prochaines années, recourir à des arrestations massives et préventives de supposés djihadistes vivant dans nos contrées. Il ne manquera pas de belles âmes pour exiger d'embastiller à la louche. Et nous aurons un  défilé de donneurs de leçons pour nous dire après coup qu'il n'y avait qu'à, qu'il fallait que... Ce sont les dictatures qui peuvent se permettre de mettre à l'ombre préventivement des milliers de potentiels opposants violents. Au risque de susciter dix fois plus d'opposants plus violents encore, avec cette fois une raison de s'opposer. 

Il est donc probable que ce qui s'est passé au Canada se produira encore, en Europe et peut-être chez nous parce que suivre individuellement tous les dingues qui se rêvent en martyrs, de retour de Syrie ou empêchés d'y aller, est matériellement impossible.

Une guerre ne se gagne jamais contre ses propres valeurs. Le respect de la liberté individuelle en fait partie. 

Nous paierons tous encore longtemps l'imbécilité crasse de Bush fils qui cassé l'armée irakienne sans rien mettre à la place, causant un vide désastreux, rempli 10 ans plus tard par les allumés de Daech. Et la faiblesse de tous les présidents US (entre autres) pour avoir laissé pourrir des millions de Palestiniens dans l'enfer de Gaza, sans espoir. 

12/09/2014

Blanc ou plus blanc que blanc ?

La Suisse oscille constamment entre opportunisme et autoflagellation. Petit pays neutre, travailleur, stable et bien géré, bien situé au coeur d'un continent développé et pour l'instant pacifié. Nous avons dans le passé bénéficié de tous ces avantages hérités mais aussi gagnés par le talent, le travail et l'habileté. Voila pour le côté opportuniste et méritant. 

Puis vient l'autoflagellation. Sous diverses influences, parfois moralisantes, parfois honnêtes, parfois cyniques et pilotées par nos concurrents, eux-mêmes pas exempts de tout reproche, nous avons tendance à ne voir chez nous que ce qui est discutable. A jeter avec l'eau du bain le bébé que ces concurrents, postés sous nos fenêtres, veulent nous voir jeter pour mieux le récupérer pour leur propre bénéfice. 

Qu'il s'agisse de la fiscalité internationale, de l'industrie financière, du commerce ou la production de matières premières, je pense qu'il faut aller vers plus de justice et limiter les abus qu'un certain libéralisme dévoyé peut engendrer. J'entends par là, le libéralisme qui a oublié que liberté n'allait pas sans responsabilité. Par contre, il serait idiot de saborder naïvement des secteurs entiers de notre économie pour les voir repris sans aucun scrupule par nos concurrents chinois, étasuniens ou même européens.  

Avancer, oui, mais pas n'importe comment.

25/05/2014

Elections européennes : seulement 25% pour le FN !

Ce lundi, les analystes diront que 25% des voix pour le FN aux élections européennes, c'est énorme. J'aurais personnellement souhaité que ce fût moins, mais c'est ainsi, le peuple s'est exprimé. Et à ce propos, ceux qui se croient obligés de dire qu'il s'agit "d'un jour sombre pour la démocratie" se trompent. Même s'il nous déplait, ce vote est certainement démocratique.

Au risque de nager à contre-courant, je pense que ce score est finalement assez faible. Voici pourquoi :

1. les partis au pouvoir en France ces dernières années ont montré un visage pathétique. Inconsistance politique du parti socialiste, incurie du gouvernement Ayrault d'un côté, misérable guerre des cheffaillons et troubles affaires financières à l'UMP de l'autre côté. Il est facile au FN de surfer sur cette vague de ratage généralisé, d'autant plus qu'il n'exerce pour l'instant que le ministère de la Parole Facile et n'est pas vraiment jugé sur son programme économique pourtant absurde, notamment la sortie de l'Euro et la restauration des frontières nationales.

2. les gouvernements français successifs et européens en général ont pris l'habitude de se dédouaner de tous leurs échecs et des aléas de la crise sur le dos de Bruxelles. Il est impossible de faire partager et apprécier les succès européens qui sont nombreux et remarquables lorsqu'on passe onze mois sur douze à critiquer les "bureaucrates non élus de Bruxelles". Les électeurs ont en bonne partie voulu sanctionner les faiblesses de leurs dirigeants nationaux lors d'une élection qu'ils considèrent (et que la presse continue de décrire) comme peu importante pour leur avenir immédiat et leur vie quotidienne. Le paradoxe est que jamais une élection européenne n'a été si démocratique ni n'aura eu autant d'impact sur la future Commission européenne. Jamais un Parlement européen n'aura eu autant de pouvoir que celui qui est désigné ce jour.

3. la mondialisation économique en marche, le village global crée par internet et le bouleversement des équilibres géopolitiques qui s'annonce autour de la Vieille Europe désorientent une grande partie des citoyens. Le repli présenté comme possible par les populistes de tous bords devient soudain synonyme de sécurité pour l'électeur moyen. Un nouveau cocooning.

4. la critique est toujours plus facile que l'exercice du pouvoir. Cela se vérifie en France comme à Genève ou en Suisse. Les résultats des 9 février et 18 mai l'ont encore montré.

5. personne n'a su présenter l'aventure de l'Union européenne sous un jour positif. Jacques Delors est probablement le dernier à avoir eu l'épaisseur politique et humaine suffisante pour l'incarner en France.

6. le FN a certainement réussi une véritable mue de son personnel politique, diluant le petit noyau rance de vieux fascistes "historiques" dans une nouvelle masse de néo-conservateurs plutôt xénophobes, islamophobes, isolationnistes et cyniques. Plus jeunes et présentables, ses cadres ont appris à marteler un message simple, voire simpliste, sans paraître douter jamais.

Poussé par toutes ces circonstances favorables, le score du FN, qui marque les esprits et les statistiques électorales, n'est au fond pas si important. J'en veux pour preuve qu'interrogés sur la substance des questions européennes, la majorité des électeurs français ne veulent ni sortir de l'Union, ni quitter l'Euro.

21/03/2014

Vladimir Poutine a-t-il vraiment gagné ?

En apparence, le président russe à gagné. La Crimée retrouvera la place qu'elle avait dans la première orbite russe avant son rattachement à l'Ukraine en 1954. Mais, comme le dit très bien le journaliste Eric Hoesli, spécialiste de la région depuis plusieurs décennies, le camp "pro-russe" d'Ukraine a perdu un peu plus d'un million de votants. Les votes et élections ont désormais toutes les chances d'y tourner en défaveur de Moscou. Et, au vu de ce qui s'est passé en Crimée, l'Ukraine aura d'autant moins de scrupules à s'approcher de l'UE et de l'OTAN, ce qui est exactement ce que le Président voulait éviter. 

Sans parler des diverses sanctions prises et à prendre contre la Russie ou certains de ses responsables, la situation économique n'est pas bonne. La bourse est au plus bas depuis 2009 malgré un petit rebond, les investisseurs vont hésiter à s'y aventurer, l'économie dépend exagérément des exportation de gaz et de pétrole. Plus largement, la démographie y est mauvaise. 

Finalement, si personne n'est vraiment gagnant à l'issue de cet épisode, qui n'est peut-être pas tout à fait terminé d'ailleurs, la Russie pourrait bien sortir comme la vraie perdante de ce bras de fer au léger fumet de Guerre froide, même si cette page semble, elle, bel et bien tournée.

23/02/2014

Révolution et ouverture à Kiev

Ce samedi à Kiev, les Ukrainiens viennent de faire une révolution extraordinaire. De maturité, de sincérité, de dignité et d'ouverture. Indignés par la gloutonnerie du clan Ianoukovitch, devenu le plus riche du pays en trois ans, ils ont pris d'assaut la résidence ubuesque mais n'ont pas cédé à la colère : pas de pillage, pas de destruction. Il voulaient juste constater. Les choses ne se sont pas toujours passé ainsi lors des derniers Printemps et autres révolutions colorées ou fleuries.

Il reste cependant un grand danger : l'Est du pays pourrait être tenté par une aventure séparatiste, pour autant que certains agités se laissent séduire par des promesses poutiniennes plus ou moins ouvertement exprimées. Un soutien russe pourrait lancer cette fois non plus une révolution mais une vraie guerre civile. Espérons que les nouveaux responsables à Kiev sauront tendre une main sincère à leurs frères russophones de l'Est et que la grande Russie restera encore quelques jours toute à la clôture de ses estivaux Jeux d'hiver et à la célébration d'un beau triplé dominical de ses skieurs nordiques.

Et constatons finalement que les motivations des héros de Maidan sont plutôt tournées vers l'extérieur alors que ce qui semble avoir fait "bouger" une petite majorité de nos concitoyens à nous est plutôt l'erection de nouveaux murs législatifs, les murs mentaux étant déjà en bonne voie d'achèvement. Le grand Friedrich Durrenmatt l'énonçait déjà dans son fameux discours prononcé à Ruschlikon le 22 novembre 1990 lors de la remise du Prix Gottlieb Duttweiler au grand Vaclav Havel : les Suisses se sont réfugiés dans une prison dont ils sont à la fois les gardiens et les détenus. Les leçons des grands hommes sont éternelles. 

Et pour terminer, il faut saluer l'excellente couverture des événement de Kiev par France Inter. L'émission spéciale de samedi 22 février entre 19 et 20h était un modèle du genre. Correspondants sur place, intervenants de haute tenue tant à Moscou qu'à Kiev, Berlin et Paris. La radio reste un média extraordinaire quand elle se situe à cette altitude. 

19/08/2013

Laisser les allumés s'éteindre tout seuls

Quelle erreur de la part des autorités égyptiennes actuelles que d'avoir tenu à déloger par la force les manifestants pro-Morsi ! De même, non contents d'avoir démis le président pourtant élu après un an de mandat, les autorités ont trouvé adéquat de le détenir dans un lieu caché. Quand on prétend lutter contre un arbitraire, il faut absolument éviter d'en créer un autre. C'est pourtant ce que les autorités égyptiennes actuelles ont fait. 

Le régime des Frêres Musulmans et son leader Morsi avaient pourtant fait tout faux ! Ils avaient démontré que tout ce qu'on leur reprochait à l'avance, parfois avec une certaine mauvaise foi, était absolument vrai : incompétence, népotisme, violence, manque de transparence, corruption, irrespect pour les lois, la séparation des pouvoirs et la Constitution. Toutes les erreurs, ils les avaient commises de sorte que le petit peuple des villes et des campagnes qui les avait portés au pouvoir ne pouvait déjà plus les voir en peinture après à peine une année de pouvoir. Cela ressemble beaucoup à ce qui s'est passé en Tunisie où Ennahda a su montrer son incompétence en peu de temps. 

Mais alors, pourquoi leur faire cadeau de martyrs alors qu'ils ne cherchainent que cela ? pourquoi leur donner la chance inouie de se replacer du côté des victimes du système ? Incompétence du pouvoir civil ou plutôt volonté plus ou moins déguisée de l'armée de pourrir la situation et de reprendre la main elle-même, selon ses méthodes ? Quand on sais que Nasser, Sadate et Moubarak étaient tous issus de ses rangs. Et qu'elle a des intérêts économiques très importants à préserver.

11/07/2013

Pêche et subventions publiques : effets pervers

Le Nouvel Observateur vient de publier dans son numéro du 4 juillet 2013 une grande enquête basée sur un rapport de la Cour des Comptes française datant de 2010 et, semble-t-il soigneusement caché à ceux à qui il était destiné de même qu'à la presse. Il conclut que le montant des subventions accordées à la pêche professionnelle française est presque équivalent au chiffre d'affaire total de la dite pêche.

Quand on sait que de nombreuses espèces de poissons voient leur stocks baisser dramatiquement, on peut s'inquiéter de ce système pervers. Et on apprend ce jeudi 11 juillet, en pleine période de vacances, que la Commission de la Pêche de l'UE vient de rétablir les subventions à la construction de navires de pêche professionnelle. Un véritable non-sens au moment où le secteur entier de la pêche devrait être revu entièrement et rendu viable sur le long terme, tant sur le plan écologique que social et économique. Aider à la construction de nouveau outils de pêche va tuer ce secteur entier, en tout cas sur les côtes de notre vieille Europe pour le seul bénéfice de quelques uns.

C'est le jeu des lobbies qui a encore permis d'atteindre ce résultat dramatique, au coeur de l'été, quand les attentions sont tournées vers la plage, l'apéro et le Tour de France, mais certainement pas vers le triste sort des océans au bord desquels certains d'entre nous se grillent actuellement l'épiderme (avec protection, espérons-le !).

03/06/2013

Pour une contre-offensive suisse

Quelle que soit notre opinion sur l’imposition, les budgets et les dépenses de l’Etat, il ne faut pas se tromper : la Suisse est impliquée dans une véritable guerre économique. Une partie de la gauche mais aussi ceux qui mènent actuellement les négociations avec l’Union européenne et les Etats-Unis semblent ne pas vouloir le voir. Isolé sur la scène mondiale et continentale, notre pays est une cible évidente pour tous ceux qui veulent décréter chez les autres les grands et beaux principes qu’ils se refusent à appliquer chez eux.

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