31/01/2013

Les naïfs perdront la guerre économique

"Les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts" a dit un jour De Gaule. Cette vérité s'applique très bien au débat sur la manière de répondre aux attaques que subit notre pays et sa place financière. Il ne faut pas céder au cynisme, mais éviter l'angélisme : la Suisse et en particulier certaines de ses grandes banques ont corrigé ou sont en voie de corriger certains comportements inacceptables. C'est bien et c'était nécessaire. Il faut assumer. Mais pas capituler sans conditions. 

N'étant pas membre de l'UE, la Suisse est une cible facile pour tous les Etats qui souhaitent renflouer leurs caisses vides, parce que souvent mal gérées, ou cacher leurs propres pratiques discutables en attaquant un petit pays isolé et qui a pu se monter par le passé un peu trop sûr de lui. C'est logique, c'est facile. Un peu trop.

Il faut que nos autorités fédérales tracent une limite claire : nous voulons respecter les règles pour autant qu'elles s'appliquent à tous, y compris à la City de Londres, au Delaware et à toutes ces îles plus ou moins paradisiaques sur lesquelles ceux qui nous font la morale ferment courageusement les yeux. Mais nous ne voulons pas, au nom d'une bonne conscience angélique, être les victimes de ce qui est une véritable guerre économique. Perdre cette guerre, c'est renoncer à des emplois, des ressources nécessaires pour garantir le maintien de la société que nos anciens ont construite. 

17/01/2013

Mali : une intervention bienvenue mais pas sans danger

Au Mali, la France a bien agi. Cela fait plusieurs mois que des discussions ont lieu avec le Conseil de sécurité de l'ONU, avec les principaux alliés européens et américains. Les Etats voisins ont été impliqués dans le projet d'intervention contre ce qui menace de devenir un véritable sanctuaire pour AQMI et les terroristes qu'il fédère. L'immense majorité des maliens semble également approuver cette intervention. La prise d'otages de mercredi en Algérie n'y changera rien : acculés, les terroristes vont frapper là où ils le peuvent pour faire douter ceux qui les gènent et tenter de frapper l'opinion. A partir de là, je vois trois dangers principaux : 

1. que les opérations militaires se déroulent mal, piétinent ou causent des dégats humains importants, tant parmi les civils que dans les rangs des combattants alliés. C'est un risque qui est inhérent à toute intervention militaire.

2. que la France soit laissée seule sur le plan militaire et politique, que les opportunistes de tout poil ne commencent à agiter le spectre du colonialisme. Cette intervention n'a, cette fois, que très peu à voir avec la Françafrique du siècle passé. Le contexte est différent, l'intervention n'est pas liée au changement de régime interne, bien qu'il y ait eu un coup d'état militaire à Bamako en 2012.

3. qu'un amalgame soit fait entre les allumés d'AQMI et l'Islam en général, comme certains commentaires sur le net commencent à l'indiquer. Ce fondamentalisme anti-occidental n'y rien a voir avec l'essence de cette religion. Il ne fait qu'en récupérer quelques éléments coupés de leur contexte et surfe sur les dérives d'individus à la dérive. 

Finalement, on peut espérer qu'un accord sera trouvé rapidement avec les forces touaregs dont une bonne partie sont tout à fait laiques et totalement opposé à l'application de la charia que les islamistes ont imposée à la moitié du Mali. 

18/12/2012

Le massacre qui va changer la donne ?

Apres l'épouvantable massacre de Newton, les circonstances sont peut-être plus favorables (un horrible mot dans ces circonstances) que jamais pour que les choses changent enfin. En effet, nous avons un président en début de second mandat qui n'a donc presque rien à craindre (encore qu'on puisse envisager le pire avec membres de la National Rifle Association, les bargeots de la gachette nord-américaine), un massacre totalement abject touchant ce qu'il y a de plus innocent, des enfants de 6 et 7 ans, et enfin l'usage d'une arme automatique. 

Le président devrait pouvoir, enfin, agir dans deux directions au moins : interdire totalement les armes automatiques et rendre plus difficile l'achat et la possession d'une arme en général. Même si l'on peut admettre, à l'extrême limite, que les américains soient attaché à la possibilité de détenir une arme de défense personnelle, comment justifier la vente presque libre d'armes automatiques et semi automatiques qui sont des armes d'attaque et de destruction. L'argument de la défense personnelle ne tient pas. Georges Busch porte une très lourde responsabilité pour avoir à nouveau autorisé ces armes en 2004. 

Ensuite, il faut que la procédure d'achat soit beaucoup plus stricte, qu'un registre existe et que les Etats n'aient pas toute latitude pour céder aux lobbies et groupes de pression locaux. Mais restons réalistes : une réglementation plus stricte n'est pas la solution miracle. Les Norvégiens en savent quelque chose.

10/12/2012

Berlusconi - l'éternel retour

Combien d'Italiens seront prêts à soutenir un éventuel retour de Silvio Berlusconi à la présidence du Conseil ? Ce triste sire, ou plutôt cire devrait-on dire tant son visage semble refait et maquillé pour effacer les traits de l'âge, prétend revenir avec ses promesses de vendeur à la criée.

A-t-il une ambition pour l'Italie ou cherche-t-il à profiter à nouveau de l'imunité pénale que le pouvoir pourrait lui apporter ? Lui qui a, pendant ses cinq précédents mandats, sans cesse cherché à modifier la loi en sa faveur afin d'échapper à la justice. En démocratie, il a bien le droit d'utiliser les possibilités que lui offre la loi. Mais quelle tristesse de voir cet illustre pays menacé à nouveau et peut-être tenté par une nouvelle séance de Grand-Guignol à sa tête. On peut espérer que les électeurs italiens auront le bon sens se mettre un point final à une aventure qui leur a fait tant de mal. L'Europe, quoi qu'on en pense, n'a pas besoin d'un nouveau désastre sur son flanc sud. 

07/05/2009

La 5ème session du Conseil des droits de l'homme examinera le Vietnam le 8

 

Trente quatre ans après l'unification du pays, plus de vingt ans après la politique dite d'ouverture « Doi moi » économique et touristique, le Vietnam va devoir s expliquer sur ses violations des droits de l'homme. Rapport accablant des ONG sur place. Le Vietnam sera examiné le 8 mai 2009 au cours de la 5ème session du Conseil des droits de l'homme qui se tiendra au Palais des Nations de Genève du 4 au 15 mai prochains. Les trois pays examinateurs pour le Vietnam sont le Burkina Faso, le Canada et le Japon. Le rapport des ONG dont Amnesty International, Human Rights Watch,  International Federation of Human Rights, Viet Nam Committee on Human Rights,  PEN International est accablant. 

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19/07/2008

Perfidie, crime de guerre et abus de l'emblème de la Croix-Rouge

Pour avoir travaillé une bonne dizaine d'années en situation de conflit sous la protection de l'emblème de la Croix-Rouge, j'affirme qu'en abuser est extrêmement grave parce que cela affaiblit sa valeur, incite les parties en conflit à ne plus le respecter et risque fort de coûter la vie à des innocents (au sens de personnes protégées) qui se sont mis ou ont mis les leurs sous la protection de cet emblème : des civils, des blessés, des sanitaires. Ce n'est ni une plaisanterie ni un caprice d'humanitaire. En plus, ce principe de base du droit humanitaire internationnal découle directement de l'oeuvre d’Henri Dunant (et de son Comité).*

C'est se laisser aller sur une pente dangereuse que de justifier un crime par un autre, de peser l'un à l'aune de l'autre. Ou même de justifier l’usage de méthodes prohibées par le but recherché. Le droit humanitaire établit des règles pour tous, dès lors qu’ils prennent part à un conflit armé, qu’il soit interne ou international. En Colombie, toutes les parties y compris le gouvernement parlent depuis des dizaines d’années de conflit armé.

Alors oui, il ne fait aucun doute que la prochaine fois, le milicien, le guérillero et même le soldat (puisque nous l’avons fait, les autres le peuvent aussi !) aura un affreux doute à la vue d’un hélicoptère, d’un véhicule ou d'un homme portant l’emblème protecteur de la Croix-Rouge. Et comme la décision de tirer ou non doit parfois se prendre très rapidement et dans un état de stress, certains tireront parce qu’ils auront à l’esprit les exemples d’abus.

Les autorités colombiennes reconnaissent la violation et l’attribuent à une initiative individuelle. Chacun est libre de croire cette version ou non. EIles n’ont, à ma connaissance, pas ouvert de procédure judiciaire ni même disciplinaire. Dont acte. Mais il est des commentateurs qui tentent de minimiser la violation, de l’excuser ou même de la justifier. Même si c’est leur droit le plus strict de l’exprimer, je pense que cette position est juridiquement fausse et éthiquement insoutenable.


* « Tout usage qui n’est pas expressément autorisé par le droit humanitaire constitue un abus de l’emblème. (...) la perfidie, qui consiste à utiliser l’emblème en temps de conflit pour protéger des combattants ou du matériel militaire ; l’usage perfide de l’emblème constitue un crime de guerre dans un conflit armé tant international que non international. L’abus de l'emblème à titre protecteur en temps de guerre met en péril le système de protection instauré par le DIH."
(site du CICR : http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/5QKLEB)

16/04/2008

Berlusconi au pouvoir : le pas en arrière

N'en déplaise à Pascal Décaillet, la victoire du parti mené par Silvio Berlusconi aux élections législatives italiennes est bien un pas en arrière. Voici pourquoi. En bon polémiste, le chroniqueur s’est choisi un angle d’attaque percutant : critiquer le bilan, les méthodes ou la personnalité du futur président du Conseil serait faire preuve d’un gauchisme obscurantiste qu’il attribue un peu facilement aux media publics qu’il aime tant critiquer.

Il est évident que les Italiens ont fait un choix souverain et que Sua Emittenza sera légitimement portée au pouvoir. Pourtant, l’horrible confusion des intérêts entre les affaires privées de l’industriel et le gouvernant perdure même s’il a, pour la galerie, renoncé juridiquement à la possession et à la direction de son empire. Un homme qui a mis pendant des années toute l’Italie à sa merci par le contrôle direct des quatre principales chaînes de télévision privées et publiques, qui s’est taillé sur mesure des lois d’amnistie pour mettre fin aux poursuites qui le menaçaient en tant qu’homme d’affaire. Confirmer un tel homme au pouvoir, ce n’est certainement pas faire un pas en avant.

Et puis, porter à un tel poste, dans un pays en crise, un homme qui a très largement passé l’âge de la retraite et qui s’est construit à coup de chirurgie plastique une allure d’animateur de supermarché, c’est clairement un pas en arrière.

Si l’on décide que le Peuple a toujours raison, ceux qu’il désigne pour le gouverner sont toujours les plus aptes à bien le faire et, par définition, c’est ce qu’ils font. L’histoire a régulièrement montré que cette thèse était fausse. Par conséquent, le Peuple peut se tromper dans le sens où il est possible qu’il se fonde, pour prendre sa décision, sur des informations fausses, présentées sous un seul angle ou incomplètes. Il peut aussi avoir choisi de croire à une histoire qui lui fait du bien à ce moment-là de son histoire politique ou qui lui évite de se confronter à des réalités déplaisantes.

Comme c’est son droit les plus strict, Monsieur Décaillet a pris l’habitude de saluer tous les pas en arrière depuis un certain 12 décembre, avec une admirable régularité.

18/02/2008

Kosovo, patriotisme et nationalisme

Les aigles noirs sur fond rouge qui flottaient ce dimanche sur les places des villes de suisse et aux fenêtres des voitures inspiraient un sentiment ambigu. On peut bien sûr se réjouir avec un peuple qui affiche une vraie joie de pouvoir proclamer son indépendance, pleine de dangers et de défis à très court terme.

 

On peut aussi s’inquiéter de ce que ce sentiment légitime qui s’est constitué dans l’opposition à un Etat considéré comme étranger ne sache pas prendre un virage positif. Je me suis toujours méfié du nationalisme, par opposition au patriotisme. Le premier est souvent négatif et se construit par l’exclusion ou la peur de l’autre. Le second découle en général de l’appréciation qu’un individu ou un peuple a pour son coin de terre ou son pays et implique l’ouverture et l’acceptation de l’autre.

 

Si l'on ose un parallèle sportif, l’état d’esprit manifesté par les amateurs de rugby contraste radicalement avec celui des supporters des matches de football. Les premiers aiment leur sport au point d’apprécier les exploits de l’adversaire tandis qu’une bonne partie des seconds tient par-dessus tout à la victoire. Dans un cas, les spectateurs se mélangent sans heurts, dans l’autre, grillages et bataillons de policiers casqués séparent les groupes de supporters.

 

Il faut souhaiter que les nouveaux citoyens de Kosovo sauront montrer que leur joie relève du patriotisme et non du simple nationalisme. Le sort qu’ils réserveront à la minorité serbe du Kosovo sera déterminant pour savoir si les célébrations de cette fin de semaine relèvent plutôt du rugbyman ou du hooligan. Et que les authentiques amateurs de football me pardonnent la comparaison.

07/01/2008

Annulation du Dakar : une malheureuse bénédiction

L'année commence bien : le Quelquepart-Dakar n'aura pas lieu ! Les milieux proches du sport automobile tentaient sans honte hier soir de nous convaincre que l'annulation du dit-rallye était une perte pour l'Afrique.

Soyons clairs : c'est une perte pour ceux qui avaient investi de l'argent, du temps, de l'énergie ou de la passion dans sa préparation ou son organisation, concurrents ou organisateurs, un point c'est tout.  Pour tous les autres, c'est une bénédiction. Ce cirque obscène ne pouvait même plus se prévaloir du parfum des précurseurs. Des quelques voitures et motos de ses débuts, le monstre a enflé pour faire défiler des centaines de véhicules de course, des camions (suprême non-sens, écologique et sécuritaire), une assistance motorisée énorme, une flotte aérienne démentielle et une véritable caravane médiatique.  Quel pays développé accepterait un tel cirque sur ton territoire ?

Et la longue liste des alibis mensongers :

- Une bonne publicité pour le continent ? éventuellement pour quelques dirigeants qui auraient démontré leur capacité à assurer la sécurité (avec le succès que l'on sait !) Pour le reste, l'Afrique veux-t-elle être vue au bord d'une piste à regarder passer de la tôle poussiéreuse et pétaradante ?

- Un avantage économique ? on nous ne fera pas croire que la caravane se ravitaille à la supérette du coin ou fait le plein sur place.

- Des actions humanitaires ? Que sont quelques pompes à eau larguées ici ou là en regard des pistes défoncées, des enfants happés et de la pollution occasionnée ?

- La connaissance de l'Afrique ? les concurrents auront-ils vu ou connu autre chose que le reflet d'eux-mêmes et des kilomètres de poussière ? L’aventure ? Il y a moins envahissant que ces milliers de kilomètres motorisés.

- Et le Nord veut-il être perçu comme cela par le continent africain ?

Une seule tragédie cette année : la course n'a pas été annulée pour ces raisons qui, chacune, aurait été suffisante pour la remettre en question. Malheureusement, c'est encore une fois une menace sécuritaire, le pire des motifs qui restera dans les annales, évitant un jugement sur le fond