22/11/2016

Social : plus ou mieux ?

Il y a quelques mois, j'ai eu l'occasion de participer à une grande manifestation réunissant la majorité des acteurs sociaux de la région, privés, associatifs et publics, afin de réfléchir à ce qui pourrait être fait dans le domaine ces prochaines années. L'expérience fut fascinante. En partie parce que les idées émises puis discutées étaient variées et parfois très intéressantes. En partie seulement : c'est un autre point qui a retenu mon attention.

Parmi les dizaines de projets évoqués, tous se proposaient de lancer une nouvelle activité, un nouveau programme, un nouvel outil. Tous étaient destinés à être menés par une nouvelle entité à créer puis à doter de moyens humains et matériels. Je n'ai entendu aucune suggestion de ces professionnels ou responsables associatifs visant à améliorer quelque chose qui existait déjà ou à faire la même chose avec moins de moyens ou de personnel. 

J'en suis ressorti avec l'impression que pour la très grande majorité des participants, la question du financement était tout à fait secondaire. Comme si se poser la question du rapport entre la dépense publique et l'effet attendu sur les bénéficiaires était presque indécent ou grossier. 

J'en suis ressorti avec la solide impression qu'il y avait là une partie de l'explication au fait que Genève dépense au bas mot 30% de plus que Zurich pour des tâches identiques. Et un vague soupçon que cet état d'esprit n'était pas tout à fait étranger à la dette abyssale que Genève fait peser sur la tête de ses enfants pour les générations à venir.

24/10/2016

Taxe sur le sucre ? Oui, mais pas n'importe comment.

Taxer doit être un ultime recours. L'idéal, c'est l'information et la sensibilisation. Mais celle-ci a aussi ses limites quand on sait quels efforts certains secteurs de l'industrie alimentaire sont prêts à faire pour nous faire acheter des aliments qui finissent pas nous faire du mal. Et les plus vulnérables sont les plus modestes. Ce n'est pas un hasard si les zones de pauvreté à Genève sont également celles où l'obésité est la plus présente (étude basée sur le Bus santé des HUG, publiée en février 2013). Voulons-nous suivre l'exemple des Etat-Unis où n'importe quelle réunion publique nous montre une proportion d'obèses effrayante ? 

On sait que le prix est la variable la plus efficace pour influencer un comportement. Alors je dis oui à l'idée d'une taxe. Mais pas n'importe comment. Les sommes collectées doivent être rendues par d'autres moyens et pas seulement consacrées à la prévention car l'augmentation du prix est déjà une mesure de prévention. Ces sommes doivent être rendues par des baisses de primes maladie ou une baisse de la fiscalité. La méthode choisie aura bien entendu une signification politique puisque tous les modes de restitution ne bénéficieront pas exactement aux mêmes personnes. Le "mais", c'est la condition de ne pas augmenter le taux global des prélèvements. La France, la Finlande et la Hongrie l'ont fait, la Grande-Bretagne, l'Afrique du Sud et les Philippines s'y préparent.

De grands groupes alimentaires ont lancé une initiative basée sur le volontariat et l'autodiscipline qui vise à restreindre les campagnes de publicité destinées directement aux enfants. C'est bien, mais Il faut que ces initiatives soient contrôlées par une instances indépendants pour éviter les purs effets d'annonce. Mais il faut aussi que les producteurs s'engagent à produire des aliments plus sains et améliorent l'affichage des qualités nutritionnelles de leurs produits, pour que le consommateur puisse aussi faire un choix éclairé. 

15/01/2016

Quand le MCG joue Paris contre Genève et la Région

J'ai de la peine à comprendre : pourquoi Roger Golay défend-il un projet aussi idiot que la dénonciation de l'accord de 1973 avec la France sur l'imposition des travailleurs frontaliers qui nous est si favorable ? Le président du MCG qui est une personne de bon sens risque sa crédibilité dans cette affaire. Juste parce que son président d'honneur (de leçons) veut à tout prix taper sur la France et les frontaliers ? 

Il y a plusieurs raisons de combattre cette initiative idiote et dangereuse. J'en retiens deux : 

1. si on passe au système que veut l'initiative, c'est la France (celle de Paris) qui percevra l'impôt et les communes de résidence des frontaliers ne verront jamais la couleur de ces millions. Ils auront disparu dans les comptes de la Nation, largement déficitaires. Les projets de ces communes seront dans les limbes, c'est la région qui perdra. Est-ce ce que veut Roger Golay ? Je ne peux pas le croire.

2. Si on passe au système Stauffer, c'est la France (de Paris) qui maitrisera les versements. Et je souhaite bonne chance à nous autorités, quelles qu'elles soient, pour récupérer ces fonds à Paris...

Alors de grâce, est-ce que le plaisir de taper sur la France et de se payer un nouveau tour de manège médiatique vaut vraiment la peine de faire perdre plusieurs centaines de millions à Genève et aux communes frontalières ? Je ne peux pas croire que ce soit ce que veut Roger Golay.

23/12/2015

Le climat, les catastrophes et le marché

Lentement, le monde commence à réaliser que le changement climatique et la pollution ne sont pas des questions réservées au 22ème siècle. Après nous le Déluge, vraiment ? Pas si sûr.

Au Sénégal, des habitations sont rongées par les vagues, des bâtiments de la côte atlantique française ne sont plus habitables et devraient finir par être mangées par la mer, nos Alpes restent terriblement vertes en ce Noel 2015. L'année dernière,  j'avais encore fait du VTT à 1800m d'altitude un 23 décembre et je recommencerai cette année. Le permafrost fond, les alpinistes peuvent se faire du souci pour leur terrain d'exercice. C'est bien plus dramatique dans un pays comme le Bengladesh où une grande partie de la population vie à quelques centimètres au dessus du niveau de la mer. La zone pratiquement plate du delta du Gange envahie par les eaux salées enverra sur les routes des millions de réfugiés climatiques. Et là, on ne parlera plus de quelques centaines d'îliens du pacifique mais des millions de pauvres, vivant dans une zone déjà très densément peuplée.  

A Paris, on s'est mis d'accord. Bravo à la diplomatie française. Ca vaut ce que ça vaut, mais il y a des signes nouveaux que de grands acteurs bougent. Les citadins chinois étouffent dans la pollution. Le site www.aqicn.org permet de suivre en direct les valeurs du Air Quality Index (AQI) dans des centaines de villes du monde. Les cités chinoisent descendent rarement au dessous de "unhealthy"... Les marchés financiers commencent à réagir, les gros investisseurs semblent se détourner des valeurs boursières irrespectueuses de l'environnement. La Californie sent la sécheresse arriver, la taille moyenne des voitures US baisse, les centrales solaires se multiplient, l'éolien de développe. C'est tard mais c'est bien. Un mélange de catastrophes et de bonne nouvelles pour cette fin d'année 2015.

02/10/2015

Cassis de Dijon, piège à ...

Il est dommage que le Parlement fédéral n'ait pas saisi l'occasion corriger une erreur qui date de 2010 : l'application aux produits alimentaires du principe du Cassis de Dijon. Une bonne idée à l'origine qui a eu pour la Suisse et en particulier son agriculture, des effets désastreux : la règle permet l'entrée libre en Suisse de produits qui respectent des normes légales dans l'un des autres Etats de l'UE. Cela permet à des produits de bien moindre qualité d'entrer sur le marché suisse et de casser les reins de nos producteurs qui font l'effort de produire de la qualité. La Fédération romande des Consommateurs (FRC), dont je préside la section genevoise, s'est battue à Berne pour qu'on corrige cette aberration afin que les consommateurs ne soient plus trompés sur la marchandise qu'il achètent. Elle n'a malheureusement pas (encore) été suivie.

Eliminer les entraves technique au commerce, oui, mais pas au détriment de la qualité et de notre agriculture. 

13/08/2015

Aéroport : la qualité d'abord

Qui n'avance pas recule. Les investissements dans notre aéroport international sont absolument nécessaires car le monde bouge. Des concurrents très performants se renforcent, les visiteurs de notre cité mais surtout ceux qui viennent pour des raisons professionnelles sont habitués à des conditions en constante amélioration. La Genève internationale, commerciale et diplomatique a absolument besoin d'un aéroport performant. Nous avons la chance d'en avoir un. Selon la newsletter de juillet de la Chambre de Commerce, l'AIG propose 134 destinations, 57 compagnies aériennes, 930 emplois directs et près de 10'000 emplois induits, un chiffre d'affaire de plus de 400 millions. C'est remarquable. Mais cela représente 187'596 mouvements en 2014. 

Je vis assez près de l'aéroport pour toujours l'entendre mais pas assez pour en souffrir vraiment. Par contre, pour des dizaines de milliers de nos concitoyens, l'AIG représente des nuisances ou très importantes. Nous n'avons pas le droit de l'oublier. Comme habitant de la rive droite, il est de mon devoir de prendre en compte cet aspect de notre développement pendant la campagne nationale de cet automne, et peut-être en tant que représentant qu'élu genevois. On va parler d'économie, de croissance, c'est normal. Pour notre aéroport, on devra aussi de se demander quelle croissance nous voulons. 

Croissance en qualité ou en quantité ? J'emploie souvent le terme de prospérité, qui implique en plus de l'aisance matérielle, une certaine qualité de vie, un égard pour la manière dont nous pouvons jouir des fruits de notre travail. Je précise que cette petite réflexion se limite aux nuisances directes. La pollution générée par le trafic aérien est une autre question plus large encore. 

Rapportée à l'AIG, la question peut se résumer ainsi : veut-on un 2ème vol hebdomadaire vers Peking, Seattle ou Djakarta, ou plutôt un 12ème vers Majorque ou Ibiza. Ou pire, ces vols tellement courts qu'on a à peine le temps de monter qu'il faut déjà préparer la descente. Ou encore, posée autrement, la question pourrait être : si nous avions un nombre limité de vols à disposition, à quelles destinations (et donc à quels usages) les consacrerions-nous ?

Hors de tout dogmatisme ou idéologie, la question mérite d'être posée à tous. Qu'ils soient ou non concernés par l'usage, les bénéfices ou les nuisances de notre aéroport. 

09/02/2015

Deux poids, deux mesures

Les temps changent et ont déjà changé. Les pratiques de 2006-2007 n'ont plus cours et c'est une bonne chose. Pour autant que l'on se pose deux questions et qu'on y apporte une réponse suffisante : 

Tout d'abord, est-il normal que l'on puisse réaliser à Londres et dans d'autres destinations insulaires et ensoleillées, voire même dans certains états des Etats-Unis des opérations de placement anonymes et fiscalement légères, cela même que l'on reproche actuellement à quelques banques d'avoir réalisé avec la Suisse pour base il y a plusieurs années ? Le député Stauffer l'a justement relevé dans la TdG. Il est assez rare que je sois vraiment d'accord avec lui pour le relever. Si l'on veut nous appliquer de "nouvelles règles", il faut qu'elles soient les mêmes pour tout le monde, que l'on soit un petit Etat isolé au centre de l'Europe, une grande puissance maritime (actuelle ou ancienne) ou un confetti ensoleillé couvert de palmiers et de boîtes aux lettres. 

Deuxièmement, il faut s'interroger sur le niveau de l'imposition. Plus la fiscalité devient lourde, plus la tentation de tout faire pour y échapper est forte. C'est d'autant plus vrai quand le contribuable ne comprend plus où va sa contribution, ne fait plus le lien entre ce qu'il paie et la manière dont l'Etat en fait usage. Heureusement, en Suisse, nous avons assez souvent l'occasion de nous prononcer sur la manière dont l'Etat gère les fonds publics mais aussi sur l'impôt lui-même, un cas unique au monde. Mais ce n'est pas le cas partout. La France est un bon (mauvais) exemple : fiscalité lourde, Etat pléthorique et peu efficace. Sans participation populaire aux décisions sur le fond. 

Je suis toujours convaincu que nos autorités doivent bien plus fermement utiliser publiquement les incohérences de ceux qui veulent nous imposer des règles qu'ils ne s'appliquent pas à eux-mêmes. Mais plus encore éviter de décréter un Swiss Finish qui va au-delà de ce que l'on nous demande.

12/09/2014

Blanc ou plus blanc que blanc ?

La Suisse oscille constamment entre opportunisme et autoflagellation. Petit pays neutre, travailleur, stable et bien géré, bien situé au coeur d'un continent développé et pour l'instant pacifié. Nous avons dans le passé bénéficié de tous ces avantages hérités mais aussi gagnés par le talent, le travail et l'habileté. Voila pour le côté opportuniste et méritant. 

Puis vient l'autoflagellation. Sous diverses influences, parfois moralisantes, parfois honnêtes, parfois cyniques et pilotées par nos concurrents, eux-mêmes pas exempts de tout reproche, nous avons tendance à ne voir chez nous que ce qui est discutable. A jeter avec l'eau du bain le bébé que ces concurrents, postés sous nos fenêtres, veulent nous voir jeter pour mieux le récupérer pour leur propre bénéfice. 

Qu'il s'agisse de la fiscalité internationale, de l'industrie financière, du commerce ou la production de matières premières, je pense qu'il faut aller vers plus de justice et limiter les abus qu'un certain libéralisme dévoyé peut engendrer. J'entends par là, le libéralisme qui a oublié que liberté n'allait pas sans responsabilité. Par contre, il serait idiot de saborder naïvement des secteurs entiers de notre économie pour les voir repris sans aucun scrupule par nos concurrents chinois, étasuniens ou même européens.  

Avancer, oui, mais pas n'importe comment.

10/02/2014

Des leçons et un énorme paradoxe

Il y a plusieurs enseignements à tirer du vote de ce weekend et un énorme paradoxe.

Tout d'abord, noter que notre système démocratique est extraordinaire. On ose débattre de tout (parfois de rien), puis le peuple vote, ce que la plupart de nos voisins ne font pas. Nous pouvons en être fiers.  

Puis constater qu'il y a plusieurs Suisse : celle dessinée par les régions linguistiques mais surtout le fossé qui sépare les villes des campagnes. Une Suisse confiante et une Suisse méfiante. Celle de ceux qui sont en charge de faire fonctionner le pays avec la part de compromis parfois douloureux que cela implique et ceux qui s'offrent le plaisir de coups de gueule dont d'autres devront gérer les conséquences. 

C'est là que se trouve l'énorme paradoxe : il reviendra à ceux qui se sont le plus engagés contre l'initiative de gérer les conséquences de son acceptation. Sauf à jouer la politique du pire, ils seront contraints de se battre pour donner raison aux initiants qui affirment que l'on peut tout renégocier avec l'UE et que l'initiative va faire du bien à notre pays. C'est certainement ce profond malaise qu'a voulu exprimer assez logiquement le PLR suisse en proposant de confier à M. Blocher le soin l'aller négocier à Bruxelles les suites de son initiative. Un Blocher qui, il n'y a pas si longtemps, ne jurait que par une voie bilatérale qu'il saccage actuellement. 

21/08/2013

Le SIT préfère l’assistance au travail

Camouflé derrière la défense des travailleurs et des chômeurs, soutenu par SolidaritéS comme la corde soutient le pendu, le Syndicat indépendant des Travailleurs (SIT) cherche à détruire les efforts faits pour remettre au travail les chômeurs en fin de droits ou ceux qui ont été exclu du monde du travail. Pour le SIT, mieux vaut l’assistanat que le travail tel que le propose l’association Partage. Je suis allé à leur rencontre et me suis informé de leurs activités il y a plusieurs mois. Vincent Gall, Marc Nobs et leur équipe font un travail remarquable pour redonner une dignité par l’emploi. Les missions que réalisent les collaborateurs de Partage respectent les principes du développement durable et sont fondamentalement utiles à la société tout entière : collecte écologique des déchets dans plusieurs communes, récolte, conditionnement et redistribution des restes alimentaires aux associations d’intérêt public, transport des objets trouvés des postes de police vers le bureau des objets trouvés de Rive (alors que jusqu'à présent, des policiers et leurs véhicules étaient mobilisés pour cela).

C’est malheureusement une tendance générale à Genève :  ceux qui vivent de la crise cherchent à la prolonger. Le SIT pense être plus fort quand le chômage est élevé, quand les projets de reinsertion ne fonctionnent pas. De même, l’Asloca trouve un peu trop sa raison d’être dans la crise du logement,  ses spadassins font tout pour bloquer les projets de construction ou congeler le marché immobilier à l’aide de la funeste LDTR.

 Je suis convaincu qu’il existe une troisième voie entre l’assistanat qui rend passif et le capitalisme sauvage. Une économie profitable qui n’oublie pas l’Humain. C’est, entre autres, l’Economie Sociale et Solidaire. Encore faudrait-il que les conservateurs de tous bords ne la sabottent pas pendant son adolescence.