Economie et fiscalité

  • Ouverture des commerces - une guerre de retard

    La polémique en cours sur les 3 dimanches est à la fois désastreuse et hors sujet. Je m'explique. Les syndicats croient ou prétendent se battre pour la défense des conditions de travail des employés du secteur de la vente. Je pense qu'ils ont une guerre de retard. Si l'on considère les chiffres d'affaires énormes des supermarchés de Cornavin et de l'Aéroport, la fréquentation constante y compris jusqu'à 23h de celui de la gare, on comprend bien qu'il y a un véritable besoin de flexibilité des horaires qui va bien au-delà des seuls dimanches de décembre.

    Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir faire nos achats quotidiens en revenant d'une séance tardive, d'une conférence ou d'un spectacle. Il n'y a là rien qui relève d'un consumérisme forcené. Même l'idée qu'on ne doit pas tout sacrifier à la Consommation ne devrait pas nous empêcher d'avoir un peu de flexibilité. Selon la CCT qu'Unia  a refusé de signer, les employés qui travaillent dans ces périodes décalées sont compensés au double du salaire. Je suis certain que l'offre intéresse de nombreux employés, et certainement encore plus d'étudiants à la recherche d'un petit job. 

    Je crains donc que cette crise ne soit avant tout souhaitée par des représentant syndicaux d'une nouvelle génération qui voient dans cette crise qu'ils ont voulue l'occasion de démontrer qu'ils sont légitimes et "font leur boulot". Ce faisant, ils risquent d'affaiblir tout le secteur du commerce genevois, qui souffre du tourisme d'achat, de l'e-commerce et, dans une certaine mesure du franc encore fort.  Sans compter les boutiques des dépanneurs, sans employés salariés, qui peuvent rester ouvertes bien plus longtemps. Les habitudes de consommation ont changé, il faut s'y adapter en souplesse. Pour cela il faut des syndicats modernisés. Les Allemands ont montré la voie d'un dialogue social puissant et responsable : les résultats sont là, pour l'industrie, le commerce et la santé de l'économie.

    Alors que partout dans le monde, on trouve des solutions pour que le commerce de détail réponde aux besoins des clients, à Genève, quelques une nous entraînent dans une spirale mortifère. Vraiment dommage. 

  • Apprendre de ses erreurs

    L'incroyable aventure de l'accession de Emmanuel Macron à la présidence française nous démontre une chose, qu'on l'aime ou non : il apprend très vite et ne fait jamais deux fois la même erreur. C'est certainement une caractéristique tirée du monde des jeunes entreprises, des startup et de la modernité en général. On a le droit de se tromper car l'erreur ou l'échec est obligatoirement liée à l'audace et à l'exploration. Notre capacité à en tirer le meilleur est déterminante. Dans toutes les circonstances. Exemple : le soir du premier tour, le candidat Macron oublie s'adresse à quelques milliers de ses supporters et leur tient un discours assez personnel et politiquement assez léger. Il a just oublié qu'il y a aussi 15 millions de Français devant leur écran. Ils attendent plus que des bras levés et des bisous à Brigitte. Ils ont raison. Le candidat s'est trompé de discours parce qu'il a mal évalué son audience. C'est corrigé à l'issue du second tour où il pousse loin la gravité de l'instant devant la Pyramide du Louvre. 

    Cette capacité à apprendre vite devrait être utile au nouveau Président et à la France, pour autant qu'il parvienne à la transmettre à ses équipes et à son gouvernement. Qu'ils ne cèdent pas à une certaine ivresse que peut donner le succès électoral. Le défi du bon candidat consiste à se transformer en bon gouvernant, deux rôles qui ne sont pas toujours compatibles

  • Social : plus ou mieux ?

    Il y a quelques mois, j'ai eu l'occasion de participer à une grande manifestation réunissant la majorité des acteurs sociaux de la région, privés, associatifs et publics, afin de réfléchir à ce qui pourrait être fait dans le domaine ces prochaines années. L'expérience fut fascinante. En partie parce que les idées émises puis discutées étaient variées et parfois très intéressantes. En partie seulement : c'est un autre point qui a retenu mon attention.

    Parmi les dizaines de projets évoqués, tous se proposaient de lancer une nouvelle activité, un nouveau programme, un nouvel outil. Tous étaient destinés à être menés par une nouvelle entité à créer puis à doter de moyens humains et matériels. Je n'ai entendu aucune suggestion de ces professionnels ou responsables associatifs visant à améliorer quelque chose qui existait déjà ou à faire la même chose avec moins de moyens ou de personnel. 

    J'en suis ressorti avec l'impression que pour la très grande majorité des participants, la question du financement était tout à fait secondaire. Comme si se poser la question du rapport entre la dépense publique et l'effet attendu sur les bénéficiaires était presque indécent ou grossier. 

    J'en suis ressorti avec la solide impression qu'il y avait là une partie de l'explication au fait que Genève dépense au bas mot 30% de plus que Zurich pour des tâches identiques. Et un vague soupçon que cet état d'esprit n'était pas tout à fait étranger à la dette abyssale que Genève fait peser sur la tête de ses enfants pour les générations à venir.

  • Taxe sur le sucre ? Oui, mais pas n'importe comment.

    Taxer doit être un ultime recours. L'idéal, c'est l'information et la sensibilisation. Mais celle-ci a aussi ses limites quand on sait quels efforts certains secteurs de l'industrie alimentaire sont prêts à faire pour nous faire acheter des aliments qui finissent pas nous faire du mal. Et les plus vulnérables sont les plus modestes. Ce n'est pas un hasard si les zones de pauvreté à Genève sont également celles où l'obésité est la plus présente (étude basée sur le Bus santé des HUG, publiée en février 2013). Voulons-nous suivre l'exemple des Etat-Unis où n'importe quelle réunion publique nous montre une proportion d'obèses effrayante ? 

    On sait que le prix est la variable la plus efficace pour influencer un comportement. Alors je dis oui à l'idée d'une taxe. Mais pas n'importe comment. Les sommes collectées doivent être rendues par d'autres moyens et pas seulement consacrées à la prévention car l'augmentation du prix est déjà une mesure de prévention. Ces sommes doivent être rendues par des baisses de primes maladie ou une baisse de la fiscalité. La méthode choisie aura bien entendu une signification politique puisque tous les modes de restitution ne bénéficieront pas exactement aux mêmes personnes. Le "mais", c'est la condition de ne pas augmenter le taux global des prélèvements. La France, la Finlande et la Hongrie l'ont fait, la Grande-Bretagne, l'Afrique du Sud et les Philippines s'y préparent.

    De grands groupes alimentaires ont lancé une initiative basée sur le volontariat et l'autodiscipline qui vise à restreindre les campagnes de publicité destinées directement aux enfants. C'est bien, mais Il faut que ces initiatives soient contrôlées par une instances indépendants pour éviter les purs effets d'annonce. Mais il faut aussi que les producteurs s'engagent à produire des aliments plus sains et améliorent l'affichage des qualités nutritionnelles de leurs produits, pour que le consommateur puisse aussi faire un choix éclairé. 

  • Quand le MCG joue Paris contre Genève et la Région

    J'ai de la peine à comprendre : pourquoi Roger Golay défend-il un projet aussi idiot que la dénonciation de l'accord de 1973 avec la France sur l'imposition des travailleurs frontaliers qui nous est si favorable ? Le président du MCG qui est une personne de bon sens risque sa crédibilité dans cette affaire. Juste parce que son président d'honneur (de leçons) veut à tout prix taper sur la France et les frontaliers ? 

    Il y a plusieurs raisons de combattre cette initiative idiote et dangereuse. J'en retiens deux : 

    1. si on passe au système que veut l'initiative, c'est la France (celle de Paris) qui percevra l'impôt et les communes de résidence des frontaliers ne verront jamais la couleur de ces millions. Ils auront disparu dans les comptes de la Nation, largement déficitaires. Les projets de ces communes seront dans les limbes, c'est la région qui perdra. Est-ce ce que veut Roger Golay ? Je ne peux pas le croire.

    2. Si on passe au système Stauffer, c'est la France (de Paris) qui maitrisera les versements. Et je souhaite bonne chance à nous autorités, quelles qu'elles soient, pour récupérer ces fonds à Paris...

    Alors de grâce, est-ce que le plaisir de taper sur la France et de se payer un nouveau tour de manège médiatique vaut vraiment la peine de faire perdre plusieurs centaines de millions à Genève et aux communes frontalières ? Je ne peux pas croire que ce soit ce que veut Roger Golay.

  • Le climat, les catastrophes et le marché

    Lentement, le monde commence à réaliser que le changement climatique et la pollution ne sont pas des questions réservées au 22ème siècle. Après nous le Déluge, vraiment ? Pas si sûr.

    Au Sénégal, des habitations sont rongées par les vagues, des bâtiments de la côte atlantique française ne sont plus habitables et devraient finir par être mangées par la mer, nos Alpes restent terriblement vertes en ce Noel 2015. L'année dernière,  j'avais encore fait du VTT à 1800m d'altitude un 23 décembre et je recommencerai cette année. Le permafrost fond, les alpinistes peuvent se faire du souci pour leur terrain d'exercice. C'est bien plus dramatique dans un pays comme le Bengladesh où une grande partie de la population vie à quelques centimètres au dessus du niveau de la mer. La zone pratiquement plate du delta du Gange envahie par les eaux salées enverra sur les routes des millions de réfugiés climatiques. Et là, on ne parlera plus de quelques centaines d'îliens du pacifique mais des millions de pauvres, vivant dans une zone déjà très densément peuplée.  

    A Paris, on s'est mis d'accord. Bravo à la diplomatie française. Ca vaut ce que ça vaut, mais il y a des signes nouveaux que de grands acteurs bougent. Les citadins chinois étouffent dans la pollution. Le site www.aqicn.org permet de suivre en direct les valeurs du Air Quality Index (AQI) dans des centaines de villes du monde. Les cités chinoisent descendent rarement au dessous de "unhealthy"... Les marchés financiers commencent à réagir, les gros investisseurs semblent se détourner des valeurs boursières irrespectueuses de l'environnement. La Californie sent la sécheresse arriver, la taille moyenne des voitures US baisse, les centrales solaires se multiplient, l'éolien de développe. C'est tard mais c'est bien. Un mélange de catastrophes et de bonne nouvelles pour cette fin d'année 2015.

  • Cassis de Dijon, piège à ...

    Il est dommage que le Parlement fédéral n'ait pas saisi l'occasion corriger une erreur qui date de 2010 : l'application aux produits alimentaires du principe du Cassis de Dijon. Une bonne idée à l'origine qui a eu pour la Suisse et en particulier son agriculture, des effets désastreux : la règle permet l'entrée libre en Suisse de produits qui respectent des normes légales dans l'un des autres Etats de l'UE. Cela permet à des produits de bien moindre qualité d'entrer sur le marché suisse et de casser les reins de nos producteurs qui font l'effort de produire de la qualité. La Fédération romande des Consommateurs (FRC), dont je préside la section genevoise, s'est battue à Berne pour qu'on corrige cette aberration afin que les consommateurs ne soient plus trompés sur la marchandise qu'il achètent. Elle n'a malheureusement pas (encore) été suivie.

    Eliminer les entraves technique au commerce, oui, mais pas au détriment de la qualité et de notre agriculture. 

  • Aéroport : la qualité d'abord

    Qui n'avance pas recule. Les investissements dans notre aéroport international sont absolument nécessaires car le monde bouge. Des concurrents très performants se renforcent, les visiteurs de notre cité mais surtout ceux qui viennent pour des raisons professionnelles sont habitués à des conditions en constante amélioration. La Genève internationale, commerciale et diplomatique a absolument besoin d'un aéroport performant. Nous avons la chance d'en avoir un. Selon la newsletter de juillet de la Chambre de Commerce, l'AIG propose 134 destinations, 57 compagnies aériennes, 930 emplois directs et près de 10'000 emplois induits, un chiffre d'affaire de plus de 400 millions. C'est remarquable. Mais cela représente 187'596 mouvements en 2014. 

    Je vis assez près de l'aéroport pour toujours l'entendre mais pas assez pour en souffrir vraiment. Par contre, pour des dizaines de milliers de nos concitoyens, l'AIG représente des nuisances ou très importantes. Nous n'avons pas le droit de l'oublier. Comme habitant de la rive droite, il est de mon devoir de prendre en compte cet aspect de notre développement pendant la campagne nationale de cet automne, et peut-être en tant que représentant qu'élu genevois. On va parler d'économie, de croissance, c'est normal. Pour notre aéroport, on devra aussi de se demander quelle croissance nous voulons. 

    Croissance en qualité ou en quantité ? J'emploie souvent le terme de prospérité, qui implique en plus de l'aisance matérielle, une certaine qualité de vie, un égard pour la manière dont nous pouvons jouir des fruits de notre travail. Je précise que cette petite réflexion se limite aux nuisances directes. La pollution générée par le trafic aérien est une autre question plus large encore. 

    Rapportée à l'AIG, la question peut se résumer ainsi : veut-on un 2ème vol hebdomadaire vers Peking, Seattle ou Djakarta, ou plutôt un 12ème vers Majorque ou Ibiza. Ou pire, ces vols tellement courts qu'on a à peine le temps de monter qu'il faut déjà préparer la descente. Ou encore, posée autrement, la question pourrait être : si nous avions un nombre limité de vols à disposition, à quelles destinations (et donc à quels usages) les consacrerions-nous ?

    Hors de tout dogmatisme ou idéologie, la question mérite d'être posée à tous. Qu'ils soient ou non concernés par l'usage, les bénéfices ou les nuisances de notre aéroport. 

  • Deux poids, deux mesures

    Les temps changent et ont déjà changé. Les pratiques de 2006-2007 n'ont plus cours et c'est une bonne chose. Pour autant que l'on se pose deux questions et qu'on y apporte une réponse suffisante : 

    Tout d'abord, est-il normal que l'on puisse réaliser à Londres et dans d'autres destinations insulaires et ensoleillées, voire même dans certains états des Etats-Unis des opérations de placement anonymes et fiscalement légères, cela même que l'on reproche actuellement à quelques banques d'avoir réalisé avec la Suisse pour base il y a plusieurs années ? Le député Stauffer l'a justement relevé dans la TdG. Il est assez rare que je sois vraiment d'accord avec lui pour le relever. Si l'on veut nous appliquer de "nouvelles règles", il faut qu'elles soient les mêmes pour tout le monde, que l'on soit un petit Etat isolé au centre de l'Europe, une grande puissance maritime (actuelle ou ancienne) ou un confetti ensoleillé couvert de palmiers et de boîtes aux lettres. 

    Deuxièmement, il faut s'interroger sur le niveau de l'imposition. Plus la fiscalité devient lourde, plus la tentation de tout faire pour y échapper est forte. C'est d'autant plus vrai quand le contribuable ne comprend plus où va sa contribution, ne fait plus le lien entre ce qu'il paie et la manière dont l'Etat en fait usage. Heureusement, en Suisse, nous avons assez souvent l'occasion de nous prononcer sur la manière dont l'Etat gère les fonds publics mais aussi sur l'impôt lui-même, un cas unique au monde. Mais ce n'est pas le cas partout. La France est un bon (mauvais) exemple : fiscalité lourde, Etat pléthorique et peu efficace. Sans participation populaire aux décisions sur le fond. 

    Je suis toujours convaincu que nos autorités doivent bien plus fermement utiliser publiquement les incohérences de ceux qui veulent nous imposer des règles qu'ils ne s'appliquent pas à eux-mêmes. Mais plus encore éviter de décréter un Swiss Finish qui va au-delà de ce que l'on nous demande.

  • Blanc ou plus blanc que blanc ?

    La Suisse oscille constamment entre opportunisme et autoflagellation. Petit pays neutre, travailleur, stable et bien géré, bien situé au coeur d'un continent développé et pour l'instant pacifié. Nous avons dans le passé bénéficié de tous ces avantages hérités mais aussi gagnés par le talent, le travail et l'habileté. Voila pour le côté opportuniste et méritant. 

    Puis vient l'autoflagellation. Sous diverses influences, parfois moralisantes, parfois honnêtes, parfois cyniques et pilotées par nos concurrents, eux-mêmes pas exempts de tout reproche, nous avons tendance à ne voir chez nous que ce qui est discutable. A jeter avec l'eau du bain le bébé que ces concurrents, postés sous nos fenêtres, veulent nous voir jeter pour mieux le récupérer pour leur propre bénéfice. 

    Qu'il s'agisse de la fiscalité internationale, de l'industrie financière, du commerce ou la production de matières premières, je pense qu'il faut aller vers plus de justice et limiter les abus qu'un certain libéralisme dévoyé peut engendrer. J'entends par là, le libéralisme qui a oublié que liberté n'allait pas sans responsabilité. Par contre, il serait idiot de saborder naïvement des secteurs entiers de notre économie pour les voir repris sans aucun scrupule par nos concurrents chinois, étasuniens ou même européens.  

    Avancer, oui, mais pas n'importe comment.