20/06/2016

Brexit : seniors take it all ?

Intéressant de constater que les partisans du Stronger In, soit de rester au sein de l'UE, se trouvent surtout parmi les jeunes, les habitants des villes et, pour des raisons différentes, en Ecosse. D'accord, la démocratie, c'est bien une voix à chaque électeur. Mais sur une décision qui engage tant l'avenir d'une nation à l'horizon 20 ou 30 ans, n'est-il pas préoccupant de voir que ceux qui ne seront en bonne partie plus là à cette période vont peser d'un poids déterminant ? Ne faut-il pas s'inquiéter de ce qu'un sentiment de nostalgie pour une époque qui n'est plus et ne sera plus jamais pousse tant de personnes à couper leur jeunesse et les populations urbaines de leurs liens politiques et économiques avec le reste du Continent ?

Choquant de sembler donner un poids prépondérant aux voix de la jeunesse ? Juridiquement oui. Mais ne se plaint-on pas souvent de ce que la politique est faite pas des hommes âgés. Si c'est vrai dans les Parlements et Conseils, ça doit bien avoir un fond de vérité dans un vote référendaire...

05/01/2016

Pataquès UDC sur l’expulsion

Malgré son succès aux fédérales 2015 ses deux élus au Conseil fédéral, l’UDC pédale dans la semoule : elle va bientôt devoir faire face aux conséquences de ses autres succès en votations : ses élus nationaux se déchirent sur la manière d’appliquer ou de modérer l’impact du vote du 9 février qui met l’économie en difficulté avec le marché européen. Même pataquès sur l’interprétation de l’initiative pour l’expulsion des criminels : concerne-t-elle les secundos ou pas ? MM et Mme Grin, Nidegger et Amaudruz se contredisent. A Forum lundi 5 janvier, la présidente de l'UDC genevoise ne semblait même pas connaitre le texte qu'elle soutient, incapable d'argumenter sur les conséquences de son initiative. 

Le catalogue absurde de deux pages que ce parti, pourtant gouvernemental, nous propose d’introduire dans notre constitution est ridicule. Totalement rigide, il ôtera toute latitude au juge de tenir compte des circonstances du délit. Il frappera indistinctement les crimes graves et les peccadilles. Sous la pression de l’initiative allant dans la même direction et adoptée par le peuple en 2010, le Parlement a déjà adopté un durcissement du régime de l’expulsion en 2015, de sorte que l’initiative sur laquelle nous votons sert avant tout à poursuivre une logique de division de la société suisse et à la mettre volontairement difficulté dans ses discussions avec l’Union européenne.

Il serait plus intelligent de profiter des difficultés que connaît (malheureusement) l’UE actuellement et de voir si ces événements tels que le Brexit, la possible sortie de la Grande-Bretagne, ne seraient pas l’occasion de trouver avec cette nouvelle Europe en gestation un accord à long terme.

Mais il est probablement naïf de croire que ce parti qui vit de l’isolement (alors que son leader Blocher a fait sa fortune avec l’étranger, suprême ironie) et des difficultés qu'il a lui même contribué à accentuer, peut vouloir une solution porteuse d’avenir, lui qui prétend conduire la Suisse avec les deux yeux braqués dans le rétroviseur.

20/10/2015

Halte aux politiques pyromanes !

En Allemagne, les allumés de Pegida s'en prennent à des réfugiés et poignardent Henriette Reker, qui a ensuite été élue maire de Cologne au premier tour. En Israel, un Erythréen de Beersheba est lynché par la foule qui l'a pris pour un assaillant lors d'un attentat. On voit que c'est aussi de l'intérieur de nos sociétés que vient le danger quand on excite la population avec des fantasmes d'invasion et des images  manipulées avec talent. On a vu comment le JT de la télévision hongroise avait reçu la consigne d'éviter toute image touchante qui pourrait susciter la sympathie et pour cela d'éviter de montrer des enfants réfugiés au public. 

Il faut donc faire très attention de ne pas se laisser manipuler par les responsables des partis extrémistes qui ne gagnent que par la peur. Le même raisonnement vaut à Genève où les dirigeants populistes créent eux-même les problèmes pour prétendre ensuite les résoudre. Minarets, invasion étrangère, etc. Ceux qui se plaignent du trafic pendulaire se sont opposé à un financement intelligent de parkings d'échange en France pour des raisons idéologiques. Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre nous même le feu pour venir ensuite jouer les pompiers de service. Ca devrait finir par se voir.

25/05/2014

Elections européennes : seulement 25% pour le FN !

Ce lundi, les analystes diront que 25% des voix pour le FN aux élections européennes, c'est énorme. J'aurais personnellement souhaité que ce fût moins, mais c'est ainsi, le peuple s'est exprimé. Et à ce propos, ceux qui se croient obligés de dire qu'il s'agit "d'un jour sombre pour la démocratie" se trompent. Même s'il nous déplait, ce vote est certainement démocratique.

Au risque de nager à contre-courant, je pense que ce score est finalement assez faible. Voici pourquoi :

1. les partis au pouvoir en France ces dernières années ont montré un visage pathétique. Inconsistance politique du parti socialiste, incurie du gouvernement Ayrault d'un côté, misérable guerre des cheffaillons et troubles affaires financières à l'UMP de l'autre côté. Il est facile au FN de surfer sur cette vague de ratage généralisé, d'autant plus qu'il n'exerce pour l'instant que le ministère de la Parole Facile et n'est pas vraiment jugé sur son programme économique pourtant absurde, notamment la sortie de l'Euro et la restauration des frontières nationales.

2. les gouvernements français successifs et européens en général ont pris l'habitude de se dédouaner de tous leurs échecs et des aléas de la crise sur le dos de Bruxelles. Il est impossible de faire partager et apprécier les succès européens qui sont nombreux et remarquables lorsqu'on passe onze mois sur douze à critiquer les "bureaucrates non élus de Bruxelles". Les électeurs ont en bonne partie voulu sanctionner les faiblesses de leurs dirigeants nationaux lors d'une élection qu'ils considèrent (et que la presse continue de décrire) comme peu importante pour leur avenir immédiat et leur vie quotidienne. Le paradoxe est que jamais une élection européenne n'a été si démocratique ni n'aura eu autant d'impact sur la future Commission européenne. Jamais un Parlement européen n'aura eu autant de pouvoir que celui qui est désigné ce jour.

3. la mondialisation économique en marche, le village global crée par internet et le bouleversement des équilibres géopolitiques qui s'annonce autour de la Vieille Europe désorientent une grande partie des citoyens. Le repli présenté comme possible par les populistes de tous bords devient soudain synonyme de sécurité pour l'électeur moyen. Un nouveau cocooning.

4. la critique est toujours plus facile que l'exercice du pouvoir. Cela se vérifie en France comme à Genève ou en Suisse. Les résultats des 9 février et 18 mai l'ont encore montré.

5. personne n'a su présenter l'aventure de l'Union européenne sous un jour positif. Jacques Delors est probablement le dernier à avoir eu l'épaisseur politique et humaine suffisante pour l'incarner en France.

6. le FN a certainement réussi une véritable mue de son personnel politique, diluant le petit noyau rance de vieux fascistes "historiques" dans une nouvelle masse de néo-conservateurs plutôt xénophobes, islamophobes, isolationnistes et cyniques. Plus jeunes et présentables, ses cadres ont appris à marteler un message simple, voire simpliste, sans paraître douter jamais.

Poussé par toutes ces circonstances favorables, le score du FN, qui marque les esprits et les statistiques électorales, n'est au fond pas si important. J'en veux pour preuve qu'interrogés sur la substance des questions européennes, la majorité des électeurs français ne veulent ni sortir de l'Union, ni quitter l'Euro.

23/02/2014

Révolution et ouverture à Kiev

Ce samedi à Kiev, les Ukrainiens viennent de faire une révolution extraordinaire. De maturité, de sincérité, de dignité et d'ouverture. Indignés par la gloutonnerie du clan Ianoukovitch, devenu le plus riche du pays en trois ans, ils ont pris d'assaut la résidence ubuesque mais n'ont pas cédé à la colère : pas de pillage, pas de destruction. Il voulaient juste constater. Les choses ne se sont pas toujours passé ainsi lors des derniers Printemps et autres révolutions colorées ou fleuries.

Il reste cependant un grand danger : l'Est du pays pourrait être tenté par une aventure séparatiste, pour autant que certains agités se laissent séduire par des promesses poutiniennes plus ou moins ouvertement exprimées. Un soutien russe pourrait lancer cette fois non plus une révolution mais une vraie guerre civile. Espérons que les nouveaux responsables à Kiev sauront tendre une main sincère à leurs frères russophones de l'Est et que la grande Russie restera encore quelques jours toute à la clôture de ses estivaux Jeux d'hiver et à la célébration d'un beau triplé dominical de ses skieurs nordiques.

Et constatons finalement que les motivations des héros de Maidan sont plutôt tournées vers l'extérieur alors que ce qui semble avoir fait "bouger" une petite majorité de nos concitoyens à nous est plutôt l'erection de nouveaux murs législatifs, les murs mentaux étant déjà en bonne voie d'achèvement. Le grand Friedrich Durrenmatt l'énonçait déjà dans son fameux discours prononcé à Ruschlikon le 22 novembre 1990 lors de la remise du Prix Gottlieb Duttweiler au grand Vaclav Havel : les Suisses se sont réfugiés dans une prison dont ils sont à la fois les gardiens et les détenus. Les leçons des grands hommes sont éternelles. 

Et pour terminer, il faut saluer l'excellente couverture des événement de Kiev par France Inter. L'émission spéciale de samedi 22 février entre 19 et 20h était un modèle du genre. Correspondants sur place, intervenants de haute tenue tant à Moscou qu'à Kiev, Berlin et Paris. La radio reste un média extraordinaire quand elle se situe à cette altitude. 

10/02/2014

Des leçons et un énorme paradoxe

Il y a plusieurs enseignements à tirer du vote de ce weekend et un énorme paradoxe.

Tout d'abord, noter que notre système démocratique est extraordinaire. On ose débattre de tout (parfois de rien), puis le peuple vote, ce que la plupart de nos voisins ne font pas. Nous pouvons en être fiers.  

Puis constater qu'il y a plusieurs Suisse : celle dessinée par les régions linguistiques mais surtout le fossé qui sépare les villes des campagnes. Une Suisse confiante et une Suisse méfiante. Celle de ceux qui sont en charge de faire fonctionner le pays avec la part de compromis parfois douloureux que cela implique et ceux qui s'offrent le plaisir de coups de gueule dont d'autres devront gérer les conséquences. 

C'est là que se trouve l'énorme paradoxe : il reviendra à ceux qui se sont le plus engagés contre l'initiative de gérer les conséquences de son acceptation. Sauf à jouer la politique du pire, ils seront contraints de se battre pour donner raison aux initiants qui affirment que l'on peut tout renégocier avec l'UE et que l'initiative va faire du bien à notre pays. C'est certainement ce profond malaise qu'a voulu exprimer assez logiquement le PLR suisse en proposant de confier à M. Blocher le soin l'aller négocier à Bruxelles les suites de son initiative. Un Blocher qui, il n'y a pas si longtemps, ne jurait que par une voie bilatérale qu'il saccage actuellement. 

27/07/2010

Europe : négocier pour avancer

Nous sommes sans doute proches du moment où les bilatérales auront fait leur office : nous permettre de subsister aux marges de l'Union européenne sans trop nous engager, d bénéficier de ses avantages à un coût politique acceptable puisque le peuple à choisi de refuser l'EEE un funeste dimanche de décembre 1992. Si l'adhésion pose quelques problèmes, rester dehors nous en posera de plus en plus ces prochaines années. Membres passifs. contraints de reprendre, de gré ou de force tout l'acquis communautaire parce que nous sommes en Europe mais sans avoir un mot à dire.

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15/06/2008

Un seul vote, par honnêteté politique


Dans le débat à venir sur les relations entre la Suisse et l’Europe, on peut juridiquement argumenter avec une certaine pertinence en faveur de deux votes séparés ou d’un seul. Mais sur le plan politique, en faire deux objets distincts serait mentir à l’électeur en lui laissant croire que l’on peut accepter l’un sans l’autre. Ce n’est pas le cas. On ne peut pas conclure un accord avec une partie seulement d’une entité telle que l’Union Européenne pour laquelle la cohésion et l’intégration des nouveaux états est, à juste titre, si importante.

Même si la voie bilatérale manque d’ambition et met la Suisse sur le porte-bagage de l’Europe, une aventure lente mais unique de construction d’une identité culturelle, économique et politique, elle présente des avantages pratiques indiscutables. On sait parfaitement que l’acceptation des bilatérales et le rejet de l’extension mènerait à une crise grave, de la même manière que l’éventuel rejet de la votation unique.

Disjoindre les deux questions reviendrait aussi à faire un cadeau insensé à l’UDC qui pourrait faire mine de prendre au sérieux les intérêts de l’économie en acceptant les bilatérales pour torpiller ensuite la relation avec l’Union en faisant campagne contre l’extension dans le style nauséabond qui a déjà fait tant de tort au pays.

Heureusement, on a eu confirmation le 1er juin que l’électeur pouvait résister aux arguments simplistes et à la propagande massive à la zurichoise, à l’exploitation malsaine du moindre fait divers. Et si des problèmes surgissent, qu’on leur cherche une réponse adaptée, ferme et digne qui ne lèse pas les intérêts de l’économie ni ne fasse honte aux valeurs historiques du pays.

28/04/2008

Europe : deux questions qui n’en font qu’une


Une fois de plus, l’UDC se moque du peuple. Elle veut nous faire croire que les Suisses peuvent d’une part confirmer les accords bilatéraux et de l’autre refuser l’extension de la libre circulation aux deux nouveaux membres de l’UE. Il n’y a aucune chance que les 25 acceptent que deux de ses membres soient traités d’une manière différente par un état tiers. Outre son opposition systématique à tout, l’ancien conseiller fédéral Blocher supporte mal que de vraies questions soient posées au peuple : la Suisse veut-elle s’isoler complètement de l’Europe ? L’UDC souhaiterait pouvoir découper en petites tranches ces questions afin de donner l’impression qu’il s’agit de petites décisions ponctuelles sur lesquelles le peuple, divinisé selon la mythologie du bouc nain, pourrait manifester sa souveraine indépendance.

L’UDC ne souhaite poser que des questions anecdotiques qui font appel aux instincts primaires et aux réflexes conditionnés. Même si cela n’apparaît pas encore au grand jour, je suis convaincu que la très grande majorité se rendra compte qu’il ne suffit pas de poser de (relativement) bonnes questions si c’est pour leur apporter systématiquement les plus mauvaises réponses possible.

Si cela ne devait pas coûter tellement cher à notre pays, on en viendrait presque à souhaiter que le peuple se laisse vraiment berner par l’UDC lors de ces votations. Se mettre pour quelques années au ban de l’Europe permettrait aux isolationnistes de se rendre compte à quel point nous sommes intégrés à l’Europe et ce qu’il en coûte de s’en exclure.

Alors il faut voter en une fois sur la question des bilatérales et celle des deux nouveaux membres, les accepter ne bloc puisqu’elles ne peuvent être séparées dans la réalité. Seuls l’UDC et ses suiveurs ne s’en rendent pas compte pour l’instant.