11/08/2008

Extension du siège de l'OMC : voir pour décider



La polémique actuelle sur l'extension de l'OMC repose sur des bases vacillantes parce que l'on ne sait pas de quoi l'on parle. En particulier, l'impact exact de l'extension sur le parc et sur son usage par le public reste nébuleux. Le plus simple serait de marquer concrètement le terrain et de poser des gabarits qui indiqueraient quelle serait l'emprise du projet sur la zone publique. Le débat s'en trouverait clarifié : chacun pourrait prendre position sur une base solide. Et surtout, on compliquerait la tâche de ceux qui, telle la gauche de la gauche genevoise, déguisent en souci écologique une opposition de principe à l'OMC. Ce mélange des genres, rendu possible par le flou qui règne sur le projet, permet tous les amalgames.


Et si l'impact réel du projet devait être excessif, je pense qu'il serait légitime d'exiger des aménagements, voire de s'y opposer s'il n'était pas possible d'en obtenir.

Par contre, manifester son opposition idéologique à cette institution par des moyens détournés ne produirait qu'un résultat : provoquer un déménagement dans l'une des ville qui vendrait père et maire pour l'accueillir dans ses murs.

08/08/2008

Le danger des listes à but unique

L'élection d'une Assemblée Constituante est l'occasion d'un large débat qui doit être aussi ouvert que possible, tant en cours de campagne qu'après, au moment où les élus se mettront au travail pour quatre ans. L'une des conséquences de cette ouverture est l'apparition de listes dont les ambitions, les intérêts et parfois les compétences se limitent à un seul aspect de la vie politique du canton. C'est légitime et sympathique mais est-ce une bonne chose pour Genève ? La remarque vaut pour les initiatives qui se situent à droite, à gauche, au centre ou ailleurs sur l'échiquier politique traditionnel.

Le risque est grand que ces groupes, venus pour défendre une catégorie de la population, lutter pour ou contre un projet, s'impliquent peu dans les débats par lesquels ils ne se sentent pas concernés. Construire un édifice aussi subtil qu'une Constitution réclame certainement une grande modestie et une ouverture d'esprit, un sens de l'intérêt général que nous souhaiterions trouver chez tout les Constituants. Est-ce possible pour des élus qui n'auraient qu'un but limité ? Comment faire un compromis quant on est venu pour obtenir satisfaction sur un petit nombre de points ? Que céder ? Comment justifier de ne pas se battre jusqu'au bout pour son objectif quand on a à rendre des comptes à une association et des membres qui nous y ont envoyé dans un but précis ?

Pour que la Constituante parvienne à construire un édifice habitable pour l'ensemble de ses habitants, j'espère que les électeurs penseront à élire des députés désireux et capables de se prononcer sur l'ensemble des questions qui leur seront posées.

L'auteur est candidat sur la liste No1 (Radical ouverture) et membre du Mouvement Ecologie Libérale

19/07/2008

Perfidie, crime de guerre et abus de l'emblème de la Croix-Rouge

Pour avoir travaillé une bonne dizaine d'années en situation de conflit sous la protection de l'emblème de la Croix-Rouge, j'affirme qu'en abuser est extrêmement grave parce que cela affaiblit sa valeur, incite les parties en conflit à ne plus le respecter et risque fort de coûter la vie à des innocents (au sens de personnes protégées) qui se sont mis ou ont mis les leurs sous la protection de cet emblème : des civils, des blessés, des sanitaires. Ce n'est ni une plaisanterie ni un caprice d'humanitaire. En plus, ce principe de base du droit humanitaire internationnal découle directement de l'oeuvre d’Henri Dunant (et de son Comité).*

C'est se laisser aller sur une pente dangereuse que de justifier un crime par un autre, de peser l'un à l'aune de l'autre. Ou même de justifier l’usage de méthodes prohibées par le but recherché. Le droit humanitaire établit des règles pour tous, dès lors qu’ils prennent part à un conflit armé, qu’il soit interne ou international. En Colombie, toutes les parties y compris le gouvernement parlent depuis des dizaines d’années de conflit armé.

Alors oui, il ne fait aucun doute que la prochaine fois, le milicien, le guérillero et même le soldat (puisque nous l’avons fait, les autres le peuvent aussi !) aura un affreux doute à la vue d’un hélicoptère, d’un véhicule ou d'un homme portant l’emblème protecteur de la Croix-Rouge. Et comme la décision de tirer ou non doit parfois se prendre très rapidement et dans un état de stress, certains tireront parce qu’ils auront à l’esprit les exemples d’abus.

Les autorités colombiennes reconnaissent la violation et l’attribuent à une initiative individuelle. Chacun est libre de croire cette version ou non. EIles n’ont, à ma connaissance, pas ouvert de procédure judiciaire ni même disciplinaire. Dont acte. Mais il est des commentateurs qui tentent de minimiser la violation, de l’excuser ou même de la justifier. Même si c’est leur droit le plus strict de l’exprimer, je pense que cette position est juridiquement fausse et éthiquement insoutenable.


* « Tout usage qui n’est pas expressément autorisé par le droit humanitaire constitue un abus de l’emblème. (...) la perfidie, qui consiste à utiliser l’emblème en temps de conflit pour protéger des combattants ou du matériel militaire ; l’usage perfide de l’emblème constitue un crime de guerre dans un conflit armé tant international que non international. L’abus de l'emblème à titre protecteur en temps de guerre met en péril le système de protection instauré par le DIH."
(site du CICR : http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/5QKLEB)

16/07/2008

Minarets : le jeu dangereux de la réciprocité

L’un des arguments avancés par les promoteurs de l’initiative anti-minarets est celle de la réciprocité. En effet, il peut paraître séduisant de dire que l’on autorisera la construction de minarets en Suisse lorsqu’il y aura des clochers à Jeddah. Séduisant mais trompeur pour deux raisons au moins.

La première est qu’il existe des églises en pays musulman. Même si elles ont connu ou connaissent des difficultés parfois majeures, les pratiques religieuses non musulmanes peuvent coexister avec l’Islam.

La seconde me paraît plus importante. L’argument de la réciprocité doit être utilisé de manière positive et non négative. On peut se montrer ouvert à la pratique privée de l’islam et d’autres religions, y compris à l’édification de lieux de culte et de minarets, dans les limites des règlements d’urbanisme et des plans de quartier, comme tout autre construction humaine, et faire valoir cette position pour promouvoir l’ouverture de notre société face aux intolérances des autres. C’est un faux calcul que d’imiter ceux que l’on accuse (non sans raisons) d’être d’affreux rétrogrades. C’est se mettre au même niveau qu’eux et en quelque sorte légitimer leur propre position par la nôtre.

Est-il utile de préciser là que je me sens profondément laïc. C’est une position de principe qui repose absolument pas sur une quelconque volonté de promouvoir les constructions religieuses quelles qu’elles soient. Elle repose sur des valeurs de tolérance et l’intérêt bien compris de nos sociétés démocratiques et pluralistes face à une remise en question de la part de fondamentalismes variés, tant religieux que national-populistes.

13/07/2008

Burqa, naturalisation et libertés individuelles

Le Conseil d’Etat français vient de rendre une décision importante parce qu’elle pose les bases d’une jurisprudence en matière d’intégration. Mais il y est souvent fait référence dans des termes qui me paraissent discutables. La plus haute autorité administrative française a en effet décidé que le style de vie induit par une pratique radicale de l’Islam était un élément qui empêchait l’octroi de la nationalité française*.

De ce point de vue, il me paraît indiscutable qu’une personne qui demande une nationalité doit démontrer un certain degré d’intégration dans la communauté nationale. Il ne fait aucun doute que le port de la burqa et l’acceptation d’une soumission massive à l’autorité du mari représentent une contradiction majeure avec ce principe.

Je regrette que les médias expliquent trop souvent cette décision par une incompatibilité entre naturalisation et religion musulmane. C’est à mon avis faux et dangereux. La République laïque n’est pas hostile à la religion ni même à sa pratique dans la sphère privée. Séparée de l’Etat depuis un siècle, elle reste protégée, quelle que soit la religion en question. Dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas la religion qui pose problème mais ses débordements sur la pratique sociale et le statut de l'individu.

Il y a des principes sur lesquels nos Etats ne peuvent pas transiger : égalité des sexes, liberté de l’individu, liberté d’expression, le tout dans le cadre de la loi démocratiquement adoptée (et non de la loi divine).

Cet arrêt est une bonne chose en tant qu’il fixe des limites à la pratique religieuse dans notre société, à son caractère ostentatoire (confirmation des décisions sur le voile à l’école) ou à ses possibles contradictions avec les valeurs républicaines.

Il pose cependant d’autres questions qui sont intelligemment soulevées dans plusieurs médias français : qu’en est-il de son mari, français lui, qui est à l’origine de la pratique rigoriste de l’Islam et de ses conséquences sociales et personnelles. D’où le titre légèrement provocant du blog de Maître Eolas (http://www.maitre-eolas.fr/2008/07/11/1030-faut-il-etre-francaise-pour-porter-la-burqa).


*(« il ressort des pièces du dossier que, si Mme M… possède une bonne maîtrise de la langue française, elle a cependant adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes ; qu'ainsi, elle ne remplit pas la condition d'assimilation posée par l'article 21-4 précité du code civil ; que, par conséquent, le gouvernement a pu légalement fonder sur ce motif une opposition à l'acquisition par mariage de la nationalité française de Mme M…. »)

12/07/2008

Tennis : avec Federer, les Suisses ont pris des habitudes de luxe

On lit des choses démentes sur Roger Federer. Voilà un homme qui occupe depuis 230 semaines consécutives la tête du classement mondial. Il aligne deux finales et une demi-finale en Grand Chelem cette année. Et on évoque avec une Schadenfreude assez helvétique son déclin, sa possible retraite. On s'est peut-être habitué à une situation qui était tout simplement exceptionnelle : une domination presque irréelle, une classe folle, du style, une attitude exemplaire sur le terrain comme avec les medias. Mais que demande le peuple ? Si Roger n'existait pas, Wawrinka et son matricule 9 ou 10 serait un événement de portée nationale pour l'Helvétie.

Alors, un peu de décence et de compréhension pour un homme qui a occupé seul le sommet de la pyramide pendant plus longtemps que personne jusqu'à présent. En plus, il ne bénéficie pas d'un forfait fiscal, n'est pas monégasque et il aime bien les petits ramasseurs de balles.

11/07/2008

Le début du reflux

Comme je l’ai écrit il y a plusieurs mois déjà sur ce blog, l’UDC tel qu’on l’a connu depuis 2003 a probablement mangé une bonne partie de son pain blanc. Il y a peu de chances qu’il parvienne à nouveau à chatouiller les 30% comme il l’a fait en automne 2007. C’était le fruit d’une conjonction exceptionnelle : la surprise causée par une nouvelle forme de communication politique de masse, des moyens financiers extraordinaires, le charisme d’un leader exceptionnel dans ces circonstances mais devenu après 6 mois et plusieurs défaites un retraité aigri dépassé par une partie de ses troupes dans l’outrance et la fuite en avent.

On constate que confronté à une argumentation raisonnable et ferme, la logorrhée passéiste ne touche qu’une minorité de citoyens adeptes du repli identitaire. Joindre les deux objets européens redonné au débat sur la question son unité de matière et contraint l’UDC à prendre ses responsabilités face à aux milieux économiques. On a heureusement renoncé à offrir à ce parti l’occasion de faire croire aux citoyens que l’on pouvait accepter l’Europe mais refuser deux se ses membres.

Le citoyen se fatigue de fond comme de la forme, de l’outrance comme de la méchanceté qui caractérise le style des adorateurs de Zottel. Mais la droite décente devra poursuivre son travail pédagogique conciliant les valeurs humaines et les mesures fermes pour faire face aux problèmes réels ou perçus comme tels par la population inquiète. Même infondée, la crainte du citoyen doit être prise en compte, ne serait-ce que par une communication intelligente et ferme.

09/07/2008

L'équilibre des droits et des devoirs

Se présenter à la Constituante nous pousse à penser plus large et essayer d’envisager les choses sous plusieurs angles qu’ils soient ceux des partis politiques, des mouvements transversaux ou du citoyen sans avis politique.

L’un d’entre eux est la question des droits et des devoirs qu’entraînent la vie en société et plus particulièrement la relation qui unit les uns et les autres. A gauche, on met surtout en avant les droits dont jouiraient les moins favorisés ou les plus faibles. On rechigne à évoquer les devoirs pourraient être attachés à ces droits. Dans le domaine de l’intégration des étrangers, la gauche à une peine énorme à accepter que les prestations qui sont offertes par l’Etat puissent être liées à des conditions telles que suivre des cours de langue ou démontrer concrètement sa volonté d’intégration.

Au sein de la droite purement économiste, on met aussi en avant les droits, surtout ceux de faire ce que l’on veut selon ses capacités, sa fortune, son énergie ou son talent. On oublie souvent que la vie en société exige de mettre des limites à ces droits. Devoir de solidarité, limites à la liberté pour le bien commun.

Face à la criminalité, on retrouve cette division apparente : répression ou prévention. Comme si l’un allait sans l’autre, comme si ces deux démarches s’excluaient mutuellement et qu’il fallait choisir.

Le propre du centre, c’est d’établir une juste relation entre les droits et les devoirs, dans tous les domaines ou l’Etat régule les relations des citoyens entre eux. Dans le domaine de l’environnement, on peut inciter (donner des droits) et / ou interdire (instituer des obligations).

Je suis convaincu que l’avenir réside dans le bon dosage des uns et des autres, selon le temps, le lieu et les circonstances. C’est notamment ce que cherchent à promouvoir les Radicaux genevois et un Mouvement tel qu’Ecologie libérale. Un juste équilibre entre incitation et contrainte, prévention et répression.

La Constituante devra établir les grandes lignes de ces équilibres. J’espère y travailler.

19/06/2008

Quand les questions sont bien posées, même Christophe Blocher donne les bonnes réponses

Quand le bon sens finit par prendre le dessus. On apprend que M. Blocher se prononce contre le lancement d'un referendum sur l'extension des bilatérales. Mis dans la situation de se prononcer sur le fond de la question, le tribun choisit la voie de la sagesse (pour l'instant). Sachant que son parti se déchirerait sur la question européenne entre son aile économique et les sectaires de l'ASIN, il ne peut plus jouer sur les deux tableaux.

On sait aussi depuis quelques semaines que le Peuple peut être convaincu malgré une propagande massive et agressive. Après le sommet de la vague de l'automne 2007, le reflux commence. C'est le moment pour le centre droit décent de s'attaquer à ces problèmes dont l'abandon a permis aux populistes de prendre l'initiative. Sécurité, immigration, intégration, crise identitaire, inégalités, mondialisation, tous ces thèmes demandent un traitement sérieux tel que celui initié dans le canton de Vaud par Jacqueline de Quattro, . Sérieux, ferme et décent. Pierre Maudet ou François Longchamp à Genève.

15/06/2008

Un seul vote, par honnêteté politique


Dans le débat à venir sur les relations entre la Suisse et l’Europe, on peut juridiquement argumenter avec une certaine pertinence en faveur de deux votes séparés ou d’un seul. Mais sur le plan politique, en faire deux objets distincts serait mentir à l’électeur en lui laissant croire que l’on peut accepter l’un sans l’autre. Ce n’est pas le cas. On ne peut pas conclure un accord avec une partie seulement d’une entité telle que l’Union Européenne pour laquelle la cohésion et l’intégration des nouveaux états est, à juste titre, si importante.

Même si la voie bilatérale manque d’ambition et met la Suisse sur le porte-bagage de l’Europe, une aventure lente mais unique de construction d’une identité culturelle, économique et politique, elle présente des avantages pratiques indiscutables. On sait parfaitement que l’acceptation des bilatérales et le rejet de l’extension mènerait à une crise grave, de la même manière que l’éventuel rejet de la votation unique.

Disjoindre les deux questions reviendrait aussi à faire un cadeau insensé à l’UDC qui pourrait faire mine de prendre au sérieux les intérêts de l’économie en acceptant les bilatérales pour torpiller ensuite la relation avec l’Union en faisant campagne contre l’extension dans le style nauséabond qui a déjà fait tant de tort au pays.

Heureusement, on a eu confirmation le 1er juin que l’électeur pouvait résister aux arguments simplistes et à la propagande massive à la zurichoise, à l’exploitation malsaine du moindre fait divers. Et si des problèmes surgissent, qu’on leur cherche une réponse adaptée, ferme et digne qui ne lèse pas les intérêts de l’économie ni ne fasse honte aux valeurs historiques du pays.