22/09/2008

Une chambre des communes ? Une fausse bonne idée

L'institution d'une chambre des Communes est une fausse bonne idée en apparence séduisante mais qui n'apporterait pas grand-chose à la vie publique genevoise. Je m'explique. Séduisante parce qu'à priori, l'idée de Commune est sympathique, légèrement démagogique. Chacun aime sa commune, y est attaché. On est logiquement tenté de lui donner de l'attention, de l'espace, pourquoi pas une chambre ? Avec douche ? Mais laissons là l'ironie car l'idée, comme celles qui seront lancées dans ou autour de la Constituante mérite le respect, même si c'est pour ensuite la combattre ou la modifier.
A mon avis, cela n'est qu'illusion au moment où chacun s'accorde à dire que la vie politique est déjà surchargée pour un système de milice, que la somme des règles administratives complique la vie du citoyen et de l'élu municipal. Avec une chambre des communes, on ajouterait une instance de blocage, de discussion dont on ne sait trop comment elle s'intègrerait dans le système cantonal. En parallèle au Grand Conseil ? Un droit de veto ? Instaurer un système bicaméral au niveau cantonal, doubler le législatif ?. Cela ne me parait ni sérieux ni souhaitable.
Il existe déjà des instances intercommunales chargées de régler des questions pratiques (centres sportifs, déchets, épuration des eaux, etc). Le Parti Radical propose que l'action dans des domaines qui dépassent nettement la sphère communale soient confiés à des fondations intercommunales dotées de pouvoirs réels auxquelles les communes contribueraient selon leur capacité financière.
Je suis convaincu que la commune garde un rôle fondamental, mais peut-être pas dans sa forme actuelle. Un peu moins de communes mais plus efficaces. Et une vie qui s'organise autour du Quartier dans les zones densément peuplées ou autour du Village dans les zones rurales. Quartiers et villages seraient les vraies bases de la vie sociale et associative, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter une instance au mille-feuille institutionnel actuel.

candidat à la Constituante sur la liste No 1, Radical ouverture - soutenu par Écologie libérale

15/09/2008

Ecologie Libérale prend de la hauteur

Charte des candidats et candidates soutenus par Ecologie Libérale - Elections à la Constituante 2008 - Genève


Penser l’écologie et l’économie comme des alliées dans la durée.

Ecologie libérale réconcilie la droite et le centre droit avec l'écologie. Parce que l’économie de notre pays a tout à y gagner. Parce que notre avenir dépend d’un meilleur équilibre entre ces pôles qu’il convient de rapprocher et non d’opposer. Voici donc quelques points fondamentaux sur lesquels nous voulons diriger nos énergies:

Le climat est un souci majeur. Nous devons mettre en place des solutions qui encouragent la responsabilité individuelle et valorisent les efforts de chacune et chacun. Nous soutenons le principe du pollueur-payeur, notamment dans les domaines de l’air et de l’eau.
L'approvisionnement en énergie et son coût sont devenus des problèmes cruciaux. Le nucléaire n'est pas la solution à notre dépendance énergétique (produit à l’étranger, l’uranium viendra aussi à manquer d’ici quelques décennies), ni au problème du réchauffement climatique. Lorsque l’ensemble des coûts qu’il occasionne sont comptabilisés, le nucléaire n’apporte pas d’alternative au prix croissant de l’énergie fossile. De graves problèmes ne sont pas résolus, notamment le stockage des déchets à long terme.

Il faut se tourner résolument vers une société qui allie l'efficacité énergétique, les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Cette option garantit notre confort tout en assurant une réelle mise en place de mesures concrètes qui tiennent compte des nécessités écologiques autant que des contraintes économiques.

La mobilité individuelle ne doit pas être opposée aux transports publics. Il faut créer des zones d'échange avantageuses entre ces deux modes de déplacement (parkings d'échange gratuits, Parc& Rail). Il est important d’encourager les citoyens qui font des choix responsables en optant pour des véhicules sobres et de pénaliser les autres, tout en maintenant une assiette fiscale neutre.

L'économie est un acteur essentiel dans le cadre de l'écologie. Les investissements consentis dans le domaine des économies d’énergie et du développement durable profitent directement à l’économie du pays. De nombreuses entreprises ont déjà compris l'intérêt qu'il y avait à consommer moins d'énergie. Il faut introduire une fiscalité écologique qui valorise ces entreprises responsables.

La forêt joue un rôle vital dans notre pays, elle garantit la sécurité de ses habitants et de leurs biens contre les dangers naturels. Elle participe à la protection de notre environnement, fournit des matériaux de base à nombre de nos activités économiques et offre des espaces indispensables à notre qualité de vie. La forêt et la filière bois méritent un meilleur soutien.

L'agriculture de proximité doit être soutenue. En favorisant les produits régionaux, nous améliorons la situation de nos paysans et contribuons à la sauvegarde de notre environnement et de notre attrait touristique. Cette conception participe également à la défense de valeurs culturelles importantes et à la promotion d’une alimentation plus équilibrée. La souveraineté alimentaire de chaque pays est garante de l’indépendance et indispensable pour assurer une alimentation décente à chacun dans le monde.

En règle générale, Ecologie Libérale privilégie les mesures incitatives chaque fois qu’elles sont efficaces. Des mesures contraignantes peuvent être proposées dès lors qu’elles paraissent seules à même d’atteindre l’objectif final. Elles sont précédées d’une période transitoire qui permet à l’économie et au citoyen de s’y préparer.


Thomas Buchi, Rolin Wavre, Murat Adler, Nadège Hirsch - Liste Radical ouverture
Jacques Fritz, Michel Muller, Antoine Orsini - Liste Libérale
Carmelo Lagana, Jean-Philippe Tercier - Liste PDC
Bertrand Reich, Enza Testa Haegi - Liste g(e)' avance

Pour en savoir plus : http://www.ecologieliberale.ch/index.html

14/09/2008

Contrer le fondamentalisme islamique ? oui, mais par n'importe comment

Tout d'abord, rappeler le principe de laïcité de l'Etat qui prévaut en Suisse et à Genève en particulier. Il inclut, bien entendu, le droit de pratiquer librement sa religion dans la sphère privée. Mais lorsque les pratiques privées conduisent à des dérives fondamentalistes, il faut prendre d'autres mesures. L'absurde initiative contre les minarets concentre toutes les tares possibles : elle est d'abord inutile, extrémiste et contraire au droit international. Ensuite, elle pose le principe de réciprocité de la pire des manières : elle inflige précisément aux autres les interdits qu'elle leur reproche chez eux. Je pense qu'il est infiniment plus puissant de démontrer aux Saoudiens et autres fondamentalismes que leur religion se pratique ouvertement et dignement chez nous, que leurs lieux de cultes peuvent arborer un minaret (certes muet) dans les limites posées par les règlements d'urbanisme alors que la pratique du christianisme est impossible chez eux. C'est la réciprocité positive.

Le contrôle des mosquées et des projets éventuellement contraires à l'ordre public rente bien entendu d'actualité. Mais d'autres mesures à plus long terme sont nécessaires. Il faut d'abord organiser la formation des imams en Suisse et ne pas accepter que les communautés soient menées par des leaders charismatiques venus de l'étranger. Ensuite, il faut se demander dans quelle mesure il est acceptable que les directeurs et autres responsables soient designés et rétribués par des organismes ou des Etats étrangers.

Dans le débat sur le fait religieux, il ne s'agit pas de discuter des mérites respectifs des différentes religions mais de distinguer chez chacune d'elles les applications fondamentalistes et souvent rétrogrades des versions modernes qui ont été rendues compatibles avec la vie moderne. Il est vrai que l'Islam est à un tournant de son histoire où le besoin d'adaptation est plus pressant que jamais. D'autres facteurs historiques et politiques récents ont limité plus encore la capacité de l'Islam à se mettre en question.

Il paraît plus important d'isoler les fondamentalismes et la pratique religieuse forcée ou manipulée pour ses dérives liberticides ou simplement criminelles. A une époque de leur histoire, d'autres religions ont elles aussi connu leurs dérives : Inquisition, croisades, conquêtes territoriales, persécutions, etc. Il faut donc favoriser au sein de toutes les structures religieuses le débat sur l'interprétation des sources, de sa pratique et sur sa relation avec le monde dans lequel vit la communauté.

Je suis candidat à la Constituante sur la liste No 1 Radical ouverture et membre actif du Mouvement Ecologie libérale

07/09/2008

Assurer la sécurité dans le respect des valeurs humaines

Je ne vois pas en quoi la tâche d'assurer la sécurité de la population serait en contradiction avec les valeurs humaines. On pourrait même dire qu'il n'y a pas de respect de la personne sans sécurité. Alors, pourquoi oppose-t-on toujours ces deux idées comme si elles étaient incompatibles ?

Je suis convaincu que l'on peut faire appliquer les lois, avec fermeté mais dans la dignité. Il est inacceptable de laisser se développer des zones de non-droit dans nos villes, quelles qu'en soient les raisons, quelles que soient les nationalités et les origines de ceux qui sont à l'origine de l'insécurité. S'il est vrai que le commerce de certaines substances est contrôlé par des bandes liées par une même origine, il n'y a pas de raison de ne pas les combattre, sur la base des faits constatés.

Et que l'on ne nous oppose pas le droit d'asile, qui n'a strictement rien à voir avec cette question. L'asile est un droit qui ne se discute pas mais qui ne donne pas non plus un droit à commettre des délits. Il est vrai que l'interdiction de travailler qui est opposée aux demandeurs ne les aide pas à occuper leurs journées ni a s'assurer une subsistance décente.

Il est temps de regarder les choses en face et de les prendre en mains fermement. Il est temps que de mettre hors-jeu une gauche bien pensante mais complètement irréaliste quant elle ne voit que la prévention. Il en faut, mais elle ne suffit pas.

Et finalement, il est nécessaire de prendre des mesures, par exemple l'allongement des interdictions de zone, telles que le Parti Radical les propose. A défaut de réponses à ces questions, des citoyens fâchés se tourneront vers les partis populistes, simplistes et racistes qui ne font leur beurre que sur ces questions et n'ont en général rien à proposer de constructif pour la société en général.

Je suis candidat à la Constituante sur la liste No 1 Radical ouverture et membre d'Ecologie libérale

01/09/2008

Voile islamique, tentation et communautarisme

Au cours des 15 ans que j'ai passés dans une douzaine de pays pour le compte du CICR, j'ai entendu certaines femmes dire qu'elles appréciaient de porter le voile parce qu'il les mettait à l'abri (des hommes) et leur fournissait une certaine liberté de mouvement. Cet argument me paraît particulièrement pervers pour plusieurs raisons, même si c'est leur doit le plus strict de le penser, de l'exprimer et de le mettre éventuellement en pratique.

 

En tant qu'homme, je trouve désagréable et injuste d'être placé, contre mon gré, dans une catégorie de personnes dont les femmes devraient se protéger. Que certains hommes aient des comportements irrespectueux ou carrément criminels ne fait aucun doute mais ce problème doit être traité de manière frontale et non détournée. Songerait-on à supprimer les vitrines sous prétexte qu'elles peuvent susciter la convoitise des passants ou inviter au vol ? (pardonnez la comparaison).

 

Ensuite, cela revient à admettre qu'une femme non voilée est effectivement une tentation irrésistible. Pire encore, cela envoie le message tragique que l'absence de voile est une incitation à l'agression. Cette attitude schizophrène me fait penser à un reportage récent sur la perception de la femme dans les banlieues. Tous les jeunes hommes imposaient une véritable dictature à leurs sœurs, voulaient une fiancée vierge mais ne se privaient pas d'afficher un comportement sexuel très actif et peu respectueux de la femme en général. Visiblement, ils avaient de leurs sœurs et de leurs partenaires sexuelles une image bien différente, alors l'une et l'autre pouvaient fort bien se trouver être la même personne.

 

Un bémol tout de même : il est visible que notre société occidentale se trouve dans une phase  extrêmement sexuée. J'en veux pour preuve les clips de MTV qui glorifient le genre « pimp » (littéralement : souteneur, soit une activité réprimée par la loi pénale) ou l'utilisation outrancière  du corps de la femme pour vendre des objets qui n'ont aucune relation avec elle. Il est certain que notre société prend ainsi le risque de choquer.  Dans ce contexte, on peut comprendre que certaines personnes ayant vécu dans un autre espace culturel ressentent un choc, culturel, social ou religieux. C'est là que notre société doit poser des limites : ceux qui souhaitent vivre ici doivent accepter que les règles diffèrent de celles qui ont cours ailleurs.

 

Dans le cas contraire, on entrerait dans le schéma de société ango-saxon qui fait une très grande place à une logique de  communautarisme qui a montré (au Royaume-Uni ou au Canada) qu'il pouvait facilement aller trop loin dans l'intégration de coutumes ou pratiques étrangères à l'ordre juridique occidental.

 

Je suis candidat à la Constituante sur la liste No 1 Radical ouverture et  membre d'Ecologie libérale


15/08/2008

Moins de communes, plus de quartiers

 

Toucher à la Commune est dangereux, à Genève comme ailleurs. La Commune occupe une place importante dans la vie des citoyens et  plus encore dans leur imaginaire. On voit déjà l’un ou l’autre candidat à la Constituante se poser comme son défenseur, par principe, par opportunisme et sans rien proposer qui réponde au défis de la vie moderne pour laquelle l’organisation politique actuelle n’est visiblement plus la bonne. On voit bien que les regroupements de services sont indispensables pour assurer des prestations d’un bon niveau à la population et à un coût acceptable. Faut-il toujours en passer  par les coopérations intercommunales à la carte, lourdes, peu réactives et finalement peu démocratiques ? 

Dans un registre plus alarmiste, d’autres agitent le spectre de la disparition de la Ville, d’une commune ou l’autre,  de regroupements plus ou moins autoritaires et, sommet de l’outrage, de changements de noms.  

Dans cette agitation, on a un peu oublié de réfléchir à ce que l’on attendait au fond de sa commune. C’est sur la base du catalogue des prestations que doit fournir la commune que l’on pourra définir sa taille, son organisation, sa relation avec le canton et leurs relations entre elles. Dans cette perspective les Radicaux ont entamé il y a plusieurs années une réflexion en profondeur sur le rôle, et par voie de conséquence, le nombre et la taille des communes.  La Constituante vient à point pour offrir le cadre idéal à la poursuite de ce travail de fond. J’espère avoir la chance de participer activement à cet examen. 

Je suis convaincu que « l’envie de commune » exprime le besoin d’entretenir un  cadre social de proximité pour les organismes d’entraide, les clubs sportifs, les amicales et finalement le partage de chaleur humaine. Il n’est pas certain que la commune politique telle qu’elle existe dans notre canton réponde pleinement à cette demande. À la fois trop grande pour rester sociale, trop petite pour être efficace, trop rigide pour s’adapter, trop attachante pour être modifiée. Ne devrait-on pas penser à réduire nettement le nombre de communes politiques, pourvoyeuses de services et cadre politique pour encourager la création d’entités beaucoup moins formelles qui pourraient prendre la forme de quartiers ou de regroupements de citoyens autour d’une idée, d’un projet ou d’un intérêt.  

Distinguer la fourniture de services de l’organisation de la vie commune. Un sujet à développer au sein de la Constituante, dans un esprit d’ouverture et dans le respect de ceux qui sont attachés à leur Commune dans sa forme actuelle pour de bonnes ou de moins bonnes raisons. 
 

11/08/2008

Extension du siège de l'OMC : voir pour décider



La polémique actuelle sur l'extension de l'OMC repose sur des bases vacillantes parce que l'on ne sait pas de quoi l'on parle. En particulier, l'impact exact de l'extension sur le parc et sur son usage par le public reste nébuleux. Le plus simple serait de marquer concrètement le terrain et de poser des gabarits qui indiqueraient quelle serait l'emprise du projet sur la zone publique. Le débat s'en trouverait clarifié : chacun pourrait prendre position sur une base solide. Et surtout, on compliquerait la tâche de ceux qui, telle la gauche de la gauche genevoise, déguisent en souci écologique une opposition de principe à l'OMC. Ce mélange des genres, rendu possible par le flou qui règne sur le projet, permet tous les amalgames.


Et si l'impact réel du projet devait être excessif, je pense qu'il serait légitime d'exiger des aménagements, voire de s'y opposer s'il n'était pas possible d'en obtenir.

Par contre, manifester son opposition idéologique à cette institution par des moyens détournés ne produirait qu'un résultat : provoquer un déménagement dans l'une des ville qui vendrait père et maire pour l'accueillir dans ses murs.

08/08/2008

Le danger des listes à but unique

L'élection d'une Assemblée Constituante est l'occasion d'un large débat qui doit être aussi ouvert que possible, tant en cours de campagne qu'après, au moment où les élus se mettront au travail pour quatre ans. L'une des conséquences de cette ouverture est l'apparition de listes dont les ambitions, les intérêts et parfois les compétences se limitent à un seul aspect de la vie politique du canton. C'est légitime et sympathique mais est-ce une bonne chose pour Genève ? La remarque vaut pour les initiatives qui se situent à droite, à gauche, au centre ou ailleurs sur l'échiquier politique traditionnel.

Le risque est grand que ces groupes, venus pour défendre une catégorie de la population, lutter pour ou contre un projet, s'impliquent peu dans les débats par lesquels ils ne se sentent pas concernés. Construire un édifice aussi subtil qu'une Constitution réclame certainement une grande modestie et une ouverture d'esprit, un sens de l'intérêt général que nous souhaiterions trouver chez tout les Constituants. Est-ce possible pour des élus qui n'auraient qu'un but limité ? Comment faire un compromis quant on est venu pour obtenir satisfaction sur un petit nombre de points ? Que céder ? Comment justifier de ne pas se battre jusqu'au bout pour son objectif quand on a à rendre des comptes à une association et des membres qui nous y ont envoyé dans un but précis ?

Pour que la Constituante parvienne à construire un édifice habitable pour l'ensemble de ses habitants, j'espère que les électeurs penseront à élire des députés désireux et capables de se prononcer sur l'ensemble des questions qui leur seront posées.

L'auteur est candidat sur la liste No1 (Radical ouverture) et membre du Mouvement Ecologie Libérale

19/07/2008

Perfidie, crime de guerre et abus de l'emblème de la Croix-Rouge

Pour avoir travaillé une bonne dizaine d'années en situation de conflit sous la protection de l'emblème de la Croix-Rouge, j'affirme qu'en abuser est extrêmement grave parce que cela affaiblit sa valeur, incite les parties en conflit à ne plus le respecter et risque fort de coûter la vie à des innocents (au sens de personnes protégées) qui se sont mis ou ont mis les leurs sous la protection de cet emblème : des civils, des blessés, des sanitaires. Ce n'est ni une plaisanterie ni un caprice d'humanitaire. En plus, ce principe de base du droit humanitaire internationnal découle directement de l'oeuvre d’Henri Dunant (et de son Comité).*

C'est se laisser aller sur une pente dangereuse que de justifier un crime par un autre, de peser l'un à l'aune de l'autre. Ou même de justifier l’usage de méthodes prohibées par le but recherché. Le droit humanitaire établit des règles pour tous, dès lors qu’ils prennent part à un conflit armé, qu’il soit interne ou international. En Colombie, toutes les parties y compris le gouvernement parlent depuis des dizaines d’années de conflit armé.

Alors oui, il ne fait aucun doute que la prochaine fois, le milicien, le guérillero et même le soldat (puisque nous l’avons fait, les autres le peuvent aussi !) aura un affreux doute à la vue d’un hélicoptère, d’un véhicule ou d'un homme portant l’emblème protecteur de la Croix-Rouge. Et comme la décision de tirer ou non doit parfois se prendre très rapidement et dans un état de stress, certains tireront parce qu’ils auront à l’esprit les exemples d’abus.

Les autorités colombiennes reconnaissent la violation et l’attribuent à une initiative individuelle. Chacun est libre de croire cette version ou non. EIles n’ont, à ma connaissance, pas ouvert de procédure judiciaire ni même disciplinaire. Dont acte. Mais il est des commentateurs qui tentent de minimiser la violation, de l’excuser ou même de la justifier. Même si c’est leur droit le plus strict de l’exprimer, je pense que cette position est juridiquement fausse et éthiquement insoutenable.


* « Tout usage qui n’est pas expressément autorisé par le droit humanitaire constitue un abus de l’emblème. (...) la perfidie, qui consiste à utiliser l’emblème en temps de conflit pour protéger des combattants ou du matériel militaire ; l’usage perfide de l’emblème constitue un crime de guerre dans un conflit armé tant international que non international. L’abus de l'emblème à titre protecteur en temps de guerre met en péril le système de protection instauré par le DIH."
(site du CICR : http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/5QKLEB)

16/07/2008

Minarets : le jeu dangereux de la réciprocité

L’un des arguments avancés par les promoteurs de l’initiative anti-minarets est celle de la réciprocité. En effet, il peut paraître séduisant de dire que l’on autorisera la construction de minarets en Suisse lorsqu’il y aura des clochers à Jeddah. Séduisant mais trompeur pour deux raisons au moins.

La première est qu’il existe des églises en pays musulman. Même si elles ont connu ou connaissent des difficultés parfois majeures, les pratiques religieuses non musulmanes peuvent coexister avec l’Islam.

La seconde me paraît plus importante. L’argument de la réciprocité doit être utilisé de manière positive et non négative. On peut se montrer ouvert à la pratique privée de l’islam et d’autres religions, y compris à l’édification de lieux de culte et de minarets, dans les limites des règlements d’urbanisme et des plans de quartier, comme tout autre construction humaine, et faire valoir cette position pour promouvoir l’ouverture de notre société face aux intolérances des autres. C’est un faux calcul que d’imiter ceux que l’on accuse (non sans raisons) d’être d’affreux rétrogrades. C’est se mettre au même niveau qu’eux et en quelque sorte légitimer leur propre position par la nôtre.

Est-il utile de préciser là que je me sens profondément laïc. C’est une position de principe qui repose absolument pas sur une quelconque volonté de promouvoir les constructions religieuses quelles qu’elles soient. Elle repose sur des valeurs de tolérance et l’intérêt bien compris de nos sociétés démocratiques et pluralistes face à une remise en question de la part de fondamentalismes variés, tant religieux que national-populistes.