22/11/2016

Social : plus ou mieux ?

Il y a quelques mois, j'ai eu l'occasion de participer à une grande manifestation réunissant la majorité des acteurs sociaux de la région, privés, associatifs et publics, afin de réfléchir à ce qui pourrait être fait dans le domaine ces prochaines années. L'expérience fut fascinante. En partie parce que les idées émises puis discutées étaient variées et parfois très intéressantes. En partie seulement : c'est un autre point qui a retenu mon attention.

Parmi les dizaines de projets évoqués, tous se proposaient de lancer une nouvelle activité, un nouveau programme, un nouvel outil. Tous étaient destinés à être menés par une nouvelle entité à créer puis à doter de moyens humains et matériels. Je n'ai entendu aucune suggestion de ces professionnels ou responsables associatifs visant à améliorer quelque chose qui existait déjà ou à faire la même chose avec moins de moyens ou de personnel. 

J'en suis ressorti avec l'impression que pour la très grande majorité des participants, la question du financement était tout à fait secondaire. Comme si se poser la question du rapport entre la dépense publique et l'effet attendu sur les bénéficiaires était presque indécent ou grossier. 

J'en suis ressorti avec la solide impression qu'il y avait là une partie de l'explication au fait que Genève dépense au bas mot 30% de plus que Zurich pour des tâches identiques. Et un vague soupçon que cet état d'esprit n'était pas tout à fait étranger à la dette abyssale que Genève fait peser sur la tête de ses enfants pour les générations à venir.

15/11/2016

Trump : on ne voulait pas vraiment savoir

Avec l’élection de Donald Trump, on a beaucoup dit et répété « que la presse n’avait pas fait son travail ». C’est tout simplement faut. Il y a eu de très nombreux reportages dans l’Amérique profonde, la Rust Belt et autres contrées supposément délaissées. Les médias romands aussi, syndiqués avec d’autres grands journaux européens, nous ont amplement informés. La presse a donc fait son travail. Ce qui n’a pas fonctionné, c’est la partie éditoriale. Comme si les analystes n’avaient pas voulu tenir compte des informations rapportées par leurs reporters. Les instituts de sondage de leur côté n’ont visiblement pas non plus interprété les tendances.

A noter aussi que l’élection ne s’est pas jouée à beaucoup : dans trois Etats déterminants, le vote s’est joué à moins de 1%. Il s’en est donc fallu de fort peu que la « révolution » que nous avons l’impression de vivre n’ait simplement pas lieu.

04/11/2016

La repression fait sens quand elle est bien ciblée

Les cyclistes doivent respecter la loi. La minorité qui se montre agressive avec les autres usagers, et en particulier les piétons, font du tort à l'ensemble des cyclos. La campagne menée la semaine dernière par la police genevoise était annoncée et de ce fait, elle est en partie une action de prévention. Elle est d'autant plus pertinente quand elle vise les infractions qui mettent vraiment en danger les autres usagers. De ce point de vue, les contraventions infligées à des cyclistes qui ont brûlé un feu rouge au haut du pont de la Coulouvrenière venant de la rue de St-Jean, pour tourner à droite sur un trottoir lui-même cyclable (partagé avec les piétons) n'est pas très fair-play. En effet, le "tourner à droite au rouge" est une mesure qui est testée à Bâle. C'est dire qu'elle ne peut être vraiment grave ni dangereuse. 

De ce point de vue, je pense que la police ferait mieux de sanctionner ceux qui traversent les rues basses à haute vitesse au milieu des piétons, ceux qui brûlent des feux rouges au milieu du trafic, il y en a et ils sont dangereux même si c'est une petite minorité. Il y a d'autres feux, que l'on peut être tenté de "couler" après avoir laissé passer les piétons bien entendu, afin de devancer le trafic automobile et de profiter d'une route dégagée. C'est le cas sur le quai Wilson où l'entrée en ville n'est pas du tout aménagée, contrairement à ce qu'annonce le Département et ce qu'a voulu le Peuple en adoptant l'initiative 144 en 2011. Les lacunes du réseau cyclable sont évidentes pour tous. Interrompu, souvent incohérent, il y a des itinéraires impossibles : de Cornavin à la gare des Eaux-Vives et retour, par exemple, on rencontre tout les obstacles et on expérimente toute l'absence d'aménagement qu'il est possible de trouver à Genève.

Personne ne monte par plaisir sur un trottoir : c'est le plus souvent pour s'extraire du trafic, et pour "se réfugier" dans un espace moins dangereux. Mais qu'il n'y ait aucune ambiguité : je condamne tout comportement agressif ou vitesse excessive de la part d'un cycliste dans un espace qui ne lui est pas réservé ou qui doit être partagé. Se venger sur les piétons de la pression ressentie de la part du trafic motorisé est une mauvaise réaction qui fait du tort aux cyclistes dans leur ensemble.

24/10/2016

Taxe sur le sucre ? Oui, mais pas n'importe comment.

Taxer doit être un ultime recours. L'idéal, c'est l'information et la sensibilisation. Mais celle-ci a aussi ses limites quand on sait quels efforts certains secteurs de l'industrie alimentaire sont prêts à faire pour nous faire acheter des aliments qui finissent pas nous faire du mal. Et les plus vulnérables sont les plus modestes. Ce n'est pas un hasard si les zones de pauvreté à Genève sont également celles où l'obésité est la plus présente (étude basée sur le Bus santé des HUG, publiée en février 2013). Voulons-nous suivre l'exemple des Etat-Unis où n'importe quelle réunion publique nous montre une proportion d'obèses effrayante ? 

On sait que le prix est la variable la plus efficace pour influencer un comportement. Alors je dis oui à l'idée d'une taxe. Mais pas n'importe comment. Les sommes collectées doivent être rendues par d'autres moyens et pas seulement consacrées à la prévention car l'augmentation du prix est déjà une mesure de prévention. Ces sommes doivent être rendues par des baisses de primes maladie ou une baisse de la fiscalité. La méthode choisie aura bien entendu une signification politique puisque tous les modes de restitution ne bénéficieront pas exactement aux mêmes personnes. Le "mais", c'est la condition de ne pas augmenter le taux global des prélèvements. La France, la Finlande et la Hongrie l'ont fait, la Grande-Bretagne, l'Afrique du Sud et les Philippines s'y préparent.

De grands groupes alimentaires ont lancé une initiative basée sur le volontariat et l'autodiscipline qui vise à restreindre les campagnes de publicité destinées directement aux enfants. C'est bien, mais Il faut que ces initiatives soient contrôlées par une instances indépendants pour éviter les purs effets d'annonce. Mais il faut aussi que les producteurs s'engagent à produire des aliments plus sains et améliorent l'affichage des qualités nutritionnelles de leurs produits, pour que le consommateur puisse aussi faire un choix éclairé. 

13/10/2016

En France, le temps de la petite présidence

Le président Hollande s'épanche pendant des heures avec des journalistes au lieu de travailler. Il expose sans vergogne ses doutes et multiplie les petites phrases sans autre contenu que le plaisir de les faire. De la toute petite politique. Buisson trahit Nicolas Sarkozy en révélant une partie de ses sorties d'une vulgarité sans nom. D'une manière différente et par des canaux distinct, ces deux personnages abaissent la fonction présidentielle et salissent la politique. Ils ne sont pas les seuls, d'autres commettent des crimes et délits plus graves en cours de mandat. Mais ils sont porteurs d'une charge symbolique forte. Que l'on est loin d'un De Gaule ou même de Giscard ou Mitterrand ! 

On semble être entré dans l'époque des petites présidences, qui n'a rien n'a voir avec le physique du titulaire. Comment résister ensuite aux accusations du "tous pourris" ou des "ça ne sert à rien" ? Tout cela fait le jeu de l'abstention ou des plus extrêmes.

Et stratégiquement, quand un président en fonction expose ses doutes sur sa propre stratégie, même un enfant de 5 ans jouant aux billes saurait qu'une stratégie, on la garde pour soi. Il est donc urgent que ces deux-là dégagent. Qu'il puissent simplement envisager sérieusement de se représenter, l'un comme l'autre, est en soi assez effarant. 

19/09/2016

Pour un sport GRTA

Quel est le lien entre le label GRTA (Genève Région Terre d'Avenir) et l'approche du sport que je défends ? La volonté de "consommer local". Comme amoureux du sport, pratiquant encore mais aussi spectateur et partenaire fondateur du Genève Servette Rugby Club, je veux que nos équipes de pointe se construisent avant tout avec les ressources locales, une bonne formation des jeunes et un état d'esprit irréprochable. Des joueurs "bio" ? Pourquoi pas. 

Marre des pseudo vedettes étrangères qui viennent empocher de gros salaires et n'apportent pas grand-chose. Quelques uns de ces mercenaires avaient apporté un vrai plus : Uli Stielike à Neuchâtel Xamax de ma jeunesse, Don Givens aussi, Karl-Heinz Rummenigge à Servette. Mais tant d'autres ont déçu. Idem, voire pire avec les dirigeants de clubs mégalomanes et souvent condamnés ensuite par la justice qui ont entrainé nos équipes, nos supporters et nos jeunes joueurs dans des dérives navrantes.

Heureusement, il y a à Genève et à Neuchâtel des présidents remarquables qui construisent leur équipe avec passion, patience et bon sens. Il faut les supporter aussi longtemps qu'ils adopterons cette approche saine et locale mais qui n'exclut pas l'ambition. Didier Fischer et Christian Binggeli construisent de belles équipes GRTA. Ce qui se fait à Lausanne n'est pas mal non plus, et dans le même esprit. Espérons qu'on saura les soutenir et leur donner le temps de faire progresser leurs jeunes, sans pression excessive mais sans complaisance non plus. Et qu'ils sauront insuffler à leurs équipes l'amour du beau jeu et dans un état d'esprit positif. Avec une filière de formation encadrée par des professionnels et une collaboration organisée avec les autres équipes de la région dont ils sont le sommet de la pyramide sportive. 

16/09/2016

Revenu agricole : la baisse ne peut pas continuer

Le revenu paysan baisse encore ! Selon l'Agroscope, le revenu par exploitation a connu une baisse de 6,1% en 2015. Chaque exploitation apporte en moyenne 61'400.- par année, ce qui n'est vraiment pas beaucoup quand elle doit faire vivre plusieurs personnes. 

Les causes : baisse du prix du lait (prix payé au consommateur, pas dans votre supermarché préféré), baisse du prix de la viande payé au producteur et les conditions météo. Mais pourquoi continuer à produire si on en vit à peine ? Notre agriculture ne peut, ne doit pas disparaitre. Les payements directs sont une solution partielle quand elle rémunère une véritable fonction de maintien du paysage, comme c'est le cas pour l'agriculture de montagne, où il est difficile d'être compétitif. Par contre, c'est d'une rétribution de leur travail que les agriculteurs ont besoin. Pour vivre mais aussi par dignité. D'autant plus quand ils produisent de la qualité, localement. De ce point de vue, GRTA est une action salutaire. Il faut consommer des produits issue de notre terroir et du travail de gens qui nous sont proches. Et si possible de saison...

Je suis favorable au lancements de marchés paysans qui pourraient offrir des produits locaux. Communes et associations pourraient y penser lors de réaménagements de quartiers ou de locaux municipaux. Si une option se présente dans ma commune de Chambésy, je ferai tout mon possible pour que l'on suscite la création d'un tel point de vente des produits de la ferme. 

14/09/2016

Lier intégration et permis de résidence : une évidence bienvenue

Le Conseil national a adopté ce mercredi plusieurs mesures dont une me parait une évidence telle qu'il est étonnant qu'elle ait fait autant débat : lier l'intégration, et par conséquent la volonté de faire partie de la société, avec l'attribution d'un permis d'établissement. Pour moi qui ai vécu plus de 15 années à l'étranger, il a toujours été évident que celui qui prétend être accueilli et accepté dans une société qui n'est pas la sienne doit faire quelques efforts pour le mériter. Cela découle du simple respect de l'hospitalité, une notion dont la signification est connue dans le monde entier. Ce n'est pas parce que chez vous, vous avez l'habitude de mettre les pieds sur la table que vous pouvez vous permettre de faire de même dans la maison de celui qui vous accueille. 

Dans le domaine migratoire, cela se traduit par la possibilité de conclure des contrats d'intégration, qui mettent en lien les droits et les devoirs de ceux qui veulent vivre chez nous. Si certains points vont de soit, il vaut tout de même la peine de le préciser très clairement : le respect de la loi et des coutumes est nécessaire pour prétendre à un permis de longue durée. Je considère que d'autres actions telles que l'apprentissage d'une langue nationale, la participation à des activités sociales et associatives, la connaissance des us politiques et culturels est également centrale à une bonne intégration. A l'opposé, le fait de vivre en milieu fermé, dans sa communauté, sans contact avec l'entourage n'est pas une bonne chose et dénote une absence de volonté d'interagir avec la société. 

Je sais par expérience qu'il n'est pas très difficile de consacrer un peu de temps à apprendre les rudiments de la langue du pays d'accueil. Je l'ai personnellement fait cet effort en espagnol, russe, arabe. Et même en suisse allemand !

Pour tout authentique partisan de la maxime "libre et responsable", lien entre droits et obligations est une évidence qui devrait s'étendre bien au-delà du simple libéralisme.

 

 

28/08/2016

Absurde !

Pourquoi le Conseil fédéral et le Secrétariat aux Migrations ont-ils pris cette funeste décision de limiter le nombre de permis de travail extra-européens alors que rien dans la votation du 9 février ne l'exigeait ? C'est dramatique pour un canton comme Genève qui a besoin de personnes hautement qualifiées que nos entreprises ne trouvent pas sur la marché local. Dans ce domaine, il y a un taux de rotation très élevé et à chaque fois, un nouveau permis est nécessaire. L'économie moderne fonctionne avec des mandats et des tâches plus courtes, il faut être réactifs. Le poids d'une bureaucratie écrasante est un handicap que la Suisse s'inflige à elle-même. 

Les initiatives nationalistes voulues par l'UDC sont la cause principale de cette catastrophe. Bombardé de propagande alarmiste, le peuple a fini par accepter de fermer les portes, particulièrement dans les cantons qui n'ont pas besoin de permis... C'est d'autant plus triste que Genève contribue un million par jour à la péréquation intercantonale. 

L'une des conclusions de ce splendide autogoal de l'UDC, c'est que les défenseurs de la Suisse ne sont pas ceux que l'on croit et encore moins ceux qui se proclament tels, à coup de tous-ménages payés de la poche de M. Blocher, qui a fait sa fortune en commerçant avec l'étranger. 

19/08/2016

Autour du Brexit : un exemple de populisme destructeur

On se bat beaucoup pour définir ce qu'est le Populisme. Ce mouvement nous oblige à nous interroger. N'est-ce pas simplement "être populaire" ? "Parler aux gens de ce qu'ils veulent" ? "entendre le Peuple" ? "parler simplement" ? Descendre de son Olympe" ?Oui, tout cela est en partie vrai et c'est le "bon côté" du populisme, si l'on ose la formule. Car il contribue aussi remettre en question une manière traditionnelle de faire la politique, installée et confortable. Il devrait rappeler aux décideurs, même élus démocratiquement, qu'ils ne doivent pas perdre le lien avec la vie des "vrais gens". 

Mais il y a une face sombre. Elle éclate avec le succès du Brexit et la volte-face immédiat et scandaleux de ses partisans les plus acharnés : ce qui était vérité d'Evangile la semaine dernière (la Grande-Bretagne "donne" 350 millions de livres à l'UE chaque semaine !) devient subitement faux, de la bouche-même de M. Farage qui se fait tout petit. Le tonitruant M. Johnson ne veut soudain plus devenir Premier Ministre. 

Affirmer des choses que l'on sait fausses, mais que les électeurs veulent absolument entendre, voila un trait discernable du populisme. Quand en plus, ce discours repose sur un fond de critique légitime, parce que l'UE, mais surtout les Etats qui la composent, sont hautement critiquables en effet, le mélange est détonnant. Il faudra que les électeurs de la Petite Bretagne boivent the soup jusqu'à la lie pour vacciner les autres de croire bêtement à tout ce qu'on leur dit. Et vacciner aussi les (ir)responsables politiques d'affirmer tout et n'importe quoi sans pouvoir ni même vouloir l'assumer ensuite. 

Sans oublier que ce climat haineux ne peut pas avoir été sans influence sur l'assassinat de la députée Jo Cox, même si la campagne a soigneusement évité d'instrumentaliser ce crime odieux. Bien entendu, un tel déversement d'insultes et d'accusations a joué un rôle pour déclencher et "légitimer" l'acte d'une personnalité fragile et perturbée. Quand le cynisme mène au sinistre.