22/07/2015

C'est quoi un stage ?

Les jeunes qui manifestent sous la bannière "Pay your interns" ont raison. La multiplication des stages ou leur "gratuité" ont quelque chose de dérangeant. En particulier quand ces deux caractéristiques sont réunies. C'est quoi au juste un stage ? 

Pour l'employeur, c'est l'occasion d'accueillir un jeune, de lui faire découvrir son fonctionnement,  mais aussi de le tester ou de lui donner envie de poursuivre dans l'entreprise (ou l'organisation). Mais ce peut aussi être une manière de réaliser une tâche particulière qui demande un regard extérieur ou de durée limitée. Aucun de ces mobiles n'est condamnable mais pas non plus suffisant pour justifier à lui seul un stage. 

De l'autre côté, le stagiaire peut vouloir découvrir le fonctionnement d'une entreprise ou organisation, explorer une activité ou une branche, acquérir des contacts utiles, mettre en application des connaissances théoriques, ajouter une ligne utile à son CV ou gagner un peu d'argent pendant l'été. 

Le stage, c'est  un échange, comme tout contrat. Il n'est pas sain qu'il soit au bénéfice exclusif de l'une des parties. La rémunération est donc un élément important, d'autant plus que la tâche est moins formatrice. Et l'on connait de nombreux stages ou la "victime" est parquée plusieurs semaines devant une pile de papiers à trier, seule, sans rien apprendre de l'organisation ni de la branche qu'elle est sensée découvrir. De la formation ? Que nenni.

A l'inverse, la succession de stagiaires à un même poste, souvent très qualifiés en fait des stagiaires professionnels et détourne cette noble institution de son but légitime.

En résumé, un stage doit apporter quelque chose aux deux parties. Au stagiaire, une vraie expérience formatrice et / ou un salaire décent. En principe un honnête mélange des deux. 

 

11/07/2015

L'asile est un droit, la migration est une politique

C'est essentiel. A mélanger les deux, on pénalise gravement l'asile et tout ceux qui doivent pouvoir en profiter. La Suisse a accueilli généreusement les Boat people il y a 40 ans, elle a fait une place aux Hongrois après 1956, elle a accueilli les militants fuyant les états dictatoriaux d'Amérique latine pendant des dizaines d'années, elle l'a fait massivement avec les réfugiés du Kosovo et de l'ex-Yougoslavie dans les années 90'. Elle a fait son devoir de protection et d'accueil, voire d'insertion puisque nombreux sont ceux qui sont restés et se sont bien intégrés dans notre société. De leur côté, ils ont fait l'effort de s'adapter et de respecter la culture et la plupart des usages de leur pays d'accueil. D'autres sont retournés chez eux quand la situation s'est améliorée. 

En même temps, notre pays a fait de la place à une migration intra-européenne fondée sur l'offre d'emplois, souvent peu qualifiés qui ne trouvaient pas preneur sur le marché local. D'importantes communautés italiennes, portugaises et espagnoles se sont établies après l'abolition du statut de saisonnier qui faisait peu de cas de la vie familiale. 

La situation a changé. Avec une volonté de tout mélanger et d'obtenir pour tous le droit d'être accueilli, logé, nourri, soigné et intégré, l'extrême gauche prétend "défendre" des migrants économiques venus sous l'étiquette de l'asile et logiquement déboutés. C'est un mauvais combat car on se concentre sur 40 célibataires instrumentalisés alors que des milliers de véritables réfugiés ayant quitté l'enfer de Alep ou de Raqqa demandent un nécessaire asile. C'est un mauvais combat car ce ne sont pas le collectif du Grutli qui a le plus besoin de notre accueil.

A l'extrême droite, les nationalistes cherchent aussi à tout mélanger. Mais eux, c'est pour refuser tout le monde. Mélanger les réfugiés véritables et les migrants dans un salmigondi destiné à faire peur au brave citoyen effrayé d'avoir à accueillir toute la misère du monde dans son petit paradis. 

Ces deux approches sont malhonnêtes, inhumaines et finalement contribuent autant l'une que l'autre à rendre la tâche impossible à ceux qui veulent que la Suisse prenne normalement sa part du fardeau de l'asile. Car la tâche ne peut être traités que dans une coopération au niveau européen. Il est absurde de laisser nos concitoyens italiens et grecs supporter seuls la tâche d'accueillir 300'000 personnes par an.  

Et ne jamais oublier que, quand nous ergotons sur 3000 Syriens, le petit et courageux Liban (5 millions d'habitants) accueille plus de 1,5 millions de Syriens depuis deux ans alors qu'il est très nettement moins riche que nous ne le sommes. 

 

10/07/2015

Les Grecs ont dit non. Mais quelle était la question ?

Oui, le vote des Grecs est démocratique. Oui, je peux comprendre que beaucoup aient compris la queston qui leur était posée comme « êtes vous d’accord de subir une cure d’austérité durable ? ». Dans ce cas, c’est presque un miracle que 61% seulement aient répondu non. D’autant plus que les comptes primaires de la Grèce (soit les revenus moins les dépenses de l’Etat, hors paiement des intérêts de la dette) sont excédentaires depuis 2013. C’est dire que des efforts ont effectivement déjà été faits. Mais la question est plutôt … dans la question. Les Grecs ont dit non, mais à quoi exactement ?

J’étais à Athènes hier encore. Les habitants auxquels j’ai parlé pensent que leurs concitoyens n’ont pas dit non à l’Europe, sachant tout ce qu’ils lui doivent. Ils n’ont pas plus dit non à la fin d’une période dont ils savent bien qu’elle a amené leur pays à déraper sérieusement : mensonges sur le budget et les comptes pendant plusieurs années, avec l’aide intéressée d’une banque nord-américaine, pléthore de fonctionnaires (on parle d’un doublement de la fonction publique entre 2001 et 2013), retraites très précoces pour les mères de famille nombreuses, fréquents abus sur les pensions et retraites diverses.  Sans parler de la divine surprise, l’exemption de l’Eglise orthodoxe de tout impôt jusqu’à 2011, excepté sur ses activités strictement commerciales. Les comptes et les biens de cette véritable institution politiquement très crainte sont un modèle d’opacité. Et 10’000 prètres et évêques sont salariés par l’Etat !

Quant aux fameux armateurs grecs, leurs revenus sont aussi off shore que leurs 3700 navires. Selon la Constitution de 1960, ils ne paient qu’une taxe au tonnage sur les unités battant pavillon grec, soit un quart de la flotte, à l’exclusion de tout impôt sur les bénéfices alors qu’ils représentent presque 8% du fret maritime mondial.

Les citoyens sont bien conscients que les familles Papandréou et Karamanlis qui ont trusté les fonctions ministérielles pendant des décennies ont abondamment financé les avantages accordés à leurs clientèles électorales respectives par la dette publique. Avec Tsipras, ils ont donc salué l’arrivée d’un nouvel homme qui bouscule un ordre que l’on croyait immuable mais dont beaucoup avaient largement profité.

Le Premier ministre Tsipras ferait bien de s’attaquer à quelques vaches sacrées afin d’éviter de faire porter tout l’effort sur une classe moyenne qui ne peut pas échapper à l’impôt sur le revenu prélevé à la source et à une TVA à 23% (!). Et son ministre Varoufakis, le provocateur, n’était sans doute pas le mieux préparé à négocier à Bruxelles et Berlin. Ces derniers jours, j’ai vu de nombreux touristes allemands à Athènes. Ils n’avaient pas l’air inquiets ni menacés.

05/07/2015

Alcool ? Non, smartphone !

On voit de plus en plus souvent des véhicules à la conduite hésitante. Alcool ? Non, SMS !  C’est effrayant et inadmissible. Il faut absolument que les conducteurs résistent à l’envie « de faire juste un petit message ». Ce bref moment peut suffire à liquider une vie. Un piéton qui traverse, un cycliste qui roule normalement, un enfant sur un trottoir, ou simplement une colonne qui ralentit de manière inattendue. Et combien de voitures sortent légèrement de leur piste, innocemment. On se dit : « tiens, il conduit bizarrement celui-là ». Et si on dépasse le véhicule, on comprend. Un petit rien qui se transforme en un événement marquant d’une vie, pour toujours. La satisfaction de répondre immédiatement à un message ? Franchement, est-ce que ca vaut la peine ?

Pour se convaincre de ne pas ou plus commettre cette énorme bêtise, il vaut la peine de regarder cette petite video. www.youtube.com/watch?v=LmKznO6urwk

C’est une reconstitution, mais très bien faite. Beaucoup plus difficile de texter au volant après ca. A diffuser largement.

30/06/2015

Vive le football féminin !

Déjà séduit il y a quelques années par les matches disputés par les équipes féminines en coupe d'Europe, je suis définitivement conquis par la qualité des matches de la Coupe du Monde disputée au Canada. Vivants, tactiques mais aussi physiques, animés par la volonté de jouer, on y trouve toute ce qui fait un spectacle intéressant voire passionnant. Dans le jeu, on a vraiment la démonstration que le foot féminin n'a rien, mais alors absolument rien à envier au jeu montré toute l'année par ces messieurs. Une belle alliance de force et d'élégance. 

Pour l'instant, elles ne sont pas truqueuses, pas méchantes; on assiste à des gestes de sportivité que l'on a plus vu dans les matches masculins depuis des années. Moins de protestations et de jérémiades, un peu plus de cervelle peut-être.  

Contrairement à leur collègues masculins, elles ne semblent pas obsédées par leur look et leur coupe de cheveux. Une perte pour les coiffeurs, un bienfait pour le sport. 

26/06/2015

Contre Daech, une nouvelle forme de guerre

Avec les attentats commis par ou au nom de Daech ce vendredi en France, en Tunisie et au Koweit, nous allons encore être noyés sous les amalgames, les discours de repli, les déclarations haineuses et vaines. Je pense qu'il faut en retirer au moins deux leçons, dans l'immédiat : 

Il nous faut d'abord nous résoudre à reconsidérer ce qu'est la paix et la guerre. Avec Daech qui s'attaque à des cibles très différentes, le plus souvent civiles, avec une cruauté assumée et de manière toujours spectaculaire, nous avons une sorte de terrorisme 2.0 qui peut frapper avec très peu de moyens, d'une manière peu détectable à l'avance au coeur de nos nos sociétés. Il faudra donc nous résoudre à combattre ces dérives sectaires un peu partout. il faudra donc nous faire à l'idée qu'il y aura des pertes, civiles ou militaires. Car je suis convaincu que nous, habitants des états démocratiques et les sociétés ouvertes devrons mener un combat, en Iraq, en Syrie ou au Mali, contre les groupes djihadistes mobiles qui tentent de s'implanter ici ou là. Et il nous faudra résister avec calme, lucidité et courage au sentiment de panique que les terroristes vont tenter de porter dans nos vies. Ce pourrait très bien être en Suisse ces prochaines semaines ou mois. Il faut tout faire pour l'éviter mais aussi s'y préparer. 

Deuxièmement, il nous faudra éviter le piège qui nous est tendu par les fondamentalistes. Et pour cela, se demander quel est leur objectif et faire justement l'inverse. Ils admettent détester par dessus tout notre modèle de société ouverte et tolérante. Ils ne supportent pas le mélange des cultures, des religions, des coutumes, des opinions, bref, tout ce qui fait la richesse de notre vieille Europe. Alors tous ceux qui, chez nous, veulent nous amener à nous refermer, à haïr ou à développer un sentiment paranoïaque font le jeu Daech et des fondamentalistes. 

Notre meilleure défense passe par le respect du droit, le fonctionnement démocratique de nos société, notre ouverture aux autres. Rester fidèles à nos valeurs parce que ce sont elles qui sont attaquées. La réponse des américains à Abu Ghraib ou Guantanamo était la pire des solutions. Elle nous a fait perdre l'avantage du droit, de l'éthique et de la légitimité. Car les militants de Daech l'affirment régulièrement : ils aiment la mort autant que nous aimons la vie. Un sacré défi !

Enfin, nous ne devons pas oublier que la grande majorité des victimes de Daech sont des musulmans, souvent arabes, souvent pauvres. 

16/06/2015

Jeunes socialistes : le buzz à tout prix

Avec leur attaque frontale et grossière contre le mariage, les jeunes socialistes se sont vraiment plantés. Sauf à penser qu'ils en sont réduits à ça pour faire parler d'eux. En le qualifiant de "construction éculée", ils démontrent un esprit sectaire qui n'honore pas la jeunesse. C'est vrai, les sections "jeunes" de tous les partis sont souvent à l'origine de propositions qui ouvrent de nouvelles perspectives ou défrichent des terrains encore vierges. Un bon débat public n'a jamais fait de mal. Si l'on le fait pas de folles propositions quand on a 20 ans, quand les fera-t-on ? Service civil, mariage pour tous, voire même le revenu inconditionnel de base ont fait réfléchir et ouvert des débats.

Mais s'attaquer au mariage en le dénigrant dans les termes choisis par les jeunes du PS est simplement offensant pour tous ceux qui s'y sentent bien, sans même parler de ceux pour lesquels il représente un symbole important pour des raisons religieuses. Une démarche d'autant plus gratuite que de nos jours, personne n'est contraint de se marier s'il ne le souhaite pas. La reconnaissance pratique et légale du concubinage ou du partenariat enregistré ont supprimé l'obligation sociale de passer devant le maire et / ou l'autorité religieuse pour former une unité de vie et offrir un cadre raisonnablement stable à des enfants. Là, il ne s'agit pas de réformer une institution qui fonctionne mal mais de liquider quelque chose où beaucoup se retrouvent, s'ils le souhaitent. C'est très différent.

 

 

04/06/2015

Décimer : double barbarisme

Trouvé sur un site web où l'on n'est pas connu pour écrire avec les pieds: "La moitié des éléphants de Tanzanie décimés en cinq ans". C'est doublement désolant. D'abord et avant tout parce que ces splendides animaux ont vraiment mieux à faire que de voir une petite partie de leur corps terminer en sculpture, statue, coupe-papier et autre objet "d'artisanat local" mais usiné en Chine à l'attention des touristes. Pour qui a eu la chance de voir un troupeau d'éléphants se déplacer dans leur habitat naturel, c'est un crève-coeur. D'autant plus que leur ivoire finit toujours par leur être inutile... un jour. Il suffit donc d'attendre. 

Le second barbarisme est linguistique. Il semble que de plus en plus d'écriveurs ignorent ce que "décimer" veut dire : une assez horrible pratique militaire qui avant cours au temps des légions romaines et qui consistait à punir de mort un soldat sur dix d'une unité qui avait reculé devant l'ennemi. Le terme est trop souvent utilisé à tort pour parler d'un massacre ou de grosses pertes. Il est vrai qu'un sens dérivé signifiant "massacrer" semble admis depuis la fin du XVIIIème siècle par les dictionnaires. 

S'il avait été fixé à 10%, le projet d'imposition sur les successions aurait risqué de décimer les patrimoines familiaux et les PME au dessus de 2 millions. A 20%, c'est donc un massacre.

Dans la même veine, on lit parfois qu'un joueur de tennis a gagné son match "sans coup férir", ce qui est assez plaisant quand on sait que "férir" signifie "frapper". A moins de gagner par forfait, c'est compliqué de gagner comme cela à Roland-Garros.

 

17/04/2015

S'opposer aux abuseurs du quotidien

Selon le Haut Conseil à l'Egalité français, 100% des femmes ont subi une forme de harcèlement dans les transports publics au moins une fois dans leur vie. Une campagne rappelle les peines qui sont encourues pour ces agressions, qui vont de la remarque "relou" à l'agression physique sous la forme d'attouchements ou de viol. Elles peuvent être extrêmement lourdes. C'est nécessaire pour rappeler d'abord aux femmes qu'il ne faut pas subir sans rien dire, et utile utile pour que les agresseurs prennent conscience que ces atteintes sont vraiment graves. 

Mais cette enquête interpelle pour une autre raison : si toutes les femmes sont si fréquemment agressées, c'est en bonne partie parce que nos sociétés banalisent ces actes. Pourquoi les amis, l'entourage de ces abuseurs du quotidien, n'interviennent-t-il pas ? Pourquoi dans les bandes n'est-il pas honteux de s'en prendre à une femme, la plupart du temps seule ? Pourquoi les autres voyageurs n'interviennent-ils pas plus lorsque ces actes sont visibles ? Pourquoi les victimes restent-elles si souvent silencieuses sur le moment et renoncent-t-elles a porter plainte ensuite ? Je considère que c'est une attitude citoyenne indispensable que de s'opposer très clairement à de tels comportements chaque fois que nous en sommes témoins mais aussi quand des abuseurs tentent de s'en glorifier, de banaliser ou même de justifier ces insupportables agressions du quotidien. 

03/04/2015

Le risque 0

Le risque zéro est hors de portée même si le progrès technique a pu nous le laisser croire. Eliminer le facteur humain et tout automatiser ? Le très probable suicide du pilote allemand de GermanWings a ouvert un passionnant débat se société. Plus un moyen de transport est sûr, plus on parlera des accidents. Plus le crime est rare, plus il choque. Logique et presque mécanique. Peut-être faudra-t-il se réhabituer à l'idée que l'accident est possible et, pour notre santé mentale, en accepter la possibilité. Sachant que pour les victimes directes et leurs proches, l'occurence reste inacceptable. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi eux. Parce que.

Je pense qu'on peut tirer un parallèle avec la période de violence politique et religieuse, voire sectaire que nous vivons actuellement. Nous avons connu depuis les années 80 une période au cours de laquelle les actes de violence politique ont nettement diminué dans nos régions. Les actions menées par la mouvance djihadiste, en Europe, mais surtout, ne l'oublions pas, dans les pays à majorité et tradition musulmane, nous ramènent conduisent vers des temps où il faudra accepter que ce risque existe. Envisager la possibilité qu'un allumé commette un massacre tout près de nous, dans un univers qui nous est familier et que nous voyons et parcourons sans violence depuis des années. 

Il faudra lutter avec détermination, mais aussi accepter que toute lutte sérieuse implique le risque de perte. Le risque ne doit pas nous paralyser mais renforcer notre détermination. Dans son édition du 2 avril, l'Hebdo le disait à propos de Roger Federer : s'il est capable d'une concentration supérieure, c'est qu'il accepte le risque de perdre un point. Il se concentre sur l'objectif qui reste le Jeu. Nous aussi, nous devons regarder loin. Notre Jeu, c'est la défense des valeurs démocratiques et d'ouverture, sans naïveté mais sans peurs.