16/05/2014

Secret médical en prison : des exceptions justifiées

L'idée de limiter le caractère absolu du secret médical dans le cas de détenus potentiellement dangereux ayant commis des crimes graves et lorsqu'il s'agit de décider s'ils vont ou non pouvoir être remis en liberté me parait tout à fait raisonnable, nécessaire même. Le travail et l'honneur des responsables politiques, c'est de faire des choix entre différents intérêts et de prendre des décisions servant au plus près l'intérêt général. De respecter la proportionnalité des mesures aussi. Les Conseillers d'Etat Maudet et Poggia me semblent aller tout à fait dans ce sens. 

Il me parait tout à fait logique de poser des limites dans des cas précis. Bannir le secret médical du système carcéral serait bien entendu choquant, inacceptable et inutile. L'opposition de certains milieux médicaux peut se comprendre : ils craignent que la protection de leur secret professionnel ne soit progressivement rongée. Il faut les rassurer sur les limites strictes qui seront mises aux exceptions. 

L'indignation de certains milieux de gauche, les Jeunes socialistes en particulier, est tout à fait opportuniste. Sympathique dans sa fraiche naiveté mais navrante sur le fond puisqu'elle fait mine de comprendre que le secret médical serait totalement aboli en prison. Le blog TdG de leur président le confirme, "Pour faire simple, le secret médical disparaîtrait lors de notre entrée en prison...". Quand on veut tuer une réforme, on dit qu'elle a la rage....


Sur un autre sujet, ce même jeune et sympathique président compte faire alliance avec l'UDC et Christophe Blocher pour raboter les indemnités des parlementaires fédéraux "grassement payés" (Forum, mardi 13 mai). On notera combien il est chatouilleux sur les valeurs pour défendre les détenus dangereux et avec quel enthousiasme il est prêt à s'aligner sur le plus rétrograde des partisans de la Suisse de Heidi, partisan des expulsions sommaires, des enfermements infinis, de l'isolement de la Suisse.  Les alliances contre-nature réunissent parfois vieux lions et jeunes brebis (égarées ?). 

14/05/2014

A l'intérieur de la Patrouille des Glaciers 2014

La PDG, il faut s'y préparer longtemps à l'avance et on met du temps à s'en remettre, du grand parcours au moins. Si c'est bon pour la tête, je ne jurerais pas que ce soit excellent pour le corps. A moins d'être vraiment très bien entraîné ou jeune, de préférence les deux... Dix jours après la course, je n'ai toujours pas retrouvé toute la sensibilité de mes doigts saisis par le froid, au sommet de Tête Blanche, par -22°, à 3650m d'altitude sur le coup de 2 heures du matin. 

Bon pour la tête car cette course nous amène à faire des choses dont on ne se croyait pas capable. Passer des difficultés successives. Si les dernières montées sont physiquement les plus dures, elles ont le parfum de l'écurie. Mais les épreuves du tiers médian sont les plus pénibles, elles qui n'offrent que la perspective d'en attaquer d'autres. 15h40', c'est bien long (tu n'avais qu'à aller plus vite !). Bon pour l'équipe, parce qu'en patrouille de 3, on est jamais vraiment seul. Solidarité entre les patrouilles, mis à part quelques concurrents très pressés qui passent leur temps à en perdre pour en dépasser d'autres qui avancent deux fois plus lentement qu'eux. La difficile cohabitation des pros et des autres. Deux mondes. 

Bon pour les yeux. Un panorama extraordinaire de nuit, avec la procession laïque des lumignons sur la trace, les descentes encordées et nocturnes dans la poudreuse, la joyeuse cohue du ravitaillement d'Arolla, le lever du jour sur les Alpes et l'accueil des amis, familles et du public dans les rues de Verbier. 

Bon pour la Suisse et son image, par l'impeccable organisation mise sur pied par l'armée. Des soldats et officiers qu'il faut remercier pour leur compétence et leur bon état d'esprit. Et la décision de report des deux courses de 24h était excellente de lucidité et de communication. Seule l'attente, entre 30 et 60' au pied du col de Riedmatten démontrait que sur le plan de la participation, on avait sans doute atteint les limites de l'exercice. 

Finalement, l'émotion est au rendez-vous. Parfois où on ne l'attend pas : j'ai pleuré de joie et d'émotion, tout seul dans l'aube naissante, juste en imaginant l'arrivée. Où peuvent aller se nicher les forces de l'esprit humain qui va puiser dans la joie future la force de franchir les obstacles présents. Tirer un acompte émotionnel sur une récompense future. 

24/03/2014

Parkings en France : voir loin, penser large

Nous votons le 18 mai sur un crédit de quelque 3,1 millions pour contribuer à la construction de presque 1000 places parking relais sur territoire français, juste de l'autre côté de la frontière. Et certains, du côté de la droite nationaliste et conservatrice s'y opposent. Et pourtant, c'est une aubaine. Pour des raisons de pur marketing politique, UDC, MCG et PBD se placent dans une posture de rejet systématique. Pourtant, il n'y a presque que des avantages à dire oui, comme la majorité du Grand Conseil et le Conseil d'Etat. 

1. Nous manquons de place à Genève, les parkings en consomment beaucoup. Dans ce cas, le sol est fourni par la France. 

2. Nous voulons que ces véhicules n'encombrent pas nos routes d'accès et n'occupent pas les places de stationnement proches du centre ou ne jouent pas les voitures ventouse dans nos quartiers suburbains. Ces parkings permettent de les retenir loin de Genève. 

3. Nous voulons dépenser le produit de nos impôts avec parcimonie. Une place de stationnement nous coûte environs 3000 francs en France voisine, au moins le double si elle est construite en Suisse et 50 à 60'000 francs si elle est construite en sous-sol, ce qui est d'autant plus nécessaire que l'on s'approche du centre où le sol est rare et cher. 

4. Dans les cas sur lesquels nous votons le 18 mai, ce sont les communes françaises qui assurent l'entretien des parkings. 

5. Le plus intéressant, c'est que les dites communes françaises n'ont pas un intérêt fondamental à cette construction. C'est nous qui avons le plus à y gagner. 

Franchement, s'opposer à ce crédit, c'est vraiment faire preuve d'un manque de vision. Sommes-nous devenus aussi étroits d'esprit que la seule expression "dépenser des sous en France" hérisse le poil d'une majorité de votants ? Devra-t-on aller jusqu'à s'enfermer dans un Heidiland genevois, tellement contraire à l'esprit et à toute l'histoire de notre Canton ? Je n'ose le croire. 

21/03/2014

Vladimir Poutine a-t-il vraiment gagné ?

En apparence, le président russe à gagné. La Crimée retrouvera la place qu'elle avait dans la première orbite russe avant son rattachement à l'Ukraine en 1954. Mais, comme le dit très bien le journaliste Eric Hoesli, spécialiste de la région depuis plusieurs décennies, le camp "pro-russe" d'Ukraine a perdu un peu plus d'un million de votants. Les votes et élections ont désormais toutes les chances d'y tourner en défaveur de Moscou. Et, au vu de ce qui s'est passé en Crimée, l'Ukraine aura d'autant moins de scrupules à s'approcher de l'UE et de l'OTAN, ce qui est exactement ce que le Président voulait éviter. 

Sans parler des diverses sanctions prises et à prendre contre la Russie ou certains de ses responsables, la situation économique n'est pas bonne. La bourse est au plus bas depuis 2009 malgré un petit rebond, les investisseurs vont hésiter à s'y aventurer, l'économie dépend exagérément des exportation de gaz et de pétrole. Plus largement, la démographie y est mauvaise. 

Finalement, si personne n'est vraiment gagnant à l'issue de cet épisode, qui n'est peut-être pas tout à fait terminé d'ailleurs, la Russie pourrait bien sortir comme la vraie perdante de ce bras de fer au léger fumet de Guerre froide, même si cette page semble, elle, bel et bien tournée.

09/03/2014

"A 10 mètres !"

Pour terminer le weekend sportif, un petit billet léger. Comment en finir avec les incessantes réclamations des joueurs de football contre (presque) toutes les décisions arbitrales ? A part travailler en amont avec les formateurs et les plus jeunes joueurs, je ne vois qu'une solution, drastique mais extrêmement simple. Elle s'inspire d'un sport dont j'adore l'état d'esprit qui subsiste fort heureusement même après une dizaine d'années de professionnalisme. C'est l'arme absolue dans les mains de l'arbitre : "A dix mètres !" Chaque fois qu'une équipe ou une partie d'équipe discute une décision ou refuse de se reculer aux 10m réglementaires pour que le jeux puisse continuer, l'arbitre peut faire reprendre le jeu 10m plus en avant. Dans le plus extrême des cas, cela se termine dans la propre zone d'en-but de l'équipe indisciplinée et il y a essai. Fin de la discussion et début du jeu dans un état d'esprit positif. 

Est-ce un hasard si le rugby ne connait pas le phénomène du hooliganisme, qu'on n'y a jamais vu de grillages autour d'un terrain, si les supporters sont mélangés toutes couleurs confondues et non parqués séparément comme des fauves dans des zones fortifiées. Et on a jamais vu de compagnies de robocops passés leurs samedis ou dimanches en standby autour des stades pour gérer les flux de pseudo-supporters.

Au moment où l'on parle de la création d'une grande équipe de rugby à Genève qui pourrait tenter de jouer dans le championnat de France professionnel, cela fait réfléchir. 

26/02/2014

La démocratie des pseudos

A bien observer les commentaires aux blogs et aux articles de la TdG, il est intéressant de constater à quel point la violence des propos semble liée au fait qu'ils ne sont visiblement pas signés du vrai nom de leur auteur. Internet le permet et je veux bien croire que l'éditeur serait capable, si besoin, d'identifier tous les auteurs de contributions. 

Mais la plupart des commentaires incendiaires de ces derniers jours se gargarisent de démocratie, de son respect, de la volonté du peuple qu'il ne faut pas contrarier. Si l'exercice de la démocratie sous nos latitudes garantit heureusement le secret du vote, le débat politique, dans un Etat de droit comme le nôtre exige à mon avis que chacun assume ses opinions sans se cacher derrière des pseudos plus ou moins assumés.

N'y aurait-il pas là une petite contradiction ? Pour ma part, j'ai répondu à cette question en ne publiant que ce que je peux assumer. 

 

23/02/2014

Révolution et ouverture à Kiev

Ce samedi à Kiev, les Ukrainiens viennent de faire une révolution extraordinaire. De maturité, de sincérité, de dignité et d'ouverture. Indignés par la gloutonnerie du clan Ianoukovitch, devenu le plus riche du pays en trois ans, ils ont pris d'assaut la résidence ubuesque mais n'ont pas cédé à la colère : pas de pillage, pas de destruction. Il voulaient juste constater. Les choses ne se sont pas toujours passé ainsi lors des derniers Printemps et autres révolutions colorées ou fleuries.

Il reste cependant un grand danger : l'Est du pays pourrait être tenté par une aventure séparatiste, pour autant que certains agités se laissent séduire par des promesses poutiniennes plus ou moins ouvertement exprimées. Un soutien russe pourrait lancer cette fois non plus une révolution mais une vraie guerre civile. Espérons que les nouveaux responsables à Kiev sauront tendre une main sincère à leurs frères russophones de l'Est et que la grande Russie restera encore quelques jours toute à la clôture de ses estivaux Jeux d'hiver et à la célébration d'un beau triplé dominical de ses skieurs nordiques.

Et constatons finalement que les motivations des héros de Maidan sont plutôt tournées vers l'extérieur alors que ce qui semble avoir fait "bouger" une petite majorité de nos concitoyens à nous est plutôt l'erection de nouveaux murs législatifs, les murs mentaux étant déjà en bonne voie d'achèvement. Le grand Friedrich Durrenmatt l'énonçait déjà dans son fameux discours prononcé à Ruschlikon le 22 novembre 1990 lors de la remise du Prix Gottlieb Duttweiler au grand Vaclav Havel : les Suisses se sont réfugiés dans une prison dont ils sont à la fois les gardiens et les détenus. Les leçons des grands hommes sont éternelles. 

Et pour terminer, il faut saluer l'excellente couverture des événement de Kiev par France Inter. L'émission spéciale de samedi 22 février entre 19 et 20h était un modèle du genre. Correspondants sur place, intervenants de haute tenue tant à Moscou qu'à Kiev, Berlin et Paris. La radio reste un média extraordinaire quand elle se situe à cette altitude. 

17/02/2014

L'UDC devra rendre des comptes

Quand on lit ce qu'écrivent sur Facebook et ailleurs ceux qui se réjouissent encore du résultat du vote du 9 février, on peut douter qu'ils sachent vraiment ce qu'ils ont voté, ce que cela implique. Quand on lit la violence des arguments, le racisme visqueux qui suinte de certaines interventions, la haine qui irrigue souvent les arguments, on comprend que beaucoup ont donné un simple coup de gueule. C'est normal et compréhensible. Ce n'est pas nier la démocratie ni les considérer comme des imbéciles que de le dire. Nous votons tous sur la base de recommandations, de prises de position, d'impressions, d'expériences, voire de croyances, parfois d'impulsions plus ou moins réfléchies. Cette violence des partisans est d’autant moins justifiable que l’initiative est pleine de défauts, mais elle n’est pas raciste. Elle est nationaliste, récessive, excluante, mais pas raciste.

Dans le cas qui nous occupe, le grand responsable de ce qui est en train de se produire pour la Suisse est, et restera l'UDC et ses soutiens. La mauvaise humeur manifestée par l’UE est une chose, mais ce n’est pas la principale. Le pire, c’est l’incertitude que ce parti et ses suiveurs vont faire tomber sur la Suisse et sa partie actuellement le plus dynamique : la Suisse romande. Ce que l’UDC ne veut et ne peut pas dire, c’est que ses thèses se nourrissent surtout de ce qui ne va pas. Une région qui va bien lui est intolérable (il y a des problèmes, connus et combattus, mais elle va bien). Il lui faut donc amplifier le trouble, encourager la crise, casser les liens fructueux tissés avec patience depuis 1992, sans jamais le dire vraiment. L'UDC devra donc rendre des comptes, sur le plan politique, bien entendu. 

Ce n'est pas nier la démocratie que de le dénoncer mais au contraire la renforcer : quand on appelle le peuple à voter une initiative, la moindre des choses est d'assumer ses choix et ses thèses. Et continuer de les combattre, comme je le ferai ne veut pas dire qu'on rejette cette démocratie, bien au contraire. C’est justement avoir foi en elle.

 

 

11/02/2014

Oui, il y a paradoxe, et plus d'un

Le vote sur l'immigration nous a jeté non pas dans un, mais dans plusieurs paradoxes :

Celui que j'ai développé hier : c'est à ceux qui l'on combattue qu'il reviendra principalement de limiter les dégâts qu'elle causera, donc de limiter le tort que les initiants font à la Suisse, voire, dans le meilleur (le pire des cas) de contribuer à leur donner "raison". 

Paradoxal aussi que les partisans se retrouvent plutôt dans les cantons qui ne souffrent pas d'un afflux d'immigration. 

Paradoxal encore que les isolationnistes se trouvent principalement dans les cantons qui bénéficient largement de la péréquation intercantonale, alimentée par la prospérité due à une économie qui gagne un franc sur deux à l'exportation. 

Paradoxal que le besoin de sécurité ou de réassurance qui a motivé les partisans de l'initiative va justement nous jeter dans une période d'incertitude intérieure et extérieure.

Paradoxe encore que les vainqueurs du jour, qui vilipendent à longueur de journée "les politiques", viennent leur demander maintenant ce qu'ils comptent faire...

En démocratie, on fait le pari que le peuple a le dernier mot et donc qu'il a raison. C'est un axiome. Par contre, rien ne dit qu'il prenne toujours de bonnes décisions. On peut donc avoir raison et ... se tromper.

10/02/2014

Des leçons et un énorme paradoxe

Il y a plusieurs enseignements à tirer du vote de ce weekend et un énorme paradoxe.

Tout d'abord, noter que notre système démocratique est extraordinaire. On ose débattre de tout (parfois de rien), puis le peuple vote, ce que la plupart de nos voisins ne font pas. Nous pouvons en être fiers.  

Puis constater qu'il y a plusieurs Suisse : celle dessinée par les régions linguistiques mais surtout le fossé qui sépare les villes des campagnes. Une Suisse confiante et une Suisse méfiante. Celle de ceux qui sont en charge de faire fonctionner le pays avec la part de compromis parfois douloureux que cela implique et ceux qui s'offrent le plaisir de coups de gueule dont d'autres devront gérer les conséquences. 

C'est là que se trouve l'énorme paradoxe : il reviendra à ceux qui se sont le plus engagés contre l'initiative de gérer les conséquences de son acceptation. Sauf à jouer la politique du pire, ils seront contraints de se battre pour donner raison aux initiants qui affirment que l'on peut tout renégocier avec l'UE et que l'initiative va faire du bien à notre pays. C'est certainement ce profond malaise qu'a voulu exprimer assez logiquement le PLR suisse en proposant de confier à M. Blocher le soin l'aller négocier à Bruxelles les suites de son initiative. Un Blocher qui, il n'y a pas si longtemps, ne jurait que par une voie bilatérale qu'il saccage actuellement.