22/07/2010

Eviter le piège

Choquant, mais...

Au premier abord, la vision d’une femme couverte des pieds à la tête est choquante, plus encore en Suisse. Cela ne correspond ni à notre éducation, ni à notre mode de vie, ni à rien d’autre de ce qui se fait ici. C’est choquant et déplaisant. Se voiler entièrement ne répond pas à une prescription religieuse, ce que confirment bon nombre de musulmans éminents. Mais...

 

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13/07/2008

Burqa, naturalisation et libertés individuelles

Le Conseil d’Etat français vient de rendre une décision importante parce qu’elle pose les bases d’une jurisprudence en matière d’intégration. Mais il y est souvent fait référence dans des termes qui me paraissent discutables. La plus haute autorité administrative française a en effet décidé que le style de vie induit par une pratique radicale de l’Islam était un élément qui empêchait l’octroi de la nationalité française*.

De ce point de vue, il me paraît indiscutable qu’une personne qui demande une nationalité doit démontrer un certain degré d’intégration dans la communauté nationale. Il ne fait aucun doute que le port de la burqa et l’acceptation d’une soumission massive à l’autorité du mari représentent une contradiction majeure avec ce principe.

Je regrette que les médias expliquent trop souvent cette décision par une incompatibilité entre naturalisation et religion musulmane. C’est à mon avis faux et dangereux. La République laïque n’est pas hostile à la religion ni même à sa pratique dans la sphère privée. Séparée de l’Etat depuis un siècle, elle reste protégée, quelle que soit la religion en question. Dans le cas qui nous occupe, ce n’est pas la religion qui pose problème mais ses débordements sur la pratique sociale et le statut de l'individu.

Il y a des principes sur lesquels nos Etats ne peuvent pas transiger : égalité des sexes, liberté de l’individu, liberté d’expression, le tout dans le cadre de la loi démocratiquement adoptée (et non de la loi divine).

Cet arrêt est une bonne chose en tant qu’il fixe des limites à la pratique religieuse dans notre société, à son caractère ostentatoire (confirmation des décisions sur le voile à l’école) ou à ses possibles contradictions avec les valeurs républicaines.

Il pose cependant d’autres questions qui sont intelligemment soulevées dans plusieurs médias français : qu’en est-il de son mari, français lui, qui est à l’origine de la pratique rigoriste de l’Islam et de ses conséquences sociales et personnelles. D’où le titre légèrement provocant du blog de Maître Eolas (http://www.maitre-eolas.fr/2008/07/11/1030-faut-il-etre-francaise-pour-porter-la-burqa).


*(« il ressort des pièces du dossier que, si Mme M… possède une bonne maîtrise de la langue française, elle a cependant adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes ; qu'ainsi, elle ne remplit pas la condition d'assimilation posée par l'article 21-4 précité du code civil ; que, par conséquent, le gouvernement a pu légalement fonder sur ce motif une opposition à l'acquisition par mariage de la nationalité française de Mme M…. »)