31/08/2015

Liberté d'expression

Je suis en désaccord avec la plupart des thèses soutenues par MM. Blocher et Freysinger, je  ne partage pas leur vision de la Suisse ni leur manière de faire de la politique. Je pense qu'ils ont fait et font du tort au Pays que j'aime. 

Par contre, je suis sans aucune ambiguité pour qu'ils puissent s'exprimer librement, dans le cadre de la loi. Je désapprouve tous ceux qui appellent à perturber la manifestation à laquelle ils doient participer ce soir 31 août à Genève. Que l'on contre-manifeste est parfaitement légitime. Qu'on les contredise, ce que je fais souvent. 

Ceux qui voudraient s'y opposer par la violence ou les désordres seraient à la fois dans l'illégalité et dans l'erreur tactique. Il n'y a pas de meilleure manière de légitimer quelque chose que de s'y opposer illégalement. A moins qu'il n'y ait une alliance objective de soi-disant opposés qui n'aient au fond qu'un objectif : saper notre démocratie actuelle, imparfaite mais pas si mal en comparaison internationale. Le sous-titre du mouvement RAGE ?  "Fight the Power - Free the Prisoners - Fuck the Police". Nous voilà franchement rassurés !

19/08/2015

Genève, la 5eme Suisse et le vote électronique

J’ai passé samedi dernier au Congrès des Suisses de l’étranger réunis à Genève. Pour avoir vécu 18 ans hors de Suisse avec le CICR, je sais à quel point le lien avec nos origines est important. Cette 5ème Suisse a une vision très réaliste de notre pays, elle sait combien il est dépendant de ses relations le monde. Mais nos compatriotes sont aussi très attachés à pouvoir exercer un droit fondamental, qui est aussi un devoir : le vote. 

Dans le monde actuel, c’est par la voie électronique que ce droit peut vivre. Combien de fois dans les années 90, ai-je reçu trop tard mon matériel électoral par la voie postale et n’ai pas pu exprimer mon vote. Les échanges de courrier avec la Tchétchénie, Gaza, la Colombie ou le Koweit en guerre n’étaient pas idéales. Sous la brillante présidence de Jacques-Simon Eggly, l’Organisation des Suisses de l’étranger a mis au premier rang de ses demandes la généralisation du vote électronique des expatriés. Pour les élections fédérales de 2015, cela ne sera malheureusement possible que pour les citoyens expatriés de 4 cantons, dont Genève.

Notre canton a développé CHvote, un système original dont le contrôle reste complètement en main publique et donc démocratique. Un autre système conçu à la demande d’un consortium de 9 cantons principalement alémaniques a été confié à une société privée américaine. Connaissant la tendance de nos cousins du Nouveau Monde à collecter illégalement des données personnelles, on peut se féliciter de ce que la Confédération n’ait pas validé ce système.

Comme ancien expatrié et fervent partisan de renforcer les liens avec tous nos compatriotes à l’étranger (la Suisse est le pays en paix qui a la plus grande proportion de ses propres citoyens vivant dans un autre pays), j’aimerais que la Confédération et les 22 autres cantons utilisent l’outil développé à Genève pour permettre à nos expatriés de s’exprimer politiquement. Un système qui a fait ses preuves et sera accessible à 95'000 électeurs, soit  30% du corps électoral genevois cet automne, dont environ 22'000 Genevois de l’étranger. Lucerne et Bâle ville l’utiliseront également. Neuchâtel a développé lui aussi son propre système avec une entreprise espagnole.

La décision de la Chancellerie fédérale de ne pas autoriser l’utilisation du système proposé par le consortium mené par Zurich et Argovie est salutaire mais il est dommage qu’elle soit intervenue si tard. Si l'Etat ne doit pas tout faire, organiser le vote fait bien partie de ses tâches régaliennes. De ce point de vue, il est inquiétant de constater que 9 cantons étaient prêts à prendre un risque de sécurité que la Confédération les a heureusement empêchés de prendre. Sur le plan économique, notre pays ne peut pas se permettre de développer trois systèmes différents.

Espérons que la Suisse pourra très bientôt offrir à tous ses citoyens expatriés un système totalement sécurisé et « domestique » afin que la 5eme Suisse ne soit pas la 5eme roue du carrosse fédéral et participe pleinement aux décisions qui la concernent aussi.

 

25/05/2014

Elections européennes : seulement 25% pour le FN !

Ce lundi, les analystes diront que 25% des voix pour le FN aux élections européennes, c'est énorme. J'aurais personnellement souhaité que ce fût moins, mais c'est ainsi, le peuple s'est exprimé. Et à ce propos, ceux qui se croient obligés de dire qu'il s'agit "d'un jour sombre pour la démocratie" se trompent. Même s'il nous déplait, ce vote est certainement démocratique.

Au risque de nager à contre-courant, je pense que ce score est finalement assez faible. Voici pourquoi :

1. les partis au pouvoir en France ces dernières années ont montré un visage pathétique. Inconsistance politique du parti socialiste, incurie du gouvernement Ayrault d'un côté, misérable guerre des cheffaillons et troubles affaires financières à l'UMP de l'autre côté. Il est facile au FN de surfer sur cette vague de ratage généralisé, d'autant plus qu'il n'exerce pour l'instant que le ministère de la Parole Facile et n'est pas vraiment jugé sur son programme économique pourtant absurde, notamment la sortie de l'Euro et la restauration des frontières nationales.

2. les gouvernements français successifs et européens en général ont pris l'habitude de se dédouaner de tous leurs échecs et des aléas de la crise sur le dos de Bruxelles. Il est impossible de faire partager et apprécier les succès européens qui sont nombreux et remarquables lorsqu'on passe onze mois sur douze à critiquer les "bureaucrates non élus de Bruxelles". Les électeurs ont en bonne partie voulu sanctionner les faiblesses de leurs dirigeants nationaux lors d'une élection qu'ils considèrent (et que la presse continue de décrire) comme peu importante pour leur avenir immédiat et leur vie quotidienne. Le paradoxe est que jamais une élection européenne n'a été si démocratique ni n'aura eu autant d'impact sur la future Commission européenne. Jamais un Parlement européen n'aura eu autant de pouvoir que celui qui est désigné ce jour.

3. la mondialisation économique en marche, le village global crée par internet et le bouleversement des équilibres géopolitiques qui s'annonce autour de la Vieille Europe désorientent une grande partie des citoyens. Le repli présenté comme possible par les populistes de tous bords devient soudain synonyme de sécurité pour l'électeur moyen. Un nouveau cocooning.

4. la critique est toujours plus facile que l'exercice du pouvoir. Cela se vérifie en France comme à Genève ou en Suisse. Les résultats des 9 février et 18 mai l'ont encore montré.

5. personne n'a su présenter l'aventure de l'Union européenne sous un jour positif. Jacques Delors est probablement le dernier à avoir eu l'épaisseur politique et humaine suffisante pour l'incarner en France.

6. le FN a certainement réussi une véritable mue de son personnel politique, diluant le petit noyau rance de vieux fascistes "historiques" dans une nouvelle masse de néo-conservateurs plutôt xénophobes, islamophobes, isolationnistes et cyniques. Plus jeunes et présentables, ses cadres ont appris à marteler un message simple, voire simpliste, sans paraître douter jamais.

Poussé par toutes ces circonstances favorables, le score du FN, qui marque les esprits et les statistiques électorales, n'est au fond pas si important. J'en veux pour preuve qu'interrogés sur la substance des questions européennes, la majorité des électeurs français ne veulent ni sortir de l'Union, ni quitter l'Euro.

26/02/2014

La démocratie des pseudos

A bien observer les commentaires aux blogs et aux articles de la TdG, il est intéressant de constater à quel point la violence des propos semble liée au fait qu'ils ne sont visiblement pas signés du vrai nom de leur auteur. Internet le permet et je veux bien croire que l'éditeur serait capable, si besoin, d'identifier tous les auteurs de contributions. 

Mais la plupart des commentaires incendiaires de ces derniers jours se gargarisent de démocratie, de son respect, de la volonté du peuple qu'il ne faut pas contrarier. Si l'exercice de la démocratie sous nos latitudes garantit heureusement le secret du vote, le débat politique, dans un Etat de droit comme le nôtre exige à mon avis que chacun assume ses opinions sans se cacher derrière des pseudos plus ou moins assumés.

N'y aurait-il pas là une petite contradiction ? Pour ma part, j'ai répondu à cette question en ne publiant que ce que je peux assumer. 

 

16/07/2008

Minarets : le jeu dangereux de la réciprocité

L’un des arguments avancés par les promoteurs de l’initiative anti-minarets est celle de la réciprocité. En effet, il peut paraître séduisant de dire que l’on autorisera la construction de minarets en Suisse lorsqu’il y aura des clochers à Jeddah. Séduisant mais trompeur pour deux raisons au moins.

La première est qu’il existe des églises en pays musulman. Même si elles ont connu ou connaissent des difficultés parfois majeures, les pratiques religieuses non musulmanes peuvent coexister avec l’Islam.

La seconde me paraît plus importante. L’argument de la réciprocité doit être utilisé de manière positive et non négative. On peut se montrer ouvert à la pratique privée de l’islam et d’autres religions, y compris à l’édification de lieux de culte et de minarets, dans les limites des règlements d’urbanisme et des plans de quartier, comme tout autre construction humaine, et faire valoir cette position pour promouvoir l’ouverture de notre société face aux intolérances des autres. C’est un faux calcul que d’imiter ceux que l’on accuse (non sans raisons) d’être d’affreux rétrogrades. C’est se mettre au même niveau qu’eux et en quelque sorte légitimer leur propre position par la nôtre.

Est-il utile de préciser là que je me sens profondément laïc. C’est une position de principe qui repose absolument pas sur une quelconque volonté de promouvoir les constructions religieuses quelles qu’elles soient. Elle repose sur des valeurs de tolérance et l’intérêt bien compris de nos sociétés démocratiques et pluralistes face à une remise en question de la part de fondamentalismes variés, tant religieux que national-populistes.