03/06/2018

Asile et migration : une confusion juridique qui arrange tout le monde ?

L'asile sert à protéger une personne qui est gravement menacée dans son intégrité physique dans l'Etat qu'elle a quitté. C'est un droit, il ne se discute pas. Il peut justifier que pour sa défense, on enfreigne certaines lois. L'équivalent d'une sorte d'état de nécessité. La migration, par contre, est une politique, c'est tout à fait différent. Si le migrant individuel a le droit de chercher à migrer, les Etats de destination ont eux aussi le droit d'établir des règles selon lesquelles ils acceptent ou non cette migration et de faire des choix. Le Canada par exemple, se base sur les compétences professionnelles ou la capacité d'investir. Dans le domaine de l'asile, ces mêmes Etats ne peuvent restreindre le droit fondamental à obtenir protection mais doivent vérifier si les menaces qui justifient l'asile sont avérées ou non. Ni plus, ni moins.

Ce n'est pas la première fois que je rappelle cette distinction. Pour moi, elle est centrale. L'ignorer ou la refuser brouille le débat avec plus ou moins de mauvaise foi. En termes de politique nationale, le résultat est une double hypocrisie : la droite xénophobe veut limiter au maximum même le doit d'asile et supprimer la migration en caressant les nationalistes dans le sens du poil. Une certaine gauche, naïve, cherche à tout mettre sous le chapeau de l'asile et estime de plus qu'il y a un devoir pour les pays de destination d'accepter globalement la migration. Assez logiquement, cette gauche rejette l'idée même que l'on puisse refuser à quelqu'un d'entrer ou rester chez nous (au sens large en Suisse ou en Europe). C'est de là que sont issus les slogans tels que "pas d'expulsion !". C'est la négation de la loi et du droit de l'Etat à avoir une politique face à la migration.

Les uns et les autres se trompent et font du tort à la cause qu'ils prétendent défendre par leurs positions extrêmes et rigides. La droite identitaire et xénophobe, vit dans un monde idéalisé coupé du réel. En Suisse c'est le retour à Heidiland. Par sa dureté, elle légitime et renforce les positions de ses adversaires. La gauche, drapée dans les bons sentiments, méprise les perceptions d'une partie de la population qui défend légitimement ce qu'elle perçoit comme une menace contre son mode de vie. 

Une partie du problème vient de ce que nous manquons d'Europe. A force de se défausser sur Bruxelles de toutes nos lâchetés et frustrations nationales, on l'a rendue impuissante au point qu'elle a été contrainte d'abandonner l'Italie et la Grèce qui gèrent seules l'afflux aux frontières sud. Et la politique suisse reste d'une très grande frilosité sur ce point, sous la pression de l'UDC qui, d'une main créée les problèmes, réels ou fantasmés, pour ensuite prétendre les combattre de l'autre. Comme si une compagnie de sécurité sponsorisait en sous-main l'insécurité pour soutenir son business. Avec ces doctrines-là, on a pas fini de polémiquer sur des bases factuelles et légales erronées. 

14/09/2016

Lier intégration et permis de résidence : une évidence bienvenue

Le Conseil national a adopté ce mercredi plusieurs mesures dont une me parait une évidence telle qu'il est étonnant qu'elle ait fait autant débat : lier l'intégration, et par conséquent la volonté de faire partie de la société, avec l'attribution d'un permis d'établissement. Pour moi qui ai vécu plus de 15 années à l'étranger, il a toujours été évident que celui qui prétend être accueilli et accepté dans une société qui n'est pas la sienne doit faire quelques efforts pour le mériter. Cela découle du simple respect de l'hospitalité, une notion dont la signification est connue dans le monde entier. Ce n'est pas parce que chez vous, vous avez l'habitude de mettre les pieds sur la table que vous pouvez vous permettre de faire de même dans la maison de celui qui vous accueille. 

Dans le domaine migratoire, cela se traduit par la possibilité de conclure des contrats d'intégration, qui mettent en lien les droits et les devoirs de ceux qui veulent vivre chez nous. Si certains points vont de soit, il vaut tout de même la peine de le préciser très clairement : le respect de la loi et des coutumes est nécessaire pour prétendre à un permis de longue durée. Je considère que d'autres actions telles que l'apprentissage d'une langue nationale, la participation à des activités sociales et associatives, la connaissance des us politiques et culturels est également centrale à une bonne intégration. A l'opposé, le fait de vivre en milieu fermé, dans sa communauté, sans contact avec l'entourage n'est pas une bonne chose et dénote une absence de volonté d'interagir avec la société. 

Je sais par expérience qu'il n'est pas très difficile de consacrer un peu de temps à apprendre les rudiments de la langue du pays d'accueil. Je l'ai personnellement fait cet effort en espagnol, russe, arabe. Et même en suisse allemand !

Pour tout authentique partisan de la maxime "libre et responsable", lien entre droits et obligations est une évidence qui devrait s'étendre bien au-delà du simple libéralisme.