24/10/2016

Taxe sur le sucre ? Oui, mais pas n'importe comment.

Taxer doit être un ultime recours. L'idéal, c'est l'information et la sensibilisation. Mais celle-ci a aussi ses limites quand on sait quels efforts certains secteurs de l'industrie alimentaire sont prêts à faire pour nous faire acheter des aliments qui finissent pas nous faire du mal. Et les plus vulnérables sont les plus modestes. Ce n'est pas un hasard si les zones de pauvreté à Genève sont également celles où l'obésité est la plus présente (étude basée sur le Bus santé des HUG, publiée en février 2013). Voulons-nous suivre l'exemple des Etat-Unis où n'importe quelle réunion publique nous montre une proportion d'obèses effrayante ? 

On sait que le prix est la variable la plus efficace pour influencer un comportement. Alors je dis oui à l'idée d'une taxe. Mais pas n'importe comment. Les sommes collectées doivent être rendues par d'autres moyens et pas seulement consacrées à la prévention car l'augmentation du prix est déjà une mesure de prévention. Ces sommes doivent être rendues par des baisses de primes maladie ou une baisse de la fiscalité. La méthode choisie aura bien entendu une signification politique puisque tous les modes de restitution ne bénéficieront pas exactement aux mêmes personnes. Le "mais", c'est la condition de ne pas augmenter le taux global des prélèvements. La France, la Finlande et la Hongrie l'ont fait, la Grande-Bretagne, l'Afrique du Sud et les Philippines s'y préparent.

De grands groupes alimentaires ont lancé une initiative basée sur le volontariat et l'autodiscipline qui vise à restreindre les campagnes de publicité destinées directement aux enfants. C'est bien, mais Il faut que ces initiatives soient contrôlées par une instances indépendants pour éviter les purs effets d'annonce. Mais il faut aussi que les producteurs s'engagent à produire des aliments plus sains et améliorent l'affichage des qualités nutritionnelles de leurs produits, pour que le consommateur puisse aussi faire un choix éclairé. 

18/02/2016

Etat d’urgence perpétuelle ?

La prolongation de l’Etat d’urgence en France me paraît être à la fois une erreur et un contresens. Instauré dans la nuit du 13 au 14 novembre après les attentats qui ont frappé Paris, il devait permettre aux forces de sécurité de frapper un grand coup contre une menace terroriste extraordinaire. Avec certains effets initiaux et des facilités accordées aux forces de sécurité. De l’avis général, cet effet, de surprise, a été utile mais son efficacité s’est depuis lors largement dissipée.

La prolongation est un contresens et en même temps un aveu de faiblesse. Nous avons tous dit que pour faire face aux terroristes et leur nier la victoire, il était nécessaire de reprendre une vie normale et ne pas abdiquer nos plaisirs et nos libertés. Maintenir un état, par définition exceptionnel, c’est une fausse politique qui donne les mauvais signaux. Volonté de « rassurer » ? Là aussi, c’est à mon avis raté. Volonté de « se couvrir » ? Pour éviter l’accusation de légèreté si quelque chose devait se produire ces prochaines semaines ? C’est encore une faute, parce qu’il se produira forcément quelque chose, tant que les causes et le vivier de ce terrorisme n’aura pas été asséché.

Il faut au contraire sortir de l’Etat d’urgence, quitte à y revenir plus tard si la situation devait l’exiger. Parce que le prolonger veut aussi dire qu’on est incapable d’apporter au dispositif normal les ajustements nécessaires, de tirer les leçons des précédents attentats, des ratés de la sécurité, des failles dans la détection et le traitement des alertes.

Y a-t-il encore derrière cette paralysie une guerre des polices ou des services, ou simplement l’insigne faiblesse d’un gouvernement qui consacre toute son énergie à se positionner en vue des présidentielles de 2017 ? Je crains que ce soit un peu de tout ça.

15/01/2016

Quand le MCG joue Paris contre Genève et la Région

J'ai de la peine à comprendre : pourquoi Roger Golay défend-il un projet aussi idiot que la dénonciation de l'accord de 1973 avec la France sur l'imposition des travailleurs frontaliers qui nous est si favorable ? Le président du MCG qui est une personne de bon sens risque sa crédibilité dans cette affaire. Juste parce que son président d'honneur (de leçons) veut à tout prix taper sur la France et les frontaliers ? 

Il y a plusieurs raisons de combattre cette initiative idiote et dangereuse. J'en retiens deux : 

1. si on passe au système que veut l'initiative, c'est la France (celle de Paris) qui percevra l'impôt et les communes de résidence des frontaliers ne verront jamais la couleur de ces millions. Ils auront disparu dans les comptes de la Nation, largement déficitaires. Les projets de ces communes seront dans les limbes, c'est la région qui perdra. Est-ce ce que veut Roger Golay ? Je ne peux pas le croire.

2. Si on passe au système Stauffer, c'est la France (de Paris) qui maitrisera les versements. Et je souhaite bonne chance à nous autorités, quelles qu'elles soient, pour récupérer ces fonds à Paris...

Alors de grâce, est-ce que le plaisir de taper sur la France et de se payer un nouveau tour de manège médiatique vaut vraiment la peine de faire perdre plusieurs centaines de millions à Genève et aux communes frontalières ? Je ne peux pas croire que ce soit ce que veut Roger Golay.

07/12/2015

Un fumet d'indécence

Le FN progresse démocratiquement. C'est triste mais c'est un fait. Blâmer la presse pour cela est idiot. Elle n'est pas parfaite mais sa tâche est délicate, toujours. Elle le sera de plus en plus. Il y a un vote de défiance envers les responsables actuels et passés, l'envie de voir autre chose, à mon avis sans trop d'illusions sur le fond. Les électeurs savent bien qu'il n'y a pas se solution miracle. Mais ce qu'ils détestent, c'est la désagréable impression qu'une certaine classe politique se fiche de leurs problèmes et se bat exclusivement dans le petit aquarium de la petite politique spectacle, un peu mesquine, un peu vaine et surtout tellement tournée vers eux-mêmes.

Un débat "entre soi" qui ne concerne pas vraiment les citoyens. On assiste à des débats sur les alliances qui donnent l'impression que les listes se considèrent comme propriétaires de leurs électeurs du premier tour, ce qui est bien entendu faux. Mais aussi toutes ces affaires qui semblent toucher chaque parti installé, quel que soit leur positionnement politique. Et ce parfum d'indécence qui flotte autour des responsables politiques de gauche comme de droite. Corruption, fonds spéciaux, frais de campagne exagérés, mais aussi les actions troubles des Balkany et d'autres que la justice semble incapable d'atteindre, des ministres nommés et aussitôt démissionnés. Des réseaux, des petits amis et, fatale erreur bien que parfaitement légale, la célébration d'une victoire présidentielle au Fouquet's. Des symboles, certes, mais importants. Gouverner, c'est aussi envoyer des messages, littéraux ou subliminaux. Quand ils sont contradictoires, ça coince, ça gronde et ça finit par craquer. Dans les urnes quand le cadre constitutionnel tient le coup, dans les rues et à la Bastille quand il craque. 

Les plus populaires actuellement : des personnages comme Alain Juppé qui, depuis plus de 10 ans a conduit une extraordinaire mutation de sa commune de Bordeaux. Idem à Lyon avec Gérard Collomb. Des élus pas trop profilés, qui travaillent sur le terrain. MM. Barre ou Delors sont aujourd'hui perçus comme des hommes d'Etat sérieux, honnêtes et compétents, avec une vision et une ligne, que l'on soit on non d'accord avec eux. Et à leur époque, le FN se limitait à quelques petits %. Et à gauche, Daniel Cohn-Bendit dit des choses intéressantes, bien plus sensées et indépendantes que sa vieille étiquette de "le Rouge" ne peut le laisser penser. 

Le politique a un vrai devoir de responsabilité et de sérieux. Ce n'est pas moralisateur, c'est indispensable. Ou les deux. 

 

24/03/2014

Parkings en France : voir loin, penser large

Nous votons le 18 mai sur un crédit de quelque 3,1 millions pour contribuer à la construction de presque 1000 places parking relais sur territoire français, juste de l'autre côté de la frontière. Et certains, du côté de la droite nationaliste et conservatrice s'y opposent. Et pourtant, c'est une aubaine. Pour des raisons de pur marketing politique, UDC, MCG et PBD se placent dans une posture de rejet systématique. Pourtant, il n'y a presque que des avantages à dire oui, comme la majorité du Grand Conseil et le Conseil d'Etat. 

1. Nous manquons de place à Genève, les parkings en consomment beaucoup. Dans ce cas, le sol est fourni par la France. 

2. Nous voulons que ces véhicules n'encombrent pas nos routes d'accès et n'occupent pas les places de stationnement proches du centre ou ne jouent pas les voitures ventouse dans nos quartiers suburbains. Ces parkings permettent de les retenir loin de Genève. 

3. Nous voulons dépenser le produit de nos impôts avec parcimonie. Une place de stationnement nous coûte environs 3000 francs en France voisine, au moins le double si elle est construite en Suisse et 50 à 60'000 francs si elle est construite en sous-sol, ce qui est d'autant plus nécessaire que l'on s'approche du centre où le sol est rare et cher. 

4. Dans les cas sur lesquels nous votons le 18 mai, ce sont les communes françaises qui assurent l'entretien des parkings. 

5. Le plus intéressant, c'est que les dites communes françaises n'ont pas un intérêt fondamental à cette construction. C'est nous qui avons le plus à y gagner. 

Franchement, s'opposer à ce crédit, c'est vraiment faire preuve d'un manque de vision. Sommes-nous devenus aussi étroits d'esprit que la seule expression "dépenser des sous en France" hérisse le poil d'une majorité de votants ? Devra-t-on aller jusqu'à s'enfermer dans un Heidiland genevois, tellement contraire à l'esprit et à toute l'histoire de notre Canton ? Je n'ose le croire. 

17/01/2013

Mali : une intervention bienvenue mais pas sans danger

Au Mali, la France a bien agi. Cela fait plusieurs mois que des discussions ont lieu avec le Conseil de sécurité de l'ONU, avec les principaux alliés européens et américains. Les Etats voisins ont été impliqués dans le projet d'intervention contre ce qui menace de devenir un véritable sanctuaire pour AQMI et les terroristes qu'il fédère. L'immense majorité des maliens semble également approuver cette intervention. La prise d'otages de mercredi en Algérie n'y changera rien : acculés, les terroristes vont frapper là où ils le peuvent pour faire douter ceux qui les gènent et tenter de frapper l'opinion. A partir de là, je vois trois dangers principaux : 

1. que les opérations militaires se déroulent mal, piétinent ou causent des dégats humains importants, tant parmi les civils que dans les rangs des combattants alliés. C'est un risque qui est inhérent à toute intervention militaire.

2. que la France soit laissée seule sur le plan militaire et politique, que les opportunistes de tout poil ne commencent à agiter le spectre du colonialisme. Cette intervention n'a, cette fois, que très peu à voir avec la Françafrique du siècle passé. Le contexte est différent, l'intervention n'est pas liée au changement de régime interne, bien qu'il y ait eu un coup d'état militaire à Bamako en 2012.

3. qu'un amalgame soit fait entre les allumés d'AQMI et l'Islam en général, comme certains commentaires sur le net commencent à l'indiquer. Ce fondamentalisme anti-occidental n'y rien a voir avec l'essence de cette religion. Il ne fait qu'en récupérer quelques éléments coupés de leur contexte et surfe sur les dérives d'individus à la dérive. 

Finalement, on peut espérer qu'un accord sera trouvé rapidement avec les forces touaregs dont une bonne partie sont tout à fait laiques et totalement opposé à l'application de la charia que les islamistes ont imposée à la moitié du Mali.