17/01/2013

Mali : une intervention bienvenue mais pas sans danger

Au Mali, la France a bien agi. Cela fait plusieurs mois que des discussions ont lieu avec le Conseil de sécurité de l'ONU, avec les principaux alliés européens et américains. Les Etats voisins ont été impliqués dans le projet d'intervention contre ce qui menace de devenir un véritable sanctuaire pour AQMI et les terroristes qu'il fédère. L'immense majorité des maliens semble également approuver cette intervention. La prise d'otages de mercredi en Algérie n'y changera rien : acculés, les terroristes vont frapper là où ils le peuvent pour faire douter ceux qui les gènent et tenter de frapper l'opinion. A partir de là, je vois trois dangers principaux : 

1. que les opérations militaires se déroulent mal, piétinent ou causent des dégats humains importants, tant parmi les civils que dans les rangs des combattants alliés. C'est un risque qui est inhérent à toute intervention militaire.

2. que la France soit laissée seule sur le plan militaire et politique, que les opportunistes de tout poil ne commencent à agiter le spectre du colonialisme. Cette intervention n'a, cette fois, que très peu à voir avec la Françafrique du siècle passé. Le contexte est différent, l'intervention n'est pas liée au changement de régime interne, bien qu'il y ait eu un coup d'état militaire à Bamako en 2012.

3. qu'un amalgame soit fait entre les allumés d'AQMI et l'Islam en général, comme certains commentaires sur le net commencent à l'indiquer. Ce fondamentalisme anti-occidental n'y rien a voir avec l'essence de cette religion. Il ne fait qu'en récupérer quelques éléments coupés de leur contexte et surfe sur les dérives d'individus à la dérive. 

Finalement, on peut espérer qu'un accord sera trouvé rapidement avec les forces touaregs dont une bonne partie sont tout à fait laiques et totalement opposé à l'application de la charia que les islamistes ont imposée à la moitié du Mali. 

16/07/2008

Minarets : le jeu dangereux de la réciprocité

L’un des arguments avancés par les promoteurs de l’initiative anti-minarets est celle de la réciprocité. En effet, il peut paraître séduisant de dire que l’on autorisera la construction de minarets en Suisse lorsqu’il y aura des clochers à Jeddah. Séduisant mais trompeur pour deux raisons au moins.

La première est qu’il existe des églises en pays musulman. Même si elles ont connu ou connaissent des difficultés parfois majeures, les pratiques religieuses non musulmanes peuvent coexister avec l’Islam.

La seconde me paraît plus importante. L’argument de la réciprocité doit être utilisé de manière positive et non négative. On peut se montrer ouvert à la pratique privée de l’islam et d’autres religions, y compris à l’édification de lieux de culte et de minarets, dans les limites des règlements d’urbanisme et des plans de quartier, comme tout autre construction humaine, et faire valoir cette position pour promouvoir l’ouverture de notre société face aux intolérances des autres. C’est un faux calcul que d’imiter ceux que l’on accuse (non sans raisons) d’être d’affreux rétrogrades. C’est se mettre au même niveau qu’eux et en quelque sorte légitimer leur propre position par la nôtre.

Est-il utile de préciser là que je me sens profondément laïc. C’est une position de principe qui repose absolument pas sur une quelconque volonté de promouvoir les constructions religieuses quelles qu’elles soient. Elle repose sur des valeurs de tolérance et l’intérêt bien compris de nos sociétés démocratiques et pluralistes face à une remise en question de la part de fondamentalismes variés, tant religieux que national-populistes.