21/08/2015

Quand Le Matin fait l'éloge de l'abstention

Le 11 août dernier, le quotidien Le Matin titrait en en couverture : "Elections fédérales d'octobre : on vote EN VAIN, ce dernier mot occupant à lui seul presque un tiers de la page. Je trouve cette titraille lamentable. Elle est accompagnée d'une image de la salle du Conseil national totalement vide. Quel est le message passé ? Il ne sert à rien de voter, souligné par des banquettes vides comme pour souligner l'inutilité du vote. 

Pourtant, l'article en pages 4 et 5 est plutôt correct, indiquant que, selon les derniers sondages disponibles, il ne devrait pas y avoir de grands changements dans l'équilibre des partis et des groupes au Parlement. Soit. Depuis quand la stabilité des forces en présence correspond-elle à un vote en vain ? La stabilité peut être négative pour ceux qui estiment qu'un changement politique est nécessaire. Mais ce n'est même pas ce que le quotidien suggère. 

Je trouve déplorable qu'un quotidien à grand tirage soit aussi négligent (ou complaisant) dans la manière dont il choisit sa Une. Si j'étais l'auteur de l'article, je serais furieux que la rédaction ait choisi un titre trahissant totalement le sens de mon article. En tant que responsable politique, élu et candidat passionné de la chose publique, je suis navré que l'on conforte les trop nombreux abstentionnistes dans leur idée que voter ne sert à rien. Gratuitement. J'ai envoyé un commentaire / droit de réponse, sans résultat à ma connaissance. 

19/08/2015

Genève, la 5eme Suisse et le vote électronique

J’ai passé samedi dernier au Congrès des Suisses de l’étranger réunis à Genève. Pour avoir vécu 18 ans hors de Suisse avec le CICR, je sais à quel point le lien avec nos origines est important. Cette 5ème Suisse a une vision très réaliste de notre pays, elle sait combien il est dépendant de ses relations le monde. Mais nos compatriotes sont aussi très attachés à pouvoir exercer un droit fondamental, qui est aussi un devoir : le vote. 

Dans le monde actuel, c’est par la voie électronique que ce droit peut vivre. Combien de fois dans les années 90, ai-je reçu trop tard mon matériel électoral par la voie postale et n’ai pas pu exprimer mon vote. Les échanges de courrier avec la Tchétchénie, Gaza, la Colombie ou le Koweit en guerre n’étaient pas idéales. Sous la brillante présidence de Jacques-Simon Eggly, l’Organisation des Suisses de l’étranger a mis au premier rang de ses demandes la généralisation du vote électronique des expatriés. Pour les élections fédérales de 2015, cela ne sera malheureusement possible que pour les citoyens expatriés de 4 cantons, dont Genève.

Notre canton a développé CHvote, un système original dont le contrôle reste complètement en main publique et donc démocratique. Un autre système conçu à la demande d’un consortium de 9 cantons principalement alémaniques a été confié à une société privée américaine. Connaissant la tendance de nos cousins du Nouveau Monde à collecter illégalement des données personnelles, on peut se féliciter de ce que la Confédération n’ait pas validé ce système.

Comme ancien expatrié et fervent partisan de renforcer les liens avec tous nos compatriotes à l’étranger (la Suisse est le pays en paix qui a la plus grande proportion de ses propres citoyens vivant dans un autre pays), j’aimerais que la Confédération et les 22 autres cantons utilisent l’outil développé à Genève pour permettre à nos expatriés de s’exprimer politiquement. Un système qui a fait ses preuves et sera accessible à 95'000 électeurs, soit  30% du corps électoral genevois cet automne, dont environ 22'000 Genevois de l’étranger. Lucerne et Bâle ville l’utiliseront également. Neuchâtel a développé lui aussi son propre système avec une entreprise espagnole.

La décision de la Chancellerie fédérale de ne pas autoriser l’utilisation du système proposé par le consortium mené par Zurich et Argovie est salutaire mais il est dommage qu’elle soit intervenue si tard. Si l'Etat ne doit pas tout faire, organiser le vote fait bien partie de ses tâches régaliennes. De ce point de vue, il est inquiétant de constater que 9 cantons étaient prêts à prendre un risque de sécurité que la Confédération les a heureusement empêchés de prendre. Sur le plan économique, notre pays ne peut pas se permettre de développer trois systèmes différents.

Espérons que la Suisse pourra très bientôt offrir à tous ses citoyens expatriés un système totalement sécurisé et « domestique » afin que la 5eme Suisse ne soit pas la 5eme roue du carrosse fédéral et participe pleinement aux décisions qui la concernent aussi.

 

25/05/2014

Elections européennes : seulement 25% pour le FN !

Ce lundi, les analystes diront que 25% des voix pour le FN aux élections européennes, c'est énorme. J'aurais personnellement souhaité que ce fût moins, mais c'est ainsi, le peuple s'est exprimé. Et à ce propos, ceux qui se croient obligés de dire qu'il s'agit "d'un jour sombre pour la démocratie" se trompent. Même s'il nous déplait, ce vote est certainement démocratique.

Au risque de nager à contre-courant, je pense que ce score est finalement assez faible. Voici pourquoi :

1. les partis au pouvoir en France ces dernières années ont montré un visage pathétique. Inconsistance politique du parti socialiste, incurie du gouvernement Ayrault d'un côté, misérable guerre des cheffaillons et troubles affaires financières à l'UMP de l'autre côté. Il est facile au FN de surfer sur cette vague de ratage généralisé, d'autant plus qu'il n'exerce pour l'instant que le ministère de la Parole Facile et n'est pas vraiment jugé sur son programme économique pourtant absurde, notamment la sortie de l'Euro et la restauration des frontières nationales.

2. les gouvernements français successifs et européens en général ont pris l'habitude de se dédouaner de tous leurs échecs et des aléas de la crise sur le dos de Bruxelles. Il est impossible de faire partager et apprécier les succès européens qui sont nombreux et remarquables lorsqu'on passe onze mois sur douze à critiquer les "bureaucrates non élus de Bruxelles". Les électeurs ont en bonne partie voulu sanctionner les faiblesses de leurs dirigeants nationaux lors d'une élection qu'ils considèrent (et que la presse continue de décrire) comme peu importante pour leur avenir immédiat et leur vie quotidienne. Le paradoxe est que jamais une élection européenne n'a été si démocratique ni n'aura eu autant d'impact sur la future Commission européenne. Jamais un Parlement européen n'aura eu autant de pouvoir que celui qui est désigné ce jour.

3. la mondialisation économique en marche, le village global crée par internet et le bouleversement des équilibres géopolitiques qui s'annonce autour de la Vieille Europe désorientent une grande partie des citoyens. Le repli présenté comme possible par les populistes de tous bords devient soudain synonyme de sécurité pour l'électeur moyen. Un nouveau cocooning.

4. la critique est toujours plus facile que l'exercice du pouvoir. Cela se vérifie en France comme à Genève ou en Suisse. Les résultats des 9 février et 18 mai l'ont encore montré.

5. personne n'a su présenter l'aventure de l'Union européenne sous un jour positif. Jacques Delors est probablement le dernier à avoir eu l'épaisseur politique et humaine suffisante pour l'incarner en France.

6. le FN a certainement réussi une véritable mue de son personnel politique, diluant le petit noyau rance de vieux fascistes "historiques" dans une nouvelle masse de néo-conservateurs plutôt xénophobes, islamophobes, isolationnistes et cyniques. Plus jeunes et présentables, ses cadres ont appris à marteler un message simple, voire simpliste, sans paraître douter jamais.

Poussé par toutes ces circonstances favorables, le score du FN, qui marque les esprits et les statistiques électorales, n'est au fond pas si important. J'en veux pour preuve qu'interrogés sur la substance des questions européennes, la majorité des électeurs français ne veulent ni sortir de l'Union, ni quitter l'Euro.

08/08/2008

Le danger des listes à but unique

L'élection d'une Assemblée Constituante est l'occasion d'un large débat qui doit être aussi ouvert que possible, tant en cours de campagne qu'après, au moment où les élus se mettront au travail pour quatre ans. L'une des conséquences de cette ouverture est l'apparition de listes dont les ambitions, les intérêts et parfois les compétences se limitent à un seul aspect de la vie politique du canton. C'est légitime et sympathique mais est-ce une bonne chose pour Genève ? La remarque vaut pour les initiatives qui se situent à droite, à gauche, au centre ou ailleurs sur l'échiquier politique traditionnel.

Le risque est grand que ces groupes, venus pour défendre une catégorie de la population, lutter pour ou contre un projet, s'impliquent peu dans les débats par lesquels ils ne se sentent pas concernés. Construire un édifice aussi subtil qu'une Constitution réclame certainement une grande modestie et une ouverture d'esprit, un sens de l'intérêt général que nous souhaiterions trouver chez tout les Constituants. Est-ce possible pour des élus qui n'auraient qu'un but limité ? Comment faire un compromis quant on est venu pour obtenir satisfaction sur un petit nombre de points ? Que céder ? Comment justifier de ne pas se battre jusqu'au bout pour son objectif quand on a à rendre des comptes à une association et des membres qui nous y ont envoyé dans un but précis ?

Pour que la Constituante parvienne à construire un édifice habitable pour l'ensemble de ses habitants, j'espère que les électeurs penseront à élire des députés désireux et capables de se prononcer sur l'ensemble des questions qui leur seront posées.

L'auteur est candidat sur la liste No1 (Radical ouverture) et membre du Mouvement Ecologie Libérale

09/07/2008

L'équilibre des droits et des devoirs

Se présenter à la Constituante nous pousse à penser plus large et essayer d’envisager les choses sous plusieurs angles qu’ils soient ceux des partis politiques, des mouvements transversaux ou du citoyen sans avis politique.

L’un d’entre eux est la question des droits et des devoirs qu’entraînent la vie en société et plus particulièrement la relation qui unit les uns et les autres. A gauche, on met surtout en avant les droits dont jouiraient les moins favorisés ou les plus faibles. On rechigne à évoquer les devoirs pourraient être attachés à ces droits. Dans le domaine de l’intégration des étrangers, la gauche à une peine énorme à accepter que les prestations qui sont offertes par l’Etat puissent être liées à des conditions telles que suivre des cours de langue ou démontrer concrètement sa volonté d’intégration.

Au sein de la droite purement économiste, on met aussi en avant les droits, surtout ceux de faire ce que l’on veut selon ses capacités, sa fortune, son énergie ou son talent. On oublie souvent que la vie en société exige de mettre des limites à ces droits. Devoir de solidarité, limites à la liberté pour le bien commun.

Face à la criminalité, on retrouve cette division apparente : répression ou prévention. Comme si l’un allait sans l’autre, comme si ces deux démarches s’excluaient mutuellement et qu’il fallait choisir.

Le propre du centre, c’est d’établir une juste relation entre les droits et les devoirs, dans tous les domaines ou l’Etat régule les relations des citoyens entre eux. Dans le domaine de l’environnement, on peut inciter (donner des droits) et / ou interdire (instituer des obligations).

Je suis convaincu que l’avenir réside dans le bon dosage des uns et des autres, selon le temps, le lieu et les circonstances. C’est notamment ce que cherchent à promouvoir les Radicaux genevois et un Mouvement tel qu’Ecologie libérale. Un juste équilibre entre incitation et contrainte, prévention et répression.

La Constituante devra établir les grandes lignes de ces équilibres. J’espère y travailler.