Politique - Page 2

  • Navigation et politique – regards croisés de Dominique et Rolin Wavre

    DSC_0037 serré.jpgVenus d’horizons professionnels très différents, deux cousins jettent un regard sur leurs projets et leur vision de la politique suisse. Ils sont réunis au bord du Léman à l’occasion d’un passage du navigateur à Genève. Egalité des chances, environnement, engagement et vision de la Suisse depuis l’étranger. 

    Dominique Wavre est l’un des plus fameux navigateurs suisses, déjà élève de Pierre Fehlmann sur Disque d’Or. C’est en 1999 que les deux cousins se retrouvent autour d’une table au Molard. Dominique esquisse son nouveau bateau sur la nappe en papier. Il est superbe mais encore en projet. Il doit exister, il existera. Quelques mois plus tard, il est mis à l’eau, sous le nom d’UBP. D’autres bêtes de courses se nommeront plus tard Temenos ou Mirabaud. Il prévoit de continuer à naviguer. Il se rendra avec Michèle Paret, son amie et coéquipière de longue date, dans des lieux préservés, avec pour but de partager les beautés du monde. Une forme d’écologie « positive » et populaire. Dominique est bien un vulgarisateur-né. Rolin Wavre, son cousin et cadet de quelques années a passé 18 années en mission avec le CICR. Entré en politique en 2007, il est en lice pour le Conseil national. Deux parcours pas si différents que cela. "C'est pour cela que je suis là pour toi" conclura Dominique.

     

    Environnement : constat et action

    En 30 ans de navigation, la dégradation des océans, des rivages et des ports est dramatique, constate Dominique. Les mers sont devenues de vastes poubelles. On fait comme si elles étaient une matrice qui pouvait tout digérer. Cela touche aussi l’Europe. Même le continent Antarctique est soumis à une nouvelle pression parce qu’il recèle des ressources naturelles convoitées par plusieurs Etats et compagnies privées. L’ouverture du Passage du Nord-Ouest au nord du Canada, puis celui du Nord-Est par le nord de la Russie peuvent être une bonne chose car ils réduisent les trajets, et donc la pollution, mais ils font planer des menaces nouvelles sur des régions encore presque intactes. Le navigateur a pu le constater : dans la Manche,  des cargos de plus en plus grands se succèdent sur les autoroutes que sont devenues les rails maritimes, comme les voitures sur l’autoroute Genève-Lausanne.

    C’est là que la politique doit intervenir : incitation ou obligation ? Il n’est pas simple de trancher entre les deux approches. En Suisse, l’incitation fonctionne plutôt bien dans le domaine des déchets, on atteint un niveau de tri assez élevé à Genève, au point que notre centrale d’incinération semble surdimensionnée, un comble. Les mesures plus « mordantes » posent d’autres problèmes. La taxe au sac pousse certains à jeter leurs ordures dans la nature ou à les amener sur leur lieu de travail…  Rien de tel sur un bateau de course. Et le navigateur, que fait-il de ses déchets ? La tentation de tout passer par dessus bord ?

    Certainement pas, rétorque Dominique, qui met un point d’honneur à tout ramener à l’arrivée, ce qui veut dire au départ, dans le cas d’un tour du monde…  Le bateau, lui, consomme très peu en course. Eolienne et panneaux solaires permettent de se limiter à 20 litres de carburant pour 35'000 km. Par contre, les gros moteurs diesel des cargos ne font pas (encore) dans la sobriété.

    Sobriété et principe de précaution

    Pour Rolin la sobriété c’est d’aller droit au but, diminuer le poids des contraintes et formalités administratives, en particulier pour les entreprises. Mais aussi parler vrai.

    D’accord avec cela, Dominique observe qu’en France, l’entrepreneur n’ose plus entreprendre. L’Etat est tellement intervenu dans tous les domaines, « judiciarise » tout qu’il provoque la paralysie. Basé à Nice avec sa compagne la navigatrice Michèle Paret, il constate qu’on a dévoyé le principe de précaution. De par ses fonctions de président de la section genevoise de la Fédération romande des Consommateurs (FRC), Rolin est lui plutôt en faveur d’appliquer ce principe à la consommation des ménages. Il est hors de question de mettre sur le marché des substances ou promouvoir des énergies pour lesquelles il y aurait un doute sérieux sur la dangerosité. Y aurait-il une divergence de fond entre les deux ? En fait, cela dépend de la définition du principe de précaution.

    Pour Dominique qui n’a cessé d’innover et de prendre des risques technologiques sur les bêtes de course qu’il a conçues et menées, il est essentiel que l’on puisse laisser la porte ouverte à l’innovation et à la prise de risque. La grande différence semble être là : le navigateur, en particulier s’il est seul à bord, ne fait courir des risques qu’à lui-même, à ses sponsors et éventuellement aux sauveteurs qui viendrait lui porter secours. Le responsable politique, lui, doit contribuer à établir des règles et prendre des décisions qui portent sur l’ensemble ou une partie de la population, bien au-delà de lui. Dominique conclut : « quelle arrogance il y a parfois à bloquer l’innovation, par définition un saut dans l’inconnu ! et alors qu’une partie des solutions recherchées par l’écologie proviendra forcément de progrès technologiques».

    Egalité des chances

    La voile est un sport technologique, surtout au niveau du Vendée Globe que Dominique a couru à 4 reprises. Si les moyens ne sont pas les mêmes pour tous, c’est aussi une compétition humaine. Aux JO, où tous les bateaux sont identiques, l’égalité est assurée. Là, c’est l'homme qui fait la différence. Aux yeux du politique, l’égalité des chances ne signifie pas le nivellement des niveaux et le renoncement à l’effort, mais chacun doit avoir des chances aussi égales que possible sur la ligne de départ de la vie.

    Dominique questionne : en politique, les coups semblent venir de partout, comment fait-on pour les voir venir ? Pour le responsable politique, il existe aussi une météo : dans un exécutif, c’est la tempête en permanence, il faut être sur le pont. La tempête autour de la question européenne était annoncée depuis longtemps. On se donne des fronts à franchir, ses coups de vent à négocier, comme sur un bateau. En Suisse, la météo est faite aussi de référendums et d’initiatives qui donnent un grand rôle au peuple. Mais le pouvoir est morcelé, de sorte que notre gouvernement fonctionne bien par temps calme mais supporte mal les crises, comme ce fut le cas avec l’affaire Kadhafi. Le marin aussi doit savoir anticiper et parfois être patient, quand il subit les affres du Pot-au-noir, la zone de calmes intertropicaux. Mais il y a toujours à faire sur un bateau, en particulier aux commandes d’une bête de course qu’est un 60 pieds open. 

    (suite demain)

     

     

     

  • Humanité

    Pour tous ceux qui ont vu les enfants syriens tenter de passer entre les forces spéciales macédoniennes, les familles séparées, ce qui se passe actuellement n'est tout simplement pas acceptable. De Syrie, ils ne recherchent pas une vie meilleure mais fuient la mort.

    Ce conflit qui n'en finit pas. El le Liban qui accueille presque 2 millions de réfugiés de Syrie et d'Irak, soit plus du tiers de sa propre population. En dehors de toutes les considérations politiques et économiques, on ne peut tout simplement pas accepter ces scènes aux frontières sud de notre vieille Europe. Ni laisser les Etats les premiers concernés se débrouiller seuls. La solution passe par une coordination continentale, qu'on la nomme UE, à 28, à 15 ou à 35. Ou tout simplement notre vieille Europe.

    Notez que l'Allemagne à la démographie faiblarde commence à réaliser que l'apport de tous ces jeunes, motivés par la perspective d'une vie après la mort en Syrie, sont peut-être une bénédiction pour elle, son économie et ses assurances sociales.

    Et nous au milieu de tout cela ? Nous sommes en plein dedans, qu'on le veuille ou non, qu'on le refuse ou non. A moins de construire un mur tout autour de la Suisse (ce que certaines tribus réunies le weekend dans les montagnes grisonnes sembleraient prêtes à faire). Friedrich Durrenmatt prononçait le 22 novembre 1990 un discours à l'occasion de la remise du prix Duttweiler à Vaclav Havel. Il était déjà question de murs et de notre relation au Monde. Sur un autre registre, mais qui trouve un écho dans notre actualité de 2015. (http://www.domainepublic.ch/articles/15997?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+domainepublicrss+%28Domaine+Public%29)

  • Deux acquittements, deux bonnes nouvelles

    Nous avons eu ce mardi deux acquittements, qui sont d'excellentes nouvelles, mais pour des raisons totalement opposées. 

    Celle du policier de l'A1 démontre que la police peut agir contre les malfrats qui violent sans scrupule les lois et qui viennent le faire chez nous car ils pensent y courir moins de risque judiciaire que chez eux. Bonne leçon. Voler des voitures, forcer des barrages est risqué. De l'autre côté, cela montre aux policiers que la justice les soutient sauf quand ils outrepassent clairement leurs droits. Ce n'était pas le cas en l'espèce. Il reste encore à la justice à cesser de condamner d'une manière absurde les policiers qui dépassent les limites de vitesse lors d'une poursuite. Les condamner équivaut à dire aux délinquents qu'ils n'ont qu'à violer ces mêmes limitations pour échapper à tout policier. C'est absurde. Qu'il s'agisse de la loi ou de son application. 

    L'autre acquittement salutaire, c'est la décision du Bureau de Grand Conseil de ne pas sanctionner le président donneur (de leçons) du MCG. Pourtant, il est coupable, chacun le sait. Les images des incidents non seulement le lui donnent aucune excuse mais elles soulignent sa grossierté et l'irrespect total pour le Grand Conseil. Il aurait été trop content d'être sanctionné, une sanction qu'il aurait portée en bandouillère comme une blessure de guerre ou une décoration, pendant des mois. Raté.

    Là, il est juste un Guignol pathétique que le Grand Conseil expulse mais ne prend même pas la peine de sanctionner. La seule vraie sanction, c'est l'électeur qui la lui donnera. Avec ou sans alliances. 

     

  • Quand les caciques du MCG se moquent du Grand Conseil

    Ce vendredi soir, le Grand Conseil a vécu une sombre soirée. De débats obscurs où de vieilles barbes de la politique genevoise croyaient utile de refaire en plénière les débats qui avaient déjà eu lieu en commission, on est passé vers 23h à un presque-pugilat au moment où Eric Stauffer, toujours dans l’outrance et la provocation, a contraint le Président à prononcer son expulsion. Pathétique Duce éructant, hurlant et gesticulant, debout, au milieu de l’enceinte, le pourtant Conseiller administratif d’Onex et second vice-président du Grand Conseil a cru bon (mais pour qui et pour quoi, à part son ego démesuré) de jeter le Parlement cantonal dans les méandres du règlement intérieur. Il cherchait un prétexte et l’a trouvé quand le Président de l’Assemblée a mis un peu rapidement au vote l’un de ces multiples amendements sans cesse redéposé.

     

    Du grand Guignol dont on s’amuserait s’il ne s’agissait pas du cœur de nos institutions. Et ce même MCG nous explique à longueur de séances que les politiques ne s’occupent pas de ce qui intéresse les citoyens. Lui qui sabote les débats parlementaires à coup d’amendements répéritifs et de demandes de renvoi en commission déposés toutes les 5 minutes. Très loin d’un débat constructif sur l’avenir de notre Canton.

     

    Les ténors du MCG nous ont cette fois clairement démontré tout le mépris qu’ils avaient pour les institutions en s’opposant physiquement pendant de longues minutes à l’expulsion de leur président donneur (de leçons) pourtant prononcée par le Président du Grand Conseil dans le respect du règlement. On frémit à l’idée que ce parti puisse gagner encore en influence. Avec de tels personnages aux commandes, on peut craindre le pire pour notre démocratie. Si les choses n’étaient pas si graves, on s’amuserait presque de voir avec quelles précautions de Sioux et quelle mine contrite la petite dizaine de gendarmes, pourtant requis par le Président, ont procédé à l’expulsion du Vitupérant. A noter qu’il avait dix minutes auparavant déclaré qu’il était à la disposition des gendarmes, pour refuser d’obtempérer ensuite.  

     

    D’habitude, je n’aime pas les parallèles historiques, souvent abusifs. Mais la démonstration de ce soir me laisse penser qu’on n’est plus très loin de pouvoir se référer à des heures sombres de l’histoire européenne. A trop tirer sur la corde des institutions qui canalisent les débats, on finira par casser ce qui fait (ou à fait) la magie de notre fonctionnement démocratique.

     

    Je ne crois pas que ce soit cela qu'ont voulu tous ceux qui ont voté de bonne foi pour ce mouvement qui ne se montre ni Citoyen ni genevois. 

     

     

  • Elections européennes : seulement 25% pour le FN !

    Ce lundi, les analystes diront que 25% des voix pour le FN aux élections européennes, c'est énorme. J'aurais personnellement souhaité que ce fût moins, mais c'est ainsi, le peuple s'est exprimé. Et à ce propos, ceux qui se croient obligés de dire qu'il s'agit "d'un jour sombre pour la démocratie" se trompent. Même s'il nous déplait, ce vote est certainement démocratique.

    Au risque de nager à contre-courant, je pense que ce score est finalement assez faible. Voici pourquoi :

    1. les partis au pouvoir en France ces dernières années ont montré un visage pathétique. Inconsistance politique du parti socialiste, incurie du gouvernement Ayrault d'un côté, misérable guerre des cheffaillons et troubles affaires financières à l'UMP de l'autre côté. Il est facile au FN de surfer sur cette vague de ratage généralisé, d'autant plus qu'il n'exerce pour l'instant que le ministère de la Parole Facile et n'est pas vraiment jugé sur son programme économique pourtant absurde, notamment la sortie de l'Euro et la restauration des frontières nationales.

    2. les gouvernements français successifs et européens en général ont pris l'habitude de se dédouaner de tous leurs échecs et des aléas de la crise sur le dos de Bruxelles. Il est impossible de faire partager et apprécier les succès européens qui sont nombreux et remarquables lorsqu'on passe onze mois sur douze à critiquer les "bureaucrates non élus de Bruxelles". Les électeurs ont en bonne partie voulu sanctionner les faiblesses de leurs dirigeants nationaux lors d'une élection qu'ils considèrent (et que la presse continue de décrire) comme peu importante pour leur avenir immédiat et leur vie quotidienne. Le paradoxe est que jamais une élection européenne n'a été si démocratique ni n'aura eu autant d'impact sur la future Commission européenne. Jamais un Parlement européen n'aura eu autant de pouvoir que celui qui est désigné ce jour.

    3. la mondialisation économique en marche, le village global crée par internet et le bouleversement des équilibres géopolitiques qui s'annonce autour de la Vieille Europe désorientent une grande partie des citoyens. Le repli présenté comme possible par les populistes de tous bords devient soudain synonyme de sécurité pour l'électeur moyen. Un nouveau cocooning.

    4. la critique est toujours plus facile que l'exercice du pouvoir. Cela se vérifie en France comme à Genève ou en Suisse. Les résultats des 9 février et 18 mai l'ont encore montré.

    5. personne n'a su présenter l'aventure de l'Union européenne sous un jour positif. Jacques Delors est probablement le dernier à avoir eu l'épaisseur politique et humaine suffisante pour l'incarner en France.

    6. le FN a certainement réussi une véritable mue de son personnel politique, diluant le petit noyau rance de vieux fascistes "historiques" dans une nouvelle masse de néo-conservateurs plutôt xénophobes, islamophobes, isolationnistes et cyniques. Plus jeunes et présentables, ses cadres ont appris à marteler un message simple, voire simpliste, sans paraître douter jamais.

    Poussé par toutes ces circonstances favorables, le score du FN, qui marque les esprits et les statistiques électorales, n'est au fond pas si important. J'en veux pour preuve qu'interrogés sur la substance des questions européennes, la majorité des électeurs français ne veulent ni sortir de l'Union, ni quitter l'Euro.

  • La démocratie des pseudos

    A bien observer les commentaires aux blogs et aux articles de la TdG, il est intéressant de constater à quel point la violence des propos semble liée au fait qu'ils ne sont visiblement pas signés du vrai nom de leur auteur. Internet le permet et je veux bien croire que l'éditeur serait capable, si besoin, d'identifier tous les auteurs de contributions. 

    Mais la plupart des commentaires incendiaires de ces derniers jours se gargarisent de démocratie, de son respect, de la volonté du peuple qu'il ne faut pas contrarier. Si l'exercice de la démocratie sous nos latitudes garantit heureusement le secret du vote, le débat politique, dans un Etat de droit comme le nôtre exige à mon avis que chacun assume ses opinions sans se cacher derrière des pseudos plus ou moins assumés.

    N'y aurait-il pas là une petite contradiction ? Pour ma part, j'ai répondu à cette question en ne publiant que ce que je peux assumer. 

     

  • Panique à l'UDC

    Cette fois, c'est certain, l'UDC panique à dix jours des résultats des élections cantonales. Et ses élus genevois exportent même leurs divagations à Berne. Résumé :

    Dans les heures qui suivent la tragédie du meurtre d'Adeline, c'est ce parti qui se lance dans une surenchère racoleuse et d'une vulgarité sans nom. La présidente-candidate démontre à cette occasion un talent naturel pour ce rôle.   

    Exporter les retraités, les réfugiés déboutés, et quoi d'autre ? C'est insultant à la fois pour les "exportés" et les Marocains. C'est la proposition du Conseiller national Nidegger. Et nos déchets nucléaires ? 

    Et aujourd'hui, l'UDC qui protestait, à raison, contre les jours amende avec sursis tels qu'il sont appliqués depuis la révision de 2007, en devient soudain le plus ardent défenseur. Tout cela parce que la réforme proposée pourrait contraindre les auteurs de grosses infractions routières à passer à la caisse. L'UDC serait-elle le parti des chauffards ? Là, on ne parle pas des bûches pour stationnement, mais des grosses bêtises dangereuses. 

    De son côté, le MCG en remet une couche sur "l'épidémie des frontaliers" dans sa propagande électorale. Et le navrant M. Stauffer lors du débat RTS de lundi a été incapable d'articuler une seule proposition concrète face au travail de Pierre Maudet. Il est temps de se rendre compte que les coups de gueule et de menton amusent peut-être un temps le citoyen fâché mais n'apportent strictement rien à la résolution de nos problèmes.