Et pourtant, elle tourne ! - Page 3

  • Vietnam : derrière l’économie, une dictature impitoyable

    (Texte initialement publié dans l’édition papier de TdG le mardi 18 décembre 2018)


    L’article publié en page 2 de la TdG du 13 décembre exige une réponse argumentée. Derrière les
    charmes bien réels du pays se cache une autre réalité, beaucoup plus cruelle et cynique. Pour l’
    affirmer, le Comité Suisse Vietnam (Cosunam) se fonde depuis 30 ans sur les témoignages directs,
    documentés et concordants de citoyens vietnamiens victimes de répression.


    Le développement économique nourrit une corruption massive et bénéficie avant tout à la direction
    du parti communiste au pouvoir, seul autorisé par la Constitution à dire la volonté de la population !
    Quiconque s’exprime autrement est arrêté, battu, détenu sans accès à un avocat jusqu’à son procès.
    Ces centaines de détenus politiques sont jugés en moins d’une heure, dans une salle remplie de
    policiers dont les observateurs étrangers sont tenus l’écart. Le verdict, dicté aux juges par le Parti, est
    connu à l’avance.


    Critiquer la politique du gouvernement est considéré comme un crime et vaut au plus pacifique des
    contestataires des peines de prison de plusieurs années. Ces peines disproportionnées doivent être
    purgées dans des conditions désastreuses et dans une prison en général située, à dessein dans leur
    cas, à l’autre bout du pays, ce qui, au Vietnam, signifie 1500 ou 2000 km, un voyage épuisant et
    terriblement couteux pour les familles. Quand ils font l’objet de trop d’attention publique en dé
    tention, les prisonniers politiques sont expulsés et séparés à jamais de leurs familles restées au pays.
    Leurs parents, amis et enfants rencontrent les pires difficultés dans leur vie courante et subissent des
    représailles insidieuses. Perte d’emploi, harcèlement policier, attaques par des civils téléguidés par la
    police ; tous les moyens sont bons pour punir les familles des courageux citoyens qui refusent de
    baisser la tête. Pour couronner le tout, leurs avocats sont accusés de crimes contre le Vietnam pour
    le seul fait d’avoir fait leur travail. Ils finissent généralement en prison, comme Me Van Dai,
    lourdement condamné, puis expulsé en juin dernier. Il est venu en témoigner à Genève à la fin
    novembre dernier.


    En juillet 2017, des agents du régime vietnamien sont allés jusqu’à enlever en plein Berlin Trinh Xuan
    Thanh, un ancien apparatchik qui avait demandé asile en Allemagne. Ramené de force au Vietnam, il
    a été condamné à la perpétuité. Un agent vietnamien vient d’être condamné par un tribunal
    allemand pour cet enlèvement.


    Ce même Vietnam, qui prétend sourire aux touristes et aux investisseurs, se prépare à verrouiller
    totalement son réseau internet. Ce même Vietnam s’apprête à passer l’Examen Périodique Universel
    devant la Commission des Droits de l’Homme à Genève le 22 janvier prochain. On peut donc s’
    attendre à voir paraître une pluie d’articles de commande louant les progrès économiques et
    touristiques du Vietnam. A l’image de celui auquel je réponds, signé par le patron d’une société
    nyonnaise spécialisée dans la réputation électronique et la propagande sur les réseaux sociaux,
    destinés à masquer les basses œuvres de l’une des plus cynique dictature d’Asie.


    Rolin Wavre
    Président du Comité Suisse-Vietnam, Député

  • Budget 2019, un débat malheureusement tronqué

    Le Grand Conseil a voté hier le budget 2019 de l’Etat. J’ai participé à ce processus comme député pour la première fois. En plénière, il reste assez peu de marge de manœuvre, les fronts sont figés, les postures prises, les milieux intéressés observent la performance « publique » leurs poulains. J’en retire quelques enseignements.


    Tout d’abord, c’est un fait, la gauche est majoritaire. Mais pas n’importe quelle gauche ! Une gauche très doctrinaire qui ne jure que par la création de nouveaux postes à l’État, sans beaucoup d’égards pour l’efficience ni de regard critique sur leur utilité dans le système. En effet, si la population a crû de 8% depuis 2009, le nombre de postes dans la fonction publique a augmenté de 18%. C’est le règne  du « toujours plus » dans une démarche qui menace vraiment les finances du canton, pas immédiatement mais à moyen terme. Ces augmentations de charges incessantes pèseront pendant des années sur nos finances. On entend même de la bouche de l’extrême gauche des propos carrément  anti-economie. Les mêmes sont beaucoup moins gênés quand il s’agit de taper dans la caisse pour ajouter de nouvelles couches au millefeuille administratif.


    La gauche ne serait pas majoritaire sans l’ovni politique qu’est le MCG de 2018, qui vote tout ce qui alourdit le char de l’Etat pour satisfaire ses clients employés du service public. Ce même MCG plaide dans la foulée pour l’allègement de la dette et l’équilibre des finances cantonales…  Une position qui résiste mal à toute analyse rationnelle. Mais à de très rares mais notables exceptions près, ce n’est pas le fort de ce Mouvement


    Second enseignement : le processus budgétaire est très imparfait. Pour le député encore en phase de découverte que je suis, le débat nécessaire n’a à pas vraiment eu lieu. Ni me semble-t-il au sein du Conseil d’Etat, ni à la Commission des finances, ni au sein des commissions thématiques, n’en déplaise aux titulaires de ces positions. En plénière, il n’est plus temps de faire sérieusement l’examen de fond sur la pertinence des dépenses. J’en veux pour preuve que les amendements ne portent sur quelques dizaines de millions, soit moins de 0,5% du budget total. Je reviendrai très prochainement sur cette imperfection parce qu’elle ne permet pas de discuter et encore moins de mener à bien les réformes de fond nécessaires. Le passionné de débat politique de fond que je suis ne peut pas être vraiment satisfait de ce débat tronqué.

  • Asile et migration : une confusion juridique qui arrange tout le monde ?

    L'asile sert à protéger une personne qui est gravement menacée dans son intégrité physique dans l'Etat qu'elle a quitté. C'est un droit, il ne se discute pas. Il peut justifier que pour sa défense, on enfreigne certaines lois. L'équivalent d'une sorte d'état de nécessité. La migration, par contre, est une politique, c'est tout à fait différent. Si le migrant individuel a le droit de chercher à migrer, les Etats de destination ont eux aussi le droit d'établir des règles selon lesquelles ils acceptent ou non cette migration et de faire des choix. Le Canada par exemple, se base sur les compétences professionnelles ou la capacité d'investir. Dans le domaine de l'asile, ces mêmes Etats ne peuvent restreindre le droit fondamental à obtenir protection mais doivent vérifier si les menaces qui justifient l'asile sont avérées ou non. Ni plus, ni moins.

    Ce n'est pas la première fois que je rappelle cette distinction. Pour moi, elle est centrale. L'ignorer ou la refuser brouille le débat avec plus ou moins de mauvaise foi. En termes de politique nationale, le résultat est une double hypocrisie : la droite xénophobe veut limiter au maximum même le doit d'asile et supprimer la migration en caressant les nationalistes dans le sens du poil. Une certaine gauche, naïve, cherche à tout mettre sous le chapeau de l'asile et estime de plus qu'il y a un devoir pour les pays de destination d'accepter globalement la migration. Assez logiquement, cette gauche rejette l'idée même que l'on puisse refuser à quelqu'un d'entrer ou rester chez nous (au sens large en Suisse ou en Europe). C'est de là que sont issus les slogans tels que "pas d'expulsion !". C'est la négation de la loi et du droit de l'Etat à avoir une politique face à la migration.

    Les uns et les autres se trompent et font du tort à la cause qu'ils prétendent défendre par leurs positions extrêmes et rigides. La droite identitaire et xénophobe, vit dans un monde idéalisé coupé du réel. En Suisse c'est le retour à Heidiland. Par sa dureté, elle légitime et renforce les positions de ses adversaires. La gauche, drapée dans les bons sentiments, méprise les perceptions d'une partie de la population qui défend légitimement ce qu'elle perçoit comme une menace contre son mode de vie. 

    Une partie du problème vient de ce que nous manquons d'Europe. A force de se défausser sur Bruxelles de toutes nos lâchetés et frustrations nationales, on l'a rendue impuissante au point qu'elle a été contrainte d'abandonner l'Italie et la Grèce qui gèrent seules l'afflux aux frontières sud. Et la politique suisse reste d'une très grande frilosité sur ce point, sous la pression de l'UDC qui, d'une main créée les problèmes, réels ou fantasmés, pour ensuite prétendre les combattre de l'autre. Comme si une compagnie de sécurité sponsorisait en sous-main l'insécurité pour soutenir son business. Avec ces doctrines-là, on a pas fini de polémiquer sur des bases factuelles et légales erronées. 

  • Conservatisme acharné

    J'ai entendu MM. Martinez et Besancenot, respectivement secrétaire général de la CGT et figure publique du Nouveau parti anticapitaliste NPA s'exprimer ces deux derniers jours sur les réformes en cours en France et la grève qui y répond, notamment à la SNCF et dans certaines universités. J'ai été frappé par une opposition de principe à tout changement : le statut des cheminots ne peut pas bouger, la structure de la SNCF ne peut pas changer, les lignes ne doivent pas évoluer. Rien, on ne change rien et c'est l'Etat, donc le contribuable qui n'ont qu'à payer la différence.

    A l'Université, c'est la même chose. On n'entre pas en matière car il ne peut pas y avoir de sélection. C'est un gros mot. Aucun de ces responsables ne veut parler du mode de sélection, qui devrait être discuté, parce que sélectionner, ce n'est pas simple. Mais ça bloque sur le principe. C'est donc que tout le monde peut, doit accéder à l'université ? sans question de capacités, de dispositions, d'orientation, de goût ? C'est la porte ouverte à la production de chômeurs, certes diplômés, ou d'éternels étudiants passant d'une filière à l'autre. Soudain, tout le monde oublie le merveilleux apprentissage dual dont on se félicite en d'autres lieux et d'autres temps. 

    Je suis frappé par ce conservatisme syndical français. Un conservatisme qui finira par tuer la fonction publique, par tuer l'Université. Besancenot affirmait qu'il voulait un nouveau Mai 68. Il se trompe lourdement. Les révolutionnaires de notre enfance voulaient faire bouger les choses, ceux d'aujourd'hui ne sont pas dans les syndicats ni à l'extrême gauche. Ils sont plutôt dans les technologies, dans les think tanks, dans une partie de la presse et du secteur politique. Dans une partie du secteur social aussi.

    Le monde ne se partage plus seulement entre gauche et droite, mais plutôt entre conservateurs et innovateurs. Entendons-nous bien: innover ne veut pas dire liquider tout le passé. Innover peut produire des monstres ou des effets pervers qu'il revient au politique de cadrer.

  • Annonces et prévisions en politique

     Inscrire au budget une somme « prévoyant » le montant encaissé au titre des amendes d’ordre m’a toujours dérangé. Je comprends la logique comptable qui veut qu’on estime les rentrées au plus juste pour équilibrer le budget. Mais dans le cas des amendes, c’est une sorte de contresens philosophique et politique. Ce n’est pas un revenu comme un autre mais la sanction d’une infraction. Son objectif est de dissuader le citoyen de la commettre. L’amende a donc pour objectif sa propre réduction et idéalement sa propre disparition. Elle devrait donc être un revenu aléatoire sur lequel l’Etat ne doit pas compter pour son financement régulier.

    Dans le même ordre d’idées, voir un gouvernement ou une entreprise annoncer un « objectif » de licenciements m’a toujours déplu. D’abord parce qu’il s’agit d’humains et que derrière chaque suppression de poste se cache souvent un drame personnel ou familial. Ensuite parce que le sort d’un poste de travail devrait être la conséquence d’une évaluation, d’une réorganisation ou d’une réforme réfléchie sous tous ses aspects mais pas la simple exécution d’un objectif chiffré de réduction préalablement fixé. Je n’aime pas mettre la charrue avant les bœufs. Surtout s’il s’agit d’êtres humains.

  • Chaos routier sur la Rive droite : l’occasion de réfléchir autrement

    Le chaos routier qui nous est promis sur la Rive droite en ce début de printemps est vraiment navrant. Comment en est-on arrivé à ouvrir tous les grands chantiers en même temps entre Versoix et le Grand-Saconnex ? La TdG s’en inquiétait très justement en janvier dernier. On nous expliquera avec force détails pourquoi on ne pouvait vraiment pas faire autrement. Ceci posé, il nous faudra bien aller de l’avant. Pour des milliers de victimes de ce traquenard de la mobilité, c’est peut-être l’occasion d’explorer de nouvelles pistes. C’est le défi qui attend ceux qui vont se trouver bloqués chaque jour pendant des heures sur de petites routes à l’entrée de Genève, forcés traverser par centaines des quartiers résidentiels et pourrir la vie de résidents dont le seul tort… est d’habiter là.

    Certains auront intérêt à prendre le train, puis le bus. Pour d’autres, ce pourrait être l’occasion de se mettre vraiment au vélo ! L’essor des cycles à assistance électrique a mis ce moyen à la portée de presque tous les physiques. Avec un bon équipement, on peut circuler quasiment toute l’année et se faire du bien. Si l’on ne veut pas rouler en ville ou le réseau cyclable est encore très insatisfaisant malgré l’initiative 144 qui prévoyait l’achèvement du réseau en 8 ans et qui fête actuellement ses …. 7 ans, on peut laisser son cycle dans une vélostation à Cornavin et poursuivre avec les TPG, ou à pied.

    Les plus matinaux et ceux qui ont un travail flexible modifieront peut-être leurs horaires pour commencer plus tôt et quitter la ville avant les autres. D’autres exploreront peut-être le télétravail.

    J’aurai une pensée particulière pour tous ceux dont le métier ne peut se passer de rouler : livreurs, chauffeurs, artisans, commerçants, spécialistes du bâtiment. Pour qu’ils puissent, eux, continuer à gagner leur vie, il faudra absolument que tous ceux qui n’ont pas besoin impératif d’aller en ville avec leur véhicule personnel fassent l’effort et soient incités à s’en passer. Ou le partagent. Personnellement, je me rends toute l’année deux fois par jour en ville depuis Chambésy. La très grande majorité des véhicules que je dépasse ne transportent qu’une seule personne. La moyenne d’occupation d’une voiture à Genève est de 1,3 au maximum… quel gâchis !

    Toutes ces pistes sont praticables. Le chaos routier annoncé serait-il (aussi) une formidable occasion de repenser notre mobilité personnelle ?

    Rolin Wavre, Pro-Vélo Genève, candidat PLR au Grand Conseil

  • Transparence : la Suisse injustement traitée

    Le classement bisannuel de organisation Tax Justice Network vient de stigmatiser la Suisse. C’est profondément injuste. D’énormes efforts ont été faits ces dernières années pour apporter de la transparence dans la manière dont nos instituts financiers traitent leur affaires. Cela leur a d’ailleurs considérablement compliqué leur travail quotidien.

    Il s’agit à n’en pas douter d’une guerre commerciale. La petite Suisse, isolée entre de grands blocs tels que l’UE ou de grandes puissances financières et commerciales est une cible facile pour détourner l’attention de leurs propres pratiques. L’UE ferme les yeux, pour l’instant, sur la City de Londres et ses îles fort accueillantes pour toutes sortes de montages financiers, les Etats-Unis sont en guerre commerciale pour attirer investissements et emplois sur leur sol, sans soucis de transparence. Il suffit de voir ce qui se passe au Delaware, au Nevada ou au Wyoming où l’opacité est totale. Mener cette guerre commerciale était le seul but de la venue de Trump à Davos. De leur côté, Chine, Russie et Inde sont trop occupés à gérer, qui leur croissance économique, leur rôle stratégique ou leurs problèmes sociaux pour faire le ménage chez eux. Les tout petits Etats, recouverts de boites aux lettres échappent, eux, aux foudres de TJN en raison de leur petite taille, malgré des pratiques reconnues comme pas du tout transparentes. 

    Je défend l’approche de la Suisse qui ne signe pas d’accords d’échange automatique d’information sans examiner d’abord comment ces informations seront traitées. Une certaine réciprocité est nécessaire. Il faut aussi garantir la sécurité des données qui sont transmises. Il en va de la sécurité de nos propres citoyens contribuables devenus transparents. Dans le monde international, il n’y a pas d’amis, il n’y a que des concurrents et des intérêts. On peut le regretter, mais c’est ainsi que va le monde actuel.

  • Quand le mariage guérissait du viol !

    L’auteur d’un viol peut échapper à toute peine à la condition qu’il épouse sa victime. Cest en substance ce que stipulait l’article 457 du code pénal marocain jusqu'à sa suppression en 2014 (!). Mais il semble que cette idée reste largement ancrée dans les mentalités et les traditions locales, et pas seulement au Maroc. J’entends déjà certains en profiter pour aligner les commentaires négatifs et répétitifs sur les méfaits de l’Islam. Je pense aussi que son application traditionaliste et sexiste a contribué à maintenir des stéréotypes funestes qui ont fait beaucoup de mal à la femme. Les autres religions peuvent rarement se vanter d’avoir fait avancer le respect de la femme dans leurs sociétés respectives. Même le catholicisme a longtemps débattu pour savoir si la femme avait bien une âme... Mais il faut aller plus loin que la religion. 

    L’idée qu’un viol peut être « guéri » par un mariage est simplement révoltante. Elle indique que ce que la femme a subi est totalement ignoré et que seule la perturbation de l’ordre social est prise en compte. Il me semble que l’on retrouve le même raisonnement dans la « honte » ressentie par les victimes de viols et par leurs familles, dans certaines sociétés traditionnelles de toutes religions, menant parfois à des crimes dits « de sang », une bien mauvaise appellation, d’ailleurs. Comment peut-on en venir à sacrifier son enfant, par le mariage avec le bourreau ou par des actes barbares contre la victime elle-même ? 

    On ne m’ôtera pas de l’idée que ce mépris pour la vie de la femme ou de la fille se retrouve aussi, dilué, dans les comportements de ces porcs et autres gros lourds qui profitent d’un statut, d’une position de force pour abuser d’elles. Le silence de ceux qui savaient mais ont préféré privilégier l’ordre social existant par leur silence relève de la même perversion du sentiment de ce qui est juste.

    Voir aussi : 

    https://www.mediapart.fr/journal/international/271217/au-maroc-l-espace-public-reste-un-enfer-pour-les-femmes?utm_source=20171227&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20171227&xtloc=&url=&M_BT=297399013584

  • Palestine : la résistance non-violente comme nouvelle base de négociation ?

    Entre l'Etat d'Israel et les Palestiniens des territoires occupés ou autonomes, on a bien perçu ces dernières années que la voie de la force était sans issue. D'abord parce qu'il y a un déséquilibre fondamental de moyens et de liberté d'action. Ensuite, parce que la force fait toujours la part belle aux extrémistes et aux fanatiques de tous poils. C'est bien ce qu'on a vu tant en Israel où ce sont les plus féroces de colons qui ont de facto pris le pouvoir, renforcés depuis les années 90 par l'arrivée de plus d'un million d'immigrants de l'ex-Union soviétique qui avaient été politiquement élevés dans un environnement peu propice au débat démocratique. L'habile Nethanyahou à surfé sur ces évolutions pour se maintenir au pouvoir jouant à la fois la carte de l'essoufflement et de la division des Palestiniens, la lassitude de la Communauté internationale et la quasi-disparition du mouvement pacifiste en Israel par rapport à ce qu'il était dans les années 80 et 90. 

    Du côté palestinien, personne n'a vraiment profité du recours à la violence, à part ceux qui en sont les acteurs ou les promoteurs. Soit les structures militaires, les mouvements fondamentalistes qui sont plus intéressés au combat en tant que tel qu'à sa solution heureuse. L'isolement des territoires palestiniens est plus forte encore que ce que j'ai connu lors de mon travail entre 1989 et 1992 à Gaza et à Jérusalem alors que la première Intifada battait son plein. La Vieille Ville est coupée, le territoire environnant est défiguré par la une urbanisation sauvage, la colonisation et le sinistre mur de séparation qui serpente entre les splendides collines. 

    Il n'est donc pas étonnant que revienne sur la table l'idée d'une résistance pacifique à l'isolement et à l'occupation. Une manière de reprendre la main en évitant que les aspirations légitimes à la liberté ne soient systématiquement assimilées au terrorisme. Les attaques contre les civils, quels qu'ils soient, sont inacceptables, quel que soit le point de vue. C'est probablement pendant les années 1987-1993, entre Intifada et le processus de négociations de Madrid, la déclaration de Washington puis les accords d'Oslo en 1993 que la situation des uns et des autres s'est le plus améliorée. C'est aussi à ce moment que l'espoir était le plus vivant. Mais les extrémistes ont eu le dernier mot avec l'assassinat de Rabin en 1995. Depuis lors, la spirale dans laquelle un leadership aveugle a entraîné la population israélienne n'est pas enviable non plus à moyen et long terme. Malgré une économie forte et une apparente sécurité acquise au prix fort. 

    La non-violence pour redonner la parole aux plus raisonnables dans les deux camps ? Une idée intéressante. Juste au moment où l'incendiaire de la Maison Blanche verse un jerrycan d'huile sur la braise....

  • Ignorance sincère

    En Suisse ou en Europe, il y a des citoyens qui pensent sincèrement que les politiques de migration et d’asile appliquées par nos autorités sont inhumaines. Il y en a d’autres qui sont convaincus que nous avons une politique des portes ouvertes. Ce qui doit nous interpeller, voire nous inquiéter, ce n’est pas tant les divergences d’appréciation extrêmes, mais le fait que les uns comme les autres sont parfaitement sincères...

    Il est probable que les faits à disposition des uns et des autres ne sont pas les mêmes, mais aussi que leur perception est très différente. Je me souviens d’un radio-trottoir réalisé en france où de nombreux passants situaient la proportion de musulmans en France entre 40 et 60%. Alors qu’elle est autour de 6%. En Suisse, c’est souvent dans les régions où la population étrangère est pratiquement absente que les xénophobes cartonnent.

    J’en déduis aussi que le rôle des médias est fondamental afin de fournir aux citoyens électeurs et votants des bases factuelles solides. Et de diminuer ainsi les divergences extrêmes de perception et par là même le terreau pour de fractures politiques irréparables